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La Mare Rouge - Page 11

  • Naufrage Louboutin

    - Tu te souviens de Brigitte, cette fille très sophistiquée, maquillée, pouponnée, talonnée, brushée qui travaillait au service commercial de l'agence et qui répétait sans cesse

    Je ne me fais pas belle pour les autres mais pour MOI, pour ME plaire

    On ne l'a plus vue du jour au lendemain.

    Figure-toi qu'elle avait fait naufrage sur une île déserte avec sa malle de jupes, robes, Louboutins, fer à friser, fer à lisser, bandes dépilatoires et trousse de maquillage complète, rouges à lèvre et vernis à ongles de chez Guerlain...

    - Oh ? 

    - Oui. Il semblerait qu'au bout de deux semaines à peine, elle ait tout balancé et ait passé le restant de son temps en bermuda et crocs dans un bungalow abandonné sur la plage. Mais, le jour où un navire est venu la sauver, elle a demandé aux matelots d'attendre quelques minutes. Elle est ressortie de sa cabane, maquillée, pouponnée, talonnée, brushée. Je vous suis, Capitaine ! elle a dit en prenant son bras.

    - Sacrée Brigitte.

     

  • transports en commun

    - Dites, madame, est-ce qu'on a le droit de balancer par dessus bord la poésie quand elle laisse le monde endormi dans les rames à 7h du matin ? Peut-être que comme ça elle fera au moins un bruit intéressant au moment du broyage ? Peut-être même qu'on sursautera tous au même moment, ça nous fera un point de contact commun dans les transports en. Non ?
    - Oui, mon petit, tu en as le droit. Tu en as le devoir, même. Mais arrête tout de suite de faire des bulles avec ton chewing-gum, tu sais bien que ça m'énerve.

  • Dorian Gray

    Mon dieu. La crasse accumulée derrière le réfrigérateur pendant 10 années. Faites qu'elle ne représente pas une espèce de symbolique à la Dorian Gray de ma vie. Le livreur du nouvel appareil électroménager m'a à peine rassurée en me certifiant : c'est la même chose chez tout le monde, vous savez.
    Justement. Pauvre humanité....

  • LUI

    Non mais tu vois, elles sont pénibles les bonnes femmes quand elles arrivent à la ménopause. Et ça se plaint, tout le temps et ça se trouve plus belle et ça se tire sur la peau en disant "Tu crois que je devrais penser à la chirurgie ? Et mes seins, ils sont pas trop mous ?". Ben si. C'est pas des seins de 20 ans, qu'est-ce qu'elle veut que je réponde ? Pas de ma faute si elle découvre l'huile de pâquerette raffermissante à 50 ans alors qu'elle avait toute la vie pour ça. C'est pas à son âge que ça sert à quelque chose de se badigeonner de crème et de machins. Bon, alors, moi, j'lui dis à longueur de journée : " Mais si ça va, t'es belle. Mais non ça me fait rien tes cheveux blancs qui prennent le dessus. Mais si, ton cul il est encore pas si mal, je te jure". Tu crois que ça la rassure ? Que dalle. Elle me dit :

    "Je vois bien que tu dis ça pour me faire plaisir parce que les femmes sur lesquelles tu te retournes dans la rue, elles ont pas les cheveux blancs, ça non ! Et les photos d'actrices que tu postes sur ton Instagram, ça ressemble pas trop à ma pomme. Ou alors si, à la mienne y a 30 ans. Et tu peux pas virer tes vieux LUI de ma vue ? la couverture de mai 2016 avec Elodie Frégé ? celle avec Virginie Ledoyen et son sale chat ? celle avec Lætitia Casta ? la petite sœur de Lætitia Casta ? elle sont combien les frangines Casta ? elles vont m'emmerder longtemps comme ça ?"

    Tu vois, ça prend des proportions, tout de suite. Elle est grotesque. Elle me fait de ces scènes, faut voir. La dernière fête chez Pierre-Yves, tu te souviens ? Elle me reproche d'avoir passé la soirée à discuter avec la cousine de Marie. Tu sais, la jolie blonde de 30 ans qui travaille chez Orange. Elle s'intéresse à ma musique. Qu'est-ce que j'y peux ? Elle me dit qu'elle aime bien la basse, qu'elle en a fait quand elle était ado et qu'elle reprendrait bien des cours. Elle veut des renseignements. Je renseigne. Bon, j'avoue je l'avais dure toute la soirée, elle m'a un peu cherché la petite. Au bout de deux verres de Spritz, elle arrêtait pas de dire "Je suis pompette" en remontant ses cheveux derrière sa nuque avec des petites perles de sueur qui gouttaient sur son cou. Je te jure que si Christelle n'avait pas été là, je lui faisais visiter tous les recoins de la maison. Mais l'autre, elle me fixait de loin avec son regard de hyène furax. Pourtant, je dois dire qu'elle avait fait des efforts ce soir-là, Chris. Elle avait mis sa robe des grandes occasions, la rouge lacée dans le dos avec le décolleté qui descend loin sur les reins, à la Mireille Darc, tu vois ? Et les talons. Elle sait que j'aime ça, sinon elle est trop petite. Elle a les jambes un peu courtes, Christelle. Mais bon, quand même quand elle fait des efforts, elle est franchement regardable encore. Tu te souviens d'elle à la fac ? Une bombe. On peut pas dire. Aujourd'hui, y a tout qui croule lentement, c'est tout de même pas ma faute. C'est les hormones, c'est je sais pas quoi, mais j'y peux rien. Qu'elle me lâche. Quand on est rentré, c'était reparti, elle m'a répété que je ne la regardais plus, qu'elle était transparente et que d'ailleurs plus personne ne s'intéressait à elle. Elle a pleuré en disant que je l'avais humiliée aux yeux de tout le monde en draguant la cousine de Marie. Son mascara coulait sur ses paupières fripées, son fond de teint traçait de grosses rigoles verticales des joues au menton, j'ai vu la peau de son cou qui faisait comme un pli que je n'avais jamais remarqué...

    Et, oui, je l'ai trouvé vieille.

    Je l'ai quand même prise dans mes bras pour qu'elle arrête de geindre et je ne sais pas comment, ça s'est fini au lit... Elle a joui. Moi aussi. En pensant à la blonde de chez Orange. On s'est endormi. Je lui ai promis que je rangerai mes LUI.

    D'ailleurs, si je pouvais les archiver chez toi ? Tu t'en fous, Patricia est partie de toute façon. Et moi, j'y tiens à mes petites femmes.

     

     

     

     

     

     

    photo : LUI - Magazine LUI - N° 49 - Janvier 1968 - Parfait état - Rare et Psychédélique

  • poisson-volant

    Quand l'exocet, dit poisson-volant, tente d'échapper à son principal prédateur marin, la dorade-coryphène, il s'éjecte hors de l'eau et plane quelques secondes au-dessus des vagues. C'est juste le temps qu'il faut à la frégate du Pacifique pour le repérer, s'élancer vers lui et entreprendre de le saisir au vol. L'exocet plonge alors dans l'océan et se voit de nouveau chassé par le carnassier des mers chaudes qui ne lui laisse aucun répit.

    Il jaillit dans le ciel, exécute un saut de l'ange dans la houle, s'élance hors de l'eau, plonge, nage, saute, vole, chute, nage, nage, vole, vole...  Sa sempiternelle danse entre flots et nues est un ravissement pour les yeux des  observateurs munis de longues vues et jumelles.

    Bien sûr, ne comptez pas sur moi pour arguer une quelconque morale ou leçon du théâtral destin du poisson-volant.

     

  • Des figues et du pain

    Je fais une dinette du dimanche avec la petite vieille dame du sixième étage. Au marché, j'ai acheté pour elle des figues, du fenouil, du fromage de brebis et des olives au citron. J'ai fait un pain. Elle mange très peu.

    Elle dit : Quand mon mari était là, on était bien.
    Elle dit : Mon médecin me regarde mourir.

    Je me demande combien d'années il me faudra attendre avant que mes voisins ne m'évoquent en parlant de "la petite vieille dame du 3e étage" (ce qui dans le cas de mon mètre 77 serait cocasse).
    Je me demande combien de temps il me faudra attendre avant que mon médecin ne me regarde mourir.

    Elle dit : Mon généraliste m'a donné un sirop pour une toux persistante. Quand je suis allée à l'hôpital, j'avais une pleurésie.
    Elle dit : Mon mari était un homme élégant et délicat. Nous ne nous sommes pas quittés plus de quelques jours durant nos 50 années de vie commune.

    Elle dit : A quoi ça sert tout ça, la vie, maintenant ?

    Je ne sais pas quoi répondre. Je me demande aussi à quoi ça servira, quand, si...
    Je lui ressers une cuillère de salade de fenouil et une figue. Il faut manger, quand même.

     

     

     

     

     

     

    image : http://mpcazaux.free.fr/galerie/displayimage.php?pos=-9

  • Une belle plante

    Une belle plante, me dit-il, qui a engendré beaucoup d'envie et même de jalousie autour de moi, tu le sais. Bien grasse, bien verte, majestueusement épanouie. Une vraie déesse. J'en ai pris soin, tu es en témoin. J'ai choisi le plus beau pot de gré assorti à sa couleur jade, le meilleur terreau organique. Je l'ai arrosée à l'aide d'un spray caressant dans une ambiance feutrée chaque jour de notre vie commune. J'ai conçu pour elle, des heures durant, des playlists de musique du monde (les créatures végétales de son espèce y sont sensibles). Je l'ai protégée des prédateurs. Personne n'avait le droit de l'approcher en mon absence. Un jour, je l'ai posée sur la petite table basse du balcon pour qu'elle prenne un peu l'air, hé bien, figure-toi que le voisin d'en face n'a eu de cesse de l'épier de loin, derrière ses rideaux ! Je n'ai jamais renouvelé l'expérience. Je ne voulais pas qu'elle devienne la proie de voyeurs ou de satyres. Dieu sait qu'il en existe de toutes sortes que son caractère ingénu n'aurait pas su éloigner.

    Et voilà comme je la retrouve ce matin. Vois !  Sèche, grise, déprimée, flétrie. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Mais quoi, alors ? Quoi ? 

    Toi qui la connais, si tu sais quelque chose; tu n'as pas le droit de me le cacher . Me dit-il.

  • Le jour sans fin

    Le père croix-roussien de cinquante ans qui a "refait sa vie" pousse un landau sur le boulevard dominical, flanqué d'un ado-Vans et d'une trentenaire-Antoine et Lili.

     

    Je croise son regard hagard au moment où elle interroge, suspicieuse :

     

    - Tu as pensé aux couches lavables Bio Baby ?

     

    Tel Bill Murray, le père croix-roussien qui a "refait sa vie" semble condamné à revivre son Jour sans fin à lui, jusqu'à ce qu'il comprenne quelque chose.

     

    Mais quoi ?

     

     

     

     

     

     

     

    image extraite de Un jour sans fin réalisé par Harold Ramis (1993)

  • une folle, quoi

    Une vraie dingo.

    On a plaisanté, une fois, à la caisse du Super U du quartier à cause d'une histoire de file d'attente interminable et, depuis, son comportement avec moi est complètement irrationnel.
    Un jour, elle me salue chaleureusement, à la limite de la familiarité et me tend la joue pour que je l'embrasse, le lendemain, elle passe devant moi sans me voir et ne répond pas à mes "bonjour" surpris.
    Cela se répète 5 fois dans le mois. Je la vois passer par tous les stades de la cyclothymie : du tapotage d'épaule enjoué à l'arrêt du C 13, à l'indifférence radicale dans le rayon yaourts et produits frais du U alors que je lui souris clairement.

    Une folle, quoi.

    Si bien qu'irritée par la situation, je décide de ne plus la saluer du tout.

    Il me faudra deux mois pour comprendre que je croise une fois sur deux sa sœur jumelle.

    Évidemment, c'est moi qui deviens la dingue du quartier.

  • Agence ELITE-FRONTEX

    Dans les années 2020, la guerre était, elle aussi, tenue de se présenter sous son profil le plus "sexysthétique" sous peine de n'intéresser personne. "Le réseau" postait de plus en plus d'images de résistantes des conflits modernes donnant l'impression que toutes les rebelles sortaient de l'agence de mannequinat Elite. Les jeunes êtres des exodes et conflits se devaient d'être particulièrement photogéniques pour faire la double page des journaux. Les yeux vert d'eau étaient particulièrement recherchés, "clic-clic" devant les décombres et les ruines. Il en était ainsi des photos de manifestantes de tout poil dans les grands rassemblements, voilées ou cheveux au vent.  On faisait des gros plans sur les yeux en amande, les mèches rousses et blondes et sur les poings levés les plus mignons des révolutionnaires en germe.

     

    Fort de ce constat, Jean-Phil Gauthiot organisa, en 2026, un méga défilé parisien constitué de modèles castées dans les favelas du Brésil, le bidonville de Dharavi à Mumbai et les camps de réfugiés africains (notamment, le Dollo-Ado éthiopien et le Kakuma Kényan). L'objectif annoncé par le créateur était de "rompre une fois pour toute avec l'archétype de beauté occidental propagé depuis des décennies de manière despotique dans le monde de la mode et du mannequinat". Le public applaudit à tout rompre l'audace de cette proposition de mixité ethnique sur les podiums. Toute la collection était créée à partir de matériaux recyclés, récupérés dans des campements de réfugiés avec l'aide de Frontex, l'agence de surveillance des frontières européennes. Une grande première.

     

    Jamais la misère mondiale ne parut aussi séduisante et désirable.

     

    Le défilé connut un succès international, fut retransmis sur toutes les chaînes et la collection de pièces uniques se vendit à prix d'or auprès des milliardaires de la planète.

     

    Une fois tout le ramdam passé, on remercia les jeunes modèles d'avoir contribué à "l'élargissement du champ esthétique de l'univers de la beauté" puis on les renvoya d'où elles venaient, non sans les avoir rétribuées généreusement. Libres à elles, après cela, de se comporter en égoïstes frivoles en fuyant leur milieu de vie originel ou de se conduire en citoyennes responsables et altruistes au sein de leur communauté.

     

    On n'allait pas tenir leurs mains jusqu'à la fin des temps, aussi mignonnes soient-elles.

  • Non capisco niente

    Je regarde une série norvégienne sans sous-titres
    Je lis les conversations facebookiennes d'une amie suédoise, en suédois
    J'écoute des chansons en langue arabe
    Je feuillette un livre sans images écrit en japonais

    Ne rien comprendre à rien
    de temps à autre
    ça fait du bien.

  • Gimmick

    En 2033, les scientifiques créèrent une puce électronique capable de déceler les signes d'infidélité amoureuse et sexuelle au sein des couples. Cette invention fit tout de suite un tabac. La plupart des amoureux voulurent se procurer ce système de test irréfutable tant et si bien que la firme qui avait acheté le brevet se trouva rapidement en rupture de stock. Le gadget devint le premier cadeau des listes de mariage et celui que s'offraient, dans les premiers mois de leur relation, les jeunes couples certains de leur amour infaillible.

    La puce implantée à la base de la nuque était reliée à un boîtier en possession du conjoint. Dès les premiers frissons de tromperie, l'autre en était informé. Bien sûr, il existait une échelle graduelle de l'adultère. La puce était extrêmement subtile et précise. Elle n'attendait pas un coït ou un baiser pour signaler l'infidélité. Non. Elle envoyait une alarme au moindre trouble ressenti en présence d'un autre être humain. Un échange en MP avec un(e) inconnu(e) sur facebook, un croisement de regards à la boulangerie, un effleurement de bras dans les transports en commun provoquaient dans l'instant une réaction de la puce qui envoyait au partenaire l'information accompagnée d'une analyse fine de l'émotion ressentie.

    En quelques mois on assista à une ascension exponentielle du taux des divorces et séparations. Du jamais vu dans l'histoire de l'humanité. Les villes et les campagnes du monde explosaient hystériquement à chaque coin de rue. On voyait sur les trottoirs des hommes supplier à genoux leurs compagnes, criant, niant, jurant sur tous les dieux leur fidélité, leur amour inconditionnel. On voyait des femmes s'accrocher aux jambes de leurs compagnons se lamentant, clamant leur allégeance et leur adoration. On a même vu à cette époque des scènes sanglantes d'auto-mutilation et d'extraction de puces à vif sur la place publique.

    La faillite de l'entreprise internationale fut aussi instantanée que l'avait été son succès (cependant, les dirigeants avaient eu le temps d'amasser un beau pécule leur permettant d'investir dans un nouveau gimmick révolutionnaire).

    Peu à peu la vie reprit son cours. Les amants s'observaient à présent avec un peu plus de suspicion qu'avant la chose mais se gardaient bien de trouver les moyens de donner raison à leurs doutes.

     

     

     

     

     

    Image : Celos por Julio Romero De Torres (1920). Joaquín Alcaide de Zafra

  • Ficoïde glaciale

    En matinée, chez Danny, son coiffeur attitré, elle refit sa couleur Rose Gold châtain. Puis, elle passa deux heures à l'institut de beauté pour un gommage de cellulite, un modelage anti-ride à la Ficoïde glaciale et une épilation intégrale. En début d'après-midi, elle acheta un nouvel ensemble culotte-soutien-gorge en soie couleur prune dans une petite boutique de dessous chics du 6e arrondissement. Dans la cabine d'essayage, devant le miroir, elle félicita son assiduité aux cours de fitness et d'abdos-fessiers (son maître spirituel aurait loué sa bienveillance envers elle-même). De retour chez elle, elle prit le temps de choisir la toilette la plus élégante de sa garde-robe, une petite robe noire sexy juste ce qu'il fallait pour son âge. Elle chaussa ses escarpins vernis de 7 cm et glossa ses lèvres avec le dernier Guerlain rouge infini.

    Quand elle arriva au cocktail annuel des magistrats du parquet, son mari lui offrit une coupe de champagne, puis passa la soirée à discuter avec la nouvelle stagiaire du procureur général.

    Elle s'ennuya beaucoup, comme d'habitude.

     

     

     

     

    Morning Sun by Edward Hopper

  • Sur leur dos

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    Pendant qu'on suçote nos berlingots de lait concentré et que le mono à la guitare joue de la guitare, Géraldine Tomasi perce les boutons d’acné sur le dos de tous les jolis garçons de la colo. C'est la seule faveur qu'ils lui accordent depuis le début du séjour. Ils sont tous amoureux de Katia Bertin qui, elle, est amoureuse du mono à la guitare. Elle lui demande de rejouer La Bombe humaine. Sonia me glisse à l'oreille qu'elle les a vu s'embrasser après la veillée d'hier soir vers les toilettes des filles. Mais tout le monde dit que c'est une mytho.

  • SALOPETTE

    salopette salopette salopette

    salo-pette salo-pette SALO-PETTE SALO-PETTE

    salo-pette salo-pette

    pette-salo pette-salo

    PETTE SALO PETTE SALO SALO

    PETTE PETTE PETTE

    PETTE SAL/

     

    Mme Bertinot interrompt de façon tout à fait triviale et inopportune ma première performance de poésie sonore en duo avec Patricia Messier sur un banc de l'école maternelle Henri Wallon à l'heure des mamans. Nos camarades de classe commençaient juste à manifester leur adhésion et leur joie.

    Elle nous met toutes les deux au coin parce qu'on dit des choses dégoutantes et ce sera répété aux parents.

    La tête contre le mur, je médite l'idée que la poésie,

    1- c'est pas très propre

    2- ça peut causer des ennuis

     

     

     

     

     

     

    reproduction : Erro, Canal Grande, 1976.

  • aquadynamique

    Une fois qu'elle eût pu faire abstraction de la musique zumba en fond sonore, elle eut soudain la vision repoussante de toutes les sueurs féminines mêlées dans l'eau du bassin d'aquagym et brassa à toute allure vers l'échelle. Elle devait fuir cet antre humide et délétère. 

    Son psy allait encore la gronder (ses amies lui assuraient qu'un psy "ne grondait pas", mais le sien, si, et il fronçait souvent les sourcils, ce qui la perturbait beaucoup), son mari secouerait la tête et lui dirait : "Tu ne finis jamais ce que tu commences", ses enfants se moqueraient de son poids et l'appelleraient bouboule toute la soirée .

    Quand elle revint chez elle, seul Booba, le chien de la famille, l'attendait. Il lui fit la fête. Elle lui donna une friandise canine au fromage à laquelle il n'avait pas le droit car il était au régime lui aussi.

    Puis, il et elle firent une balade dans le parc à chiens voisin jusqu'à l'heure du retour des autres.

  • épaule tatoo

    Ils me tiennent à quatre par les chevilles et les poignets (avec ma capsulite rétractile, ça fait super mal). Ils m'obligent à choisir entre un tatouage tribal et un papillon. Ils me demandent : le bas des reins ou la cheville ? Comme je ne réponds pas et tente de leur cracher au visage, ils tatouent un dragon entouré de doigts qui forment un cœur sur mon biceps gauche. Je suis bien punie de mon indocilité.

    Je savais pourtant qu'être le seul être humain non tatoué sur terre finirait par me causer des problèmes...

  • L'immanquable

    Où es-tu ? que fais-tu ? toi, le jeune garçon que je ne connais pas encore mais dont le prénom va être tatoué à coups de gourdin dans mon cerveau dès le jour de la rentrée parce que tu vas te révéler instantanément rebelle, pénible, agressif, agité, provocateur.
     
    C'est ton prénom que je répéterai le plus souvent durant les prochains mois d'année scolaire, le prénom qu'entendront le plus souvent mes proches. Ils prendront, d'ailleurs, régulièrement de tes nouvelles quand je rentrerai de cours :
     
    Alors, Y, il était comment, aujourd'hui ?
     
    Eux non plus ne te connaissent pas mais tu feras bientôt presque partie de la famille. On t'évoquera aux veillées et même pendant les vacances.
     
    Tu seras la star de la salle des profs, aussi. Le champion toutes catégories des procédures disciplinaires, des conseils de régulation, des conseils de discipline. Ton nom sera sur toutes les bouches de l'équipe pédagogique.
     
    Peut-être seras-tu exclu définitivement pour un "Ta chatte !" au professeure d'art appliqué, un tabassage de camarade de classe en sortie scolaire au musée de l'imprimerie, une menace de mort sur un surveillant "ce bâtard".
     
    Au bout de combien de jours, de semaines, de mois ?
     
    Dans quelques années, je te croiserai dans un supermarché et tu me diras en souriant :
     
    Je vous aimais bien, Mme Wiart. C'était bien le lycée, vous vous souvenez ?
     
     
     
     
     
    Photo : Les Quatre Cents Coups de François Truffaut
     
     

  • Z...E.P

    C'est quand même drôle cette obsession de vouloir inculquer le "vivre ensemble" dans les "quartiers sensibles" via les programmes scolaires, à des gamins qui ne font que ça,

    VIVRE ENSEMBLE depuis leur naissance.

    Ben oui, zont pas trop le choix de toute façon. On peut pas vraiment se payer le luxe de faire son bégueule et de choisir son voisin et sa belle masure dans certains espaces de vie. Tu te poses là où on te dit et tu vis avec le décor et les gens. C'est tout.
    Et, je te jure que ça vit ensemble sans se poser trop de questions (parce que, parfois, y a de quoi devenir fou, si on s'arrête un peu).

    Mais ce qui est encore plus drôle (c'est une matinée à se gondoler) c'est de penser que ces gens qui prêchent à tout vent le VIVRE ENSEMBLE dans les textes officiels, eux, ne savent pas. Non seulement ils ne savent pas, mais ils ne font pas même semblant de le faire.
    Ils ont fait des études pas ensemble, ils ont des maisons pas ensemble, ils ont des vacances pas ensemble, ils se déplacent pas ensemble. Ou alors, si, mais un tout petit "ensemble" de rien du tout. Un tout petit ensemble tout rabougri. Un petit entre-soi racorni qui les éloigne de jour en jour un peu plus du GRAND ENSEMBLE.

    Alors "vivre ensemble"
    ZOBI
    (comme diraient des que je connais et que je vais retrouver bientôt)

     
  • Septum

    Ça y est. Ça lui refaisait. Chaque fois qu'elle rencontrait une personne avec un anneau au septum, elle avait envie de tirer dessus. Une pulsion irrépressible s'emparait d'elle et elle devait se concentrer avec intensité sur les pupilles de son interlocuteur pour s'empêcher de loucher sur le bijou de nez durant la conversation.
    Ne regarde pas. Ne regarde pas. Ne regarde pas.
    Sa main droite se crispait dans la poche, retenue par la gauche.

    Un jour, elle le savait, l'instinct morbide prendrait le dessus et elle tirerait. C'était fatal.

    Sera-ce alors un soulagement infini ? La fin d'un désir assouvi ?
    Ou la genèse d'une série tragique.

    Cela l'inquiétait un peu, quand même.

  • Goldorak

    Quand les deux enfants, qui font la manche au feu rouge d'une sortie d'autoroute lilloise, voient la dépanneuse arriver pour embarquer la vieille Ford sur l'aire de stationnement, ils accourent pour observer les manœuvres du gros engin. Ils jettent de temps en temps, dans notre direction, un coup d’œil qui ressemble à un haussement d'épaule compatissant devant le spectacle. La petite finit par s'approcher de moi pour me demander des sous. Je lui donne le peu de monnaie que j'ai. Elle me remercie dans un français approximatif et rejoint le garçon. Ils comptent les pièces, mais c'est le spectacle du tractage de la voiture qui les intéresse. Je comprends. Quand j'étais enfant et que je collectionnais les petites voitures, j'avais une affection particulière pour les véhicules de chantier et de génie civil : la grue, le bulldozer, la pelleteuse, la chargeuse, le rouleau compresseur... J'imaginais qu'en les conduisant on devait faire corps avec la machine et qu'on devenait la tête pensante d'une sorte de robot géant. Comme dans Goldorak.

    Goldorak ne devait certainement rien évoquer aux deux enfants à côté de moi, mais ils avaient d'autres Transformers en tête.

    Je les ai vus, là, pris dans leurs pensées de gosses et j'ai eu envie de les photographier avec mon polaroid. Pas pour moi, mais pour leur laisser, à eux deux, une trace de l'instant. Une mémoire de la dépanneuse, de la vieille Ford, de leur bout d'enfance à la sortie d'une autoroute du Nord de la France. De nous quatre sur cette aire de stationnement.

    J'ai sorti mon appareil et je me suis posée devant eux en leur faisant comprendre que je voulais les prendre en photo et que cette photo serait pour eux.  Ils n'ont pas compris. Ils ne voulaient pas être pris en photo. Mais j'ai quand même appuyé sur le bouton. La petite a tourné le dos à cet instant. Le cliché est sorti, je leur ai donné. Ils se sont demandés ce que je leur tendais. Le polaroid était encore blanc. Le garçon le tournait entre ses doigts en levant les épaules pour manifester son incompréhension. Je leur ai fait signe d'attendre. Et, l'image est apparue, progressivement. Ça les a fait sourire, puis rire. Moi aussi. Ils m'ont demandé dans une langue que je ne comprenais pas, un peu coupée de français, si je pouvais faire un autre cliché car la fille était de dos. Mais c'était la fin du film, je n'ai pas pu (j'avais pris en photo, juste avant, la Ford qu'on ne reverrait peut-être jamais). Ils n'arrêtaient pas de se chamailler le polaroid en riant. La petite regrettait d'avoir tourné le dos, ça se voyait. Mais ça donnait à la photo un truc en plus dans l'empreinte du moment.

    Des trombes d'eau se sont mises à tomber.

    Quand on est passés sous le pont de l'échangeur, en direction de l'agence de location de voitures, j'ai aperçu une dernière fois leurs petites silhouettes penchées sur la photo. Je leur ai fait signe, mais ils ne m'ont pas vue.

  • Le caddie de Sophie Marceau

    Le 3 août 2018, Sophie Marceau en eut assez de faire ses courses sur internet. Elle avait envie de parcourir comme tout le monde les rayons frais des supermarchés pour acheter ses yaourts grecs en direct live. A 13 h 15, elle mit une perruque rousse à longue frange et partit à l'aventure. Elle s'amusa beaucoup, dans les premiers temps, à pousser le caddie et à y déposer des denrées alimentaires variées des marques Repère et Eco +, elle se réjouit encore un peu devant les produits cosmétiques soldés de la marque Nivea (3 crèmes Q10 achetées, la 3e remboursée grâce au bon d'achat), elle commença à s'ennuyer un brin au rayon fruits et légumes, s'étiola à vue d’œil dans l'allée Petit déjeuner-céréales-biscottes et abandonna son chariot à une caisse, à 14 h 23. La file d'attente était trop longue et elle avait rendez-vous avec son masseur à 15 h.

    La prochaine fois, elle demanderait à Juliette Binoche - qui n'avait pas trop le moral en ce moment - de l'accompagner. Ce serait plus rigolo avec une copine.

  • Boris Bradiev

    Boris Bradiev ne voulait plus écrire. Il s'était rendu compte avec effroi que tout ce qu'il jetait sur l'écran de l'ordinateur finissait par advenir dans sa vie. Il s'était spécialisé dans le récit fantastique et la prose courte noire durant ces dix dernières années. Il faisait vivre à ses personnages des situations cauchemardesques, des angoisses primitives qui devenaient la réalité de son quotidien quelques mois après l'écriture.

    Il avait ainsi en l'espace de  cinq ans contracté deux maladies orphelines incurables comme Titus Clément dans Le Sacre de Titus, perdu un bras au cours d'un accident de la circulation comme Bérengère Didon dans Passages protégés, perdu dans le même temps sa femme Jackie partie avec un vieux poète concupiscent comme la femme d'Apollon Gratius dans La vie n'est pas un poème. Comme son malheureux personnage hypocondriaque, Versus Milan, dans La machine déraille, il voyait des bleus et des cicatrices apparaitre et disparaitre sans explication rationnelle sur tout son corps et avait fini par accepter de vivre avec un œil suintant de pus.

    Le moindre mot tapé sur son clavier lui donnait à présent des suées froides. Ses lecteurs friands d'horreur et d'épouvante s'étonnaient de la frilosité progressive de ses écrits. Ils finirent par ne plus le lire.

    Il se sentait aujourd'hui comme Job sur son tas de purin et son athéisme ne lui permettait même pas d'invoquer la clémence divine ou de trouver en la foi une quelconque consolation aux événements.

    Il eut l'idée, pour conjurer le sort, de n'écrire que des récits héroïques dans lesquels le personnage principal se sortait avec gloire des circonstances les plus périlleuses mais cela n'eut aucune retombée positive sur sa vie et cette prose n'intéressait personne.

    Il orchestra alors sa mort dans une nouvelle horrifique extraordinaire, le meilleur de tous ses écrits selon ses anciens lecteurs qui revinrent vers lui à cette occasion, mais un peu tard.

     

     

     

     

    image  : détail de La chute des anges rebelles de Pieter Brueghel l'Ancien, 1562.

  • TOC

    Cette autre fille à la fac, réputée pour sa maniaquerie de la propreté et ses tocs (elle passait une solution désinfectante sur chacun de ses stylos avant de les utiliser) fut portée absente pendant 15 jours au mois de novembre 1990. Elle avait chopé la gale.

  • rentrée 2018

    L'été, à la Croix-Rousse, des pères aident leurs filles à porter des cartons d'emménagement desquels dépassent des ours en peluche et des épluche-légumes rouges.

  • A chacun sa recette

    Elle dévorait ses amants. Ceci n'est pas une métaphore. Elle les mangeait réellement. Mais pas tous de la même façon. Elle avait une vision culinaire pour cuisiner chacun d'eux selon l'histoire vécue. Si le prétendant lui avait donné du fil à retordre et s'était montré particulièrement rustre, elle le grillait à point et l'agrémentait d'une sauce très pimentée parfumée au whisky Jack Daniel's sur son barbecue Alice's garden. Si le bien-aimé s'était révélé doux et dévoué, elle le laissait mijoter amoureusement pendant quatre heures, parfumant le bouillon d'aromates variés (graines de fenouil, curcuma, coriandre, citron séché, cumin noir... ) qu'elle prenait soin de commander en ligne sur le site d'une boutique bio engagée dans l'agriculture durable. La viande était alors fondante et les arômes explosaient successivement en bouche au moment de la dégustation. Elle retrouvait alors la tendreté de l'homme qui l'avait serrée dans ses bras durant  quelques mois.

    Elle n'avait eu de cesse, les vingt dernières années de sa vie, de perfectionner ses recettes les plus savoureuses et avait créé des plats inédits dignes des plus grands chefs. Les clients du restaurant qu'elle avait fini par ouvrir glorifiaient les dons exceptionnels de la cuisinière sur les blogs et les sites de gourmets. Elle s'attira une clientèle riche et gourmande et élit même quelques amants parmi les gastronomes en visite.

    Le petit livret que l'on découvrit sous son matelas après sa mort contenait toutes les recettes consignées depuis le début de son entreprise. Chaque plat était baptisé d'un prénom masculin. On ne sut jamais quelle viande elle utilisait. C'était le secret qu'elle n'avait jamais dévoilé à la presse. 

    Le manuel de l'ogresse se vendit aux enchères à prix d'or.

  • les petites femmes de Pigalle

    Chanter à tue-tête Les petites femmes de Pigalle dans une voiture avec trois adolescent.e.s de l'année 2018 devient compliqué.

    L'un affirme que c'est la chanson la plus sexiste qu'il ait jamais entendue,
    l'autre proclame qu'elle est pour l'abolition de la prostitution,
    le dernier déclare que le chanteur n'a qu'à mieux choisir ses amis et, qu'en règle générale, on doit être moins prompt à créer des liens avec le premier venu, que cela lui serve de leçon.

    Du coup, on hésite à passer à la plage suivante :

    La Java de Broadway

  • une chic fille

    Qu’est devenue cette fille de la fac à qui son petit ami (un grand blond fade, riche, étudiant en Droit qui se constituait un book « pour devenir mannequin à Paris ») offrait régulièrement des soins esthétiques ?

    Pour ses 20 ans, un chèque pour un gonflement des lèvres, pour sa fête, un bon pour une liposuccion, pour sa réussite aux partiels, une augmentation mammaire…

    Elle était sortie un été avec Patrick Bruel qui l’avait baladée quelques jours sur un scooter à Saint-Tropez puis sautée quelques nuits dans une chambre d’hôtel de luxe. Elle s’en souvenait avec nostalgie.

    Son idéal féminin était Vanessa Paradis. Elle en imitait toutes les tenues, les coupes de cheveux, les poses et connaissait ses chansons par cœur. En fait, elle ressemblait à Caroline Cellier, mais je l’avais vexée quand je le lui avais dit. « Elle est vieille ».

    Les filles en Kickers l’avait surnommée « bébé pouffiasse ».

    Une chic fille, quoi qu’il en soit, qui usait les talons de ses escarpins griffés dans les escaliers des amphis de Lettres modernes tandis que nous y trainions nos semelles de Converse.

    Un jour, elle nous a invitées chez son copain. Il m’a engueulée parce que je m’étais assise sur une chaise qui n’était « pas faite pour s’asseoir ».  Toute chose était sa place.

  • oxymore

    La mère croix-roussienne traîne son caddie branché comme un accessoire de dressing. Elle est accompagnée de Barnabé et Capucine, tous deux en trottinettes. Gros embouteillage. Pieds de vieux pris dans les roues, chute de béquille, coups de frein sur chevilles, étals inaccessibles.
    La mère croix-roussienne ne sourcille pas. Elle n'est pas de ce monde. La trivialité du quotidien ne l'atteint pas.
    Trottinette/marché: ces deux mots dans une même phrase ne provoquent chez elle aucune réaction hostile.

    Tes antithèses ne seront jamais celles de la mère croix-roussienne, mets-toi bien ça dans la tête une fois pour toute.

  • 15/07

    Il passa son existence à cultiver une grande suspicion à l'égard du bonheur et développa, dans le même temps, tout au long de sa vie, une pleine commisération envers le malheur et la souffrance. Il rejeta, assidûment, loin de lui, toutes les possibilités de plénitude et de repos des sens et de l'esprit que lui offraient des rencontres impromptues et heureuses. Il toisa avec défiance les êtres les plus bienveillants et s'amouracha systématiquement de créatures hostiles et cyniques qui finissaient par le laisser comme mort dans le caniveau cafardeux de son destin. Quand il se relevait, toujours plus boursouflé d'amertume et d'aigreur, il maudissait les arbres, les oiseaux, les ciels d'été, les femmes et les enfants. Pour se venger du monde et des humains en général, il écrivait alors de méchants textes confus sur la vacuité de toute chose qui remportèrent, un temps, un honorable succès auprès de contemporains chagrins et bilieux. Chaque pouce levé nourrissait son acariâtreté.
    Puis, ses poses ténébreuses finirent par lasser même ses plus fidèles lecteurs.
    Il mourut un soir de coupe du monde et prit le temps de maudire une dernière fois, les klaxons, les chants victorieux, les cris d’allégresse et la foule humaine dans une parfaite indifférence générale.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    image : Les écorchés, tête d"écorché. 1964. Bernard Buffet