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La vie des vedettes

  • Les gens qui doutent

    Anne Sylvestre se leva un matin en se promettant de mettre son poing sur le nez de la prochaine personne qui lui demanderait de chanter dans la rue, à la radio ou en concert sa chanson à succès "Les gens qui doutent" qui avait fini par lui sortir par tous ses trous de nez à elle.

  • Catherine Deneuve

    Depuis deux mois, il m’arrive une chose étrange. Je me transforme en Catherine Deneuve. Ça ne s’annonce pas, ça arrive. Rien de spectaculaire au moment de la métamorphose. Il ne faut pas imaginer une mutation répondant aux codes des films d’épouvante. Rien d’aussi impressionnant. Je ne ressens aucun trouble physique, je ne me sens transfigurée ni de l’intérieur ni de l’extérieur. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus dérangé au début car je ne pouvais pas anticiper la transformation et me protéger de ses effets. La première fois que cela m’est arrivé, je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite. Je faisais mes courses au supermarché, je poussais mon caddie dans le rayon céréales et petit-déjeuner, j’hésitais à choisir une nouvelle marque de tisane bio dont les vertus drainantes étaient vantées à la télévision quand j’ai senti qu’il se passait quelque chose. Pas en moi mais autour de moi. Les gens jusque-là affairés ou lymphatiques derrière leurs chariots de courses s’étaient immobilisés et me regardaient avec une grande intensité. Je percevais des émotions et des sentiments mêlés dans leurs regards : de l’incrédulité, de la stupéfaction, du respect, de l’admiration et, dans certains yeux même, de l’amour. Sur le moment, j’ai eu peur. Les clients du supermarché chuchotaient, je les entendais dire des phrases comme « Elle est moins belle qu’au cinéma » ou au contraire « Elle est plus belle qu’à l’écran », « Elle est élégante », « Elle est raide du cou, non ? ». D’autres ne disaient rien mais filmaient avec leurs téléphones portables. Une femme a tendu une main vers mes cheveux mais s’est retenue au dernier moment de les toucher, puis a sorti un stylo de son sac et m’a tendu un paquet de biscottes : « Je peux avoir un autographe ? ». J’ai griffonné une signature sur un angle du paquet et je suis partie en courant. Ce n’est qu’à la sortie du magasin, devant une glace plain-pied que j’ai découvert mon reflet : celui de Catherine Deneuve. Une Catherine Deneuve de soixante-seize ans, d’aujourd’hui donc, en chemisier impression léopard et en jupe noire droite mi-genoux, les cheveux remontés en chignon avec de grands anneaux dorés aux oreilles. Mon mari devait me récupérer sur le parking à la fin des courses à une heure précise. J’étais affolée, je triturais les boucles d’oreilles de Catherine Deneuve, je touchais ses cheveux, je regardais ses chaussures de luxe et je fouillais son grand sac en cuir jusqu’à trouver une paire de lunettes de soleil qui me protégerait des curieux jusqu’à son arrivée. Assise sur un plot bétonné, j’ai à peine eu le temps d’explorer Le Vuitton que je tenais à la main : un carnet d’adresse sur lequel j’ai aperçu les noms de Desplechin et Lars van Trier, une photo sur laquelle Jack Lemmon posait, la tête sur la poitrine de l’actrice, comme un enfant endormi, un spray d’huile essentielle de thym à thujanol pour la gorge, un mot signé Yves S.L. « A Catherine, ma douceur », une brosse à dent de voyage et un miroir de poche dans lequel je me suis cherchée, paniquée, à plusieurs reprises. J’ai vu se garer la 107 Peugeot vers notre range-caddies habituel. Je me suis demandée s’il fallait que je fasse de grands signes dans sa direction et c’est en me dirigeant vers la voiture sans savoir à l’avance ce que j’allais bien pouvoir expliquer que j’ai redécouvert des Converses rouges à mes pieds. Quand je me suis approchée de la vitre, mon mari m’a demandé où était le chariot et, prise au dépourvu, j’ai raconté que je me l’étais fait voler dans la galerie marchande, alors que je regardais la vitrine d’un opticien à l’entrée de la grande surface.  Il était contrarié, bien sûr, mais il m’a trouvée tellement bizarre, si secouée intérieurement par ma mésaventure, a-t-il dû penser, qu’il ne servait à rien de m’accabler. Nous avons refait les courses à deux et j’ai retrouvé mon ancien caddie vidé de ses provisions à l’endroit où je l’avais abandonné : les fans de Catherine l’avaient sans doute dévalisé pour s’approprier les objets touchés par la star.

