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La vie des vedettes

  • l'acteur populaire

    L’acteur populaire séduit tout le monde sur le plateau de Thierry Ardison. Il est drôle, charmant, il a une voix grave qui plait aux femmes et une chevelure poivre et sel qui rassure. Les hommes, eux, lui envient sa prestance décontractée. Pourtant, le téléspectateur avisé percevra ce soir-là dans l’œil du comédien des ombres inquiètes. La petite costumière de la pièce dans laquelle il joue depuis un mois et qui remporte un petit succès parisien commence à s’amouracher un peu trop. Leur aventure ne dure que depuis trois semaines mais elle a déjà failli gaffer deux fois en présence de sa femme. Ce matin, il a demandé au metteur en scène de s’arranger pour le débarrasser d’elle rapidement. Et l’autre l’a envoyé se faire foutre. Cette fois, VA TE FOUTRE, il a dit, et démerde-toi pour nous épargner des scènes hystériques dans les loges.
    L’acteur populaire ne sait pas à quelle blague graveleuse de l’animateur il est en train de rire. Le public applaudit, Laurent Baffie dit à une jeune chanteuse à la mode qu’elle est bien bonne contrairement à sa dernière chanson. Le public rit et applaudit.

  • En l'attendant

    Françoise Hardy roule la pâte à tarte sous ses doigts. Elle aime le contact de la texture molle et farineuse. Elle ne se saisit du rouleau qu'après avoir longtemps malaxé la préparation. Au préalable, elle ajoute toujours un peu de jus de citron dans l'eau afin de ralentir le développement du gluten et pour que la pâte soit bien moelleuse et plus digeste. C'est le petit secret que lui a confié sa copine Jane B. un jour. En échange, Françoise lui a montré comment éviter que le fond de tarte ne soit gorgé de l'eau des fruits ou des légumes : il suffit de le badigeonner d'un blanc d’œuf non battu et d'enfourner la tarte cinq minutes avant de poser la garniture.

    Jacques devrait déjà être là, il doit encore traîner avec Serge... Il faudra qu'elle en parle à Jane car ses retards répétés commencent à l'inquiéter. Et puis, il tourne en ce moment avec Romy S... Il a beau répéter qu'il ne sera jamais attiré par une femme qui fume trois paquets de cigarettes par jour, elle sait l'ambiance érotique qui règne sur les tournages. Jane et Serge ont assez évoqué cet aspect du métier devant elle.

    Elle ne doit pas penser à cela, elle doit se concentrer sur la pâte et ne pas oublier de graisser le plat. Jacques sera heureux de sentir l'odeur de la tarte au potimarron en rentrant.
    Elle lui servira un verre de Côte-Rôtie, il allumera un cigare et elle ne posera aucune question sur sa journée.

  • Little Bob

    Ça se passe dans l’œil de la dernière chanson de Little Bob. L’Italie du Piémont, les sheds de Tréfimétaux, le quai à charbon du port du Havre, la scène punk-rock londonienne des années 70, la Story, les embruns de la mer océane.
    Et Mimie, morte, trois semaines auparavant. La rose de The Bull and The Rose.
    Ça se passe quelque part entre l’ardeur rock d’un solo de guitare et la mélancolie blues d’un harmonica.
    Ça se passe à Rive-de-Gier, dans une salle de concert où l’on sert du Kir à 1 euro 50 dans des verres en plastique blanc.
    Une photo ratée. Ou peut-être pas.
    Et les larmes de Libero
    ici

    cisaillent nos cœurs.

  • Besoin de rien, envie de toi

    En 1985, l'année du tube Besoin de rien, envie de toi classé n°1 au top 50 et classé neuf semaines en tête des ventes, je croisai Peter et Sloane à la gare de la Part-Dieu. Ils se disputaient comme du poisson pourri devant des badauds accablés : ils avaient l'air si amoureux à la télé...

    Mes 15 ans, eux, n'étaient dupes de rien, je venais de découvrir Marivaux et Stendhal.

     

     

     

     

  • sosie

    En 1915, à San Francisco, Charlie Chaplin apprit dans le journal qu'un concours de sosies de Charlot était organisé.


    Il s'y rendit anonymement et finit 27ème.

     
     
     
  • Such a shame

    En 1984, j’enregistrai Such a shame sur un lecteur-cassette audio : l’exercice consistait à caler l’enregistreur contre les baffles de ma radio, à appuyer sur les deux touches Play et Rec en même temps et à prier pour qu’un jingle de la bande F.M ne vienne pas couper la chanson en plein milieu.

    Je ne m'explique toujours pas pourquoi la voix de Mark Hollis était la seule à pouvoir apaiser un peu des douleurs menstruelles d’adolescente qui me clouaient au lit. Les titres de Talk Talk sont, bien malgré moi, associés à ces instants de solitude et d’endolorissement.

    Sur ma table de chevet attend depuis quelques mois L’Homme-dé de Luke Rhinehart qui contient, parait-il, la clé de l’énigme de la chanson.

  • La dentellière

    Je revois le doux visage d’Isabelle H. dans La Dentellière, l’un des films les plus cruels de l’histoire du cinéma français tiré d’un roman de Pascal Lainé. Elle y incarne une jeune fille de condition modeste dont l’intériorité discrète est progressivement tuée par l’inconséquence d’un garçon de bonne famille. Le spectateur la quitte sur un regard-caméra poignant de détresse muette.
    Je retrouve aujourd’hui Isabelle H. dans la B.O d’un film à sortir. Elle y interprète une sorcière sans âge en compétition morbide avec une jeune star aux allures de mannequin qui s’ingénie à ne faire qu'une bouchée de tous les mâles de la distribution.

  • Philippe K.

    Philippe Katerine raconte qu'un jour il demanda à sa maman de lui faire un billet d'absence car il ne voulait pas aller à la piscine.
    Il trouva le lendemain un mot d'excuse posé sur la table de la cuisine :

    Philippe ne peut pas aller à la piscine car il de grosses narines.

  • Philippe K.

    Dominique A dormit un jour chez Philippe Katerine qui eut la gentillesse de le loger dans une chambre d'ami.
    Il sursauta de frayeur quand, en pleine nuit, il se réveilla et découvrit le visage de son hôte, immobile, dix centimètres au dessus du sien.

    "J'aime te regarder dormir" expliqua Philippe K.

     

     

     

  • Florent et Vanessa

    Parfois Florent Pagny se souvient que le jour où Vanessa l'a quitté tous ses potes sont partis avec elle. Il part alors galoper dans la Pampa pour se vider la tête.
    Azucena devine, elle ne dit rien quand il revient et lui sert juste un bon chocolat chaud en lui passant la main dans les cheveux.

  • La dernière Clodette

    Hier, j'ai rêvé que la dernière Clodette était morte. J'essayais d'organiser des funérailles nationales mais cela n'intéressait personne.
    Je me retrouvais seule à suivre le corbillard sur un boulevard désert. Les haut-parleurs de la ville crachaient Magnolia for ever.

  • ADN

    Un homme me raconte, un jour, que son ex a couché un soir de beuverie avec Higelin. Plus tard, un autre se vante d’être sorti avec une fille qui a eu une aventure sexuelle avec Renaud. Un troisième, enfin, m’explique que sa dernière compagne, coiffeuse dans le staff d’une tournée de J.J Goldman, a fait une fellation à Michael Jones avant son entrée en scène.

    Chaque fois, leurs yeux brillent. C’est comme si cela conférait une plus-value à leur personne. Comme si la célébrité des coïteurs d’une nuit avait déteint sur eux et que, par un mystérieux effet de ricochet, ils avaient reçu un peu d’ADN d’Higelin, de Jones et de Renaud.

    Pour ma part, j’aurais été plus épatée si l’un d’eux avait pu me donner la vraie recette du Gloubi-boulga. Mais non.

  • Jenny

    Elle parcourait le monde, faisait des enfants et en adoptait, réalisait des films, jouait dans d'autres, avait participé à une cinquantaine de missions humanitaires ces dix dernières années, faisait la Une des magazines les plus glamours, était régulièrement élue "plus belle femme du monde", avait courageusement décidé de sa mastectomie, était ambassadrice de bonne volonté américano-cambodgienne, écrivaine et bisexuelle.
    Brad avait dû finir par se rendre à l'évidence : Angelina n'avait, en fait, pas besoin de lui dans sa vie.
    Il se demanda ce qu'était devenue Jennifer avec qui il avait tout de même passé de bons moments. Le souvenir des petits joints du soir sur le divan de leur villa à Beverly Hills le rendit soudain nostalgique. Une bien chic fille que Jenny, finalement. Elle lui cuisinerait sûrement ses fameux bagels au pastrami de boeuf sauce barbecue, sa spécialité, s'il osait la recontacter.
    Il réfléchit un moment, prit son courage à deux mains, et saisit le téléphone.

  • Le jour où Jane B. m'a sauvée.

    Quand je rencontre Jane Birkin pour la première fois, j'ai dans les 14-15 ans. Je suis une longue créature chétive,  osseuse et farouche. Rien ne pousse ni devant ni derrière. Les seules choses qui fassent forme sur mon corps sont des côtes et des omoplates saillantes, des genoux cagneux. Je lorgne avec envie les nénés des copines déjà formées, les bosses qui poussent le chandail, les marques de soutien-gorge apparentes. Je vois bien ce que ça fait dans les yeux des garçons ces histoires de trucs qui émergent sous les débardeurs. Y a ceux qui regardent franco, un peu hypnotisés, y a ceux qui font semblant que non, mais si.

    Soudain, les filles de la récré les plus transparentes quelques mois auparavant se trouvent dotées d'un super-pouvoir dont elles sont elles-mêmes surprises. C'est la roulette génétique de la vie qui se joue là. Je comprends assez tôt qu'il va falloir me trouver un autre don de la nature si je veux attirer le regard des garçons, mais franchement, pendant très longtemps je ne vois pas quoi. 

    Pour me faciliter l'existence, je décide que les garçons de mon âge sont TOUS des crétins finis et je brigue du côté des "vieux" de Terminale qui se contentent de me bousculer dans les escaliers du lycée.

    Quand je rencontre Jane B. j'ai abandonné tout espoir de séduire à l'aide d'arguments physiques, et mon acné, mon appareil dentaire et ma coupe-garçonne viennent parfaire le tableau de l'adolescente pathétique aux allures androgynes-anorexiques. Je porte alors deux pantalons superposés pour cacher mon absence de formes et m'épaissir un peu.

    Ma tante Domitilde me reçoit à Lille. Elle a laissé traîner sur la petite table de son salon de vieux magazines "people" avec des photos en noir et blanc que je feuillette en attendant qu'elle apporte le café et les petits gâteaux.  Sur la double page du milieu, je découvre une jeune femme aux jambes arquées et maigrelettes dans un mini-short en jean, tenant au bout de son bras un grand panier en osier rigide. En haut un débardeur blanc à même la peau, sans rien dessous, dont le décolleté descend bas sur l'absence de poitrine. Deux tétons, juste, pointent sous le tissu. C'est Jane B. Elle défie l'objectif de son regard effronté et gamin. Elle a un sourire d'enfant. C'est une adulte, une "vieille" d'au moins 25 ans, mais son corps est celui d'une adolescente.

    Ce n'est pas le corps d'une adolescente, c'est MON corps.

    Et ce corps est dingue. Plat mais pas que, courbes discrètes,  hanches de garçon, cuisses imparfaites totalement désirables. Cette fille est SEXY sans les attributs de la féminité. Ça se peut. Ça existe. Choc profond. Renversement des valeurs. Claque morphologique. J'ai trouvé une sœur anatomique.

    Domitilde me confirme que cette fille existe bien. Si j'avais eu la télévision à la maison durant les dix années précédentes, j'aurais peut-être pu l'apercevoir dans les émissions de Maritie et Carpentier en duo avec Gainsbourg, Sardou ou Carlos... Je l'ai découverte juste à temps, avant la mode des Samantha et Sabrina qui aurait finie de m'achever. Ce jour-là, une partie de moi était secourue.

    Ce jour-là, Jane Birkin m'a sauvée.

  • Le caddie de Sophie Marceau

    Le 3 août 2018, Sophie Marceau en eut assez de faire ses courses sur internet à cause d'une notoriété qui l'empêchait de se déplacer comme elle le voulait dans les lieux publics. Elle avait envie, elle aussi, comme tout un chacun, de parcourir les rayons frais des supermarchés pour acheter ses yaourts grecs en direct live. A 13h15, elle mit une perruque rousse à longue frange et partit à l'aventure. Elle s'amusa beaucoup, dans les premiers temps, à pousser le caddie et à y déposer des denrées alimentaires variées des marques Repère et Eco +, elle se réjouit encore un peu devant les produits cosmétiques soldés de la marque Nivéa (3 crèmes Q10 achetées, la 3e remboursée grâce au bon d'achat), elle commença à s'ennuyer un brin au rayon fruits et légumes, s'étiola à vue d’œil dans l'allée Petit déjeuner-céréales-biscottes et abandonna son chariot à une caisse, à 14h23. La file d'attente était trop longue et elle avait rendez-vous avec son masseur à 15h.

    La prochaine fois, elle demanderait à Juliette Binoche (qui n'avait pas trop le moral en ce moment) de l'accompagner. Ce serait plus rigolo avec une copine.

  • A nos amours.

    J'enfile mes Clarks, caresse mon chat Bacchus, repunaise l'affiche de La Boum. La veille, j'ai vu au cinéma A nos amours de Pialat. Suzanne m'initie précocement au sentiment de mélancolie. Je pressens avec elle que cet état n'est pas celui du regret d'un temps révolu, comme l'est la nostalgie, mais le regret d'un temps qui n'existe pas et n'existera sans doute pas. Je ne sais pas encore si c'est un poids en plus ou en moins à déposer dans mon sac US. Je vais louper le car scolaire. On verra ça plus tard.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Image extraite du film A nos amours, Pialat, 1983