    Depuis cet épisode, je me suis transformée en Catherine Deneuve à six reprises. J’ai parcouru sa carrière de manière anarchique. D’abord, la Catherine du Dernier métro et de L’Africain puis celle des Demoiselles de Rochefort, la Deneuve de Ma saison préférée et celle de l’Hôtel des Amériques et enfin celle de Manon 70. Chaque métamorphose a provoqué des troubles ou des émeutes selon que les gens pensaient que j’étais un parfait sosie ou que j’étais la vraie Catherine Deneuve. Peu importe la question de l’âge ou de l’apparence dans ces moments-là puisque les étoiles du cinéma ont un caractère si intemporel que le public les identifie aux personnages de leurs films préférés et qu’ils peuvent s’attendre à les voir sortir de l’écran, tels quels, figés dans un temps sans borne.

    Cela m’arrive toujours dans des lieux publics, en dehors de mon milieu professionnel ou du cercle intime. Je n’en ai pour cela jamais parlé à personne dans mon entourage. Cela ne me semble pas nécessaire. D’ailleurs, comment pourrais-je leur expliquer que je prends de plus en plus goût à être Catherine Deneuve, à vivre la transfiguration ? Ce qui m’a effrayé lors de la première mutation est devenu à chaque nouvelle expérience un secret plaisir jubilatoire de plus en plus intense.  Je guette à présent le moment de l’apparition dans les yeux des gens, dans la rue, les cafés, les boutiques. Je connais alors durant quelques minutes le pouvoir hypnotique de la célébrité, la toute-puissance du magnétisme de la notoriété, le don de l’ensorcellement. Ils tendent des bouts de papier, des notes de bar, leurs t-shirts, tout ce qui leur tombe sous la main pour recevoir l’autographe sacré. Ils se cramponnent à mon cou pour faire des selfies avec leurs smartphones, me disent qu’ils m’aiment depuis toujours, que je suis la plus belle, la plus grande de toutes. Que Charlotte Rampling ne m’a jamais égalée, que Fanny Ardant est certainement jalouse de moi, que les jeunes actrices n’auront jamais mon charisme ni mon talent, qu’elles sont fades. Je vis dix à quinze minutes d’un bouillon de passion et d’admiration enthousiaste et sincère.  Bien sûr, quelques dérangés m’ont déjà craché au visage ou insultée. C’est le revers inévitable de la célébrité. Mais qu’est-ce à vivre comparé à ces démonstrations d’amour et de reconnaissance ?

    Cela dit, j’ai de plus en plus de mal à revenir à l’état de femme normale. Après la dernière transformation, j’ai senti que je gardais en moi, l’essence de Catherine Deneuve. Elle perdurait. J’ai senti un fluide parcourir mon corps et mon esprit toute la soirée quand je suis rentrée chez moi. J’ai préparé une gâteau Peau d’âne, j’ai embrassé mes enfants comme dans Paroles et musique et mon mari a fait l’amour à Belle de jour. Cette soirée a été parfaite. Le lendemain, il m’a enlacée amoureusement en me disant que j’étais de plus en plus séduisante, mes enfants m’ont dit que je cuisinais de mieux en mieux, le chat même semblait moins indifférent à mon égard.

    A présent, une question me préoccupe : quand je deviens Catherine Deneuve, que devient-elle, elle ? Et où est mon vrai moi dans ces instants-là ? Une idée folle m’est venue récemment : peut-être qu’au moment précis où je deviens Catherine Deneuve, Catherine Deneuve devient moi : une anonyme brune en jean et baskets, transparente dans la ville.

    J’aime à imaginer que ça lui fait du bien.

     

     

     

     

    (texte inédit écrit pour la revue N.A.W.A. : http://revuenawa.fr/)

  • l'acteur populaire

    L’acteur populaire séduit tout le monde sur le plateau de Thierry Ardison. Il est drôle, charmant, il a une voix grave qui plait aux femmes et une chevelure poivre et sel qui rassure. Les hommes, eux, lui envient sa prestance décontractée. Pourtant, le téléspectateur avisé percevra ce soir-là dans l’œil du comédien des ombres inquiètes. La petite costumière de la pièce dans laquelle il joue depuis un mois et qui remporte un petit succès parisien commence à s’amouracher un peu trop. Leur aventure ne dure que depuis trois semaines mais elle a déjà failli gaffer deux fois en présence de sa femme. Ce matin, il a demandé au metteur en scène de s’arranger pour le débarrasser d’elle rapidement. Et l’autre l’a envoyé se faire foutre. Cette fois, VA TE FOUTRE, il a dit, et démerde-toi pour nous épargner des scènes hystériques dans les loges.
    L’acteur populaire ne sait pas à quelle blague graveleuse de l’animateur il est en train de rire. Le public applaudit, Laurent Baffie dit à une jeune chanteuse à la mode qu’elle est bien bonne contrairement à sa dernière chanson. Le public rit et applaudit.

  • En l'attendant

    Françoise Hardy roule la pâte à tarte sous ses doigts. Elle aime le contact de la texture molle et farineuse. Elle ne se saisit du rouleau qu'après avoir longtemps malaxé la préparation. Au préalable, elle ajoute toujours un peu de jus de citron dans l'eau afin de ralentir le développement du gluten et pour que la pâte soit bien moelleuse et plus digeste. C'est le petit secret que lui a confié sa copine Jane B. un jour. En échange, Françoise lui a montré comment éviter que le fond de tarte ne soit gorgé de l'eau des fruits ou des légumes : il suffit de le badigeonner d'un blanc d’œuf non battu et d'enfourner la tarte cinq minutes avant de poser la garniture.

    Jacques devrait déjà être là, il doit encore traîner avec Serge... Il faudra qu'elle en parle à Jane car ses retards répétés commencent à l'inquiéter. Et puis, il tourne en ce moment avec Romy S... Il a beau répéter qu'il ne sera jamais attiré par une femme qui fume trois paquets de cigarettes par jour, elle sait l'ambiance érotique qui règne sur les tournages. Jane et Serge ont assez évoqué cet aspect du métier devant elle.

    Elle ne doit pas penser à cela, elle doit se concentrer sur la pâte et ne pas oublier de graisser le plat. Jacques sera heureux de sentir l'odeur de la tarte au potimarron en rentrant.
    Elle lui servira un verre de Côte-Rôtie, il allumera un cigare et elle ne posera aucune question sur sa journée.

  • Little Bob

    Ça se passe dans l’œil de la dernière chanson de Little Bob. L’Italie du Piémont, les sheds de Tréfimétaux, le quai à charbon du port du Havre, la scène punk-rock londonienne des années 70, la Story, les embruns de la mer océane.
    Et Mimie, morte, trois semaines auparavant. La rose de The Bull and The Rose.
    Ça se passe quelque part entre l’ardeur rock d’un solo de guitare et la mélancolie blues d’un harmonica.
    Ça se passe à Rive-de-Gier, dans une salle de concert où l’on sert du Kir à 1 euro 50 dans des verres en plastique blanc.
    Une photo ratée. Ou peut-être pas.
    Et les larmes de Libero
    ici

    cisaillent nos cœurs.

  • Besoin de rien, envie de toi

    En 1985, l'année du tube Besoin de rien, envie de toi classé n°1 au top 50 et classé neuf semaines en tête des ventes, je croisai Peter et Sloane à la gare de la Part-Dieu. Ils se disputaient comme du poisson pourri devant des badauds accablés.

     

     

     

  • sosie

    En 1915, à San Francisco, Charlie Chaplin apprit dans le journal qu'un concours de sosies de Charlot était organisé.


    Il s'y rendit anonymement et finit 27ème.

     
     
     
  • Such a shame

    En 1984, j’enregistrai Such a shame sur un lecteur-cassette audio : l’exercice consistait à caler l’enregistreur contre les baffles de ma radio, à appuyer sur les deux touches Play et Rec en même temps et à prier pour qu’un jingle de la bande F.M ne vienne pas couper la chanson en plein milieu.

    Je ne m'explique toujours pas pourquoi la voix de Mark Hollis était la seule à pouvoir apaiser un peu des douleurs menstruelles d’adolescente qui me clouaient au lit. Les titres de Talk Talk sont, bien malgré moi, associés à ces instants de solitude et d’endolorissement.

    Sur ma table de chevet attend depuis quelques mois L’Homme-dé de Luke Rhinehart qui contient, parait-il, la clé de l’énigme de la chanson.

  • La dentellière

    Je revois le doux visage d’Isabelle H. dans La Dentellière, l’un des films les plus cruels de l’histoire du cinéma français tiré d’un roman de Pascal Lainé. Elle y incarne une jeune fille de condition modeste dont l’intériorité discrète est progressivement tuée par l’inconséquence d’un garçon de bonne famille. Le spectateur la quitte sur un regard-caméra poignant de détresse muette.
    Je retrouve aujourd’hui Isabelle H. dans la B.O d’un film à sortir. Elle y interprète une sorcière sans âge en compétition morbide avec une jeune star aux allures de mannequin qui s’ingénie à ne faire qu'une bouchée de tous les mâles de la distribution.

  • Philippe K.

    Philippe Katerine raconte qu'un jour il demanda à sa maman de lui faire un billet d'absence car il ne voulait pas aller à la piscine.
    Il trouva le lendemain un mot d'excuse posé sur la table de la cuisine :

    Philippe ne peut pas aller à la piscine car il de grosses narines.

  • Philippe K.

    Dominique A dormit un jour chez Philippe Katerine qui eut la gentillesse de le loger dans une chambre d'ami.
    Il sursauta de frayeur quand, en pleine nuit, il se réveilla et découvrit le visage de son hôte, immobile, dix centimètres au dessus du sien.

    "J'aime te regarder dormir" expliqua Philippe K.

     

     

     

  • Florent et Vanessa

    Parfois Florent Pagny se souvient que le jour où Vanessa l'a quitté tous ses potes sont partis avec elle. Il part alors galoper dans la Pampa pour se vider la tête.
    Azucena devine, elle ne dit rien quand il revient et lui sert juste un bon chocolat chaud en lui passant la main dans les cheveux.

  • La dernière Clodette

    Hier, j'ai rêvé que la dernière Clodette était morte. J'essayais d'organiser des funérailles nationales mais cela n'intéressait personne.
    Je me retrouvais seule à suivre le corbillard sur un boulevard désert. Les haut-parleurs de la ville crachaient Magnolia for ever.

  • ADN

    Un homme me raconte, un jour, que son ex a couché un soir de beuverie avec Higelin. Plus tard, un autre se vante d’être sorti avec une fille qui a eu une aventure sexuelle avec Renaud. Un troisième, enfin, m’explique que sa dernière compagne, coiffeuse dans le staff d’une tournée de J.J Goldman, a fait une fellation à Michael Jones avant son entrée en scène.

    Chaque fois, leurs yeux brillent. C’est comme si cela conférait une plus-value à leur personne. Comme si la célébrité des coïteurs d’une nuit avait déteint sur eux et que, par un mystérieux effet de ricochet, ils avaient reçu un peu d’ADN d’Higelin, de Jones et de Renaud.

    Pour ma part, j’aurais été plus épatée si l’un d’eux avait pu me donner la vraie recette du Gloubi-boulga. Mais non.

  • Jenny

    Elle parcourait le monde, faisait des enfants et en adoptait, réalisait des films, jouait dans d'autres, avait participé à une cinquantaine de missions humanitaires ces dix dernières années, faisait la Une des magazines les plus glamours, était régulièrement élue "plus belle femme du monde", avait courageusement décidé de sa mastectomie, était ambassadrice de bonne volonté américano-cambodgienne, écrivaine et bisexuelle.
    Brad avait dû finir par se rendre à l'évidence : Angelina n'avait, en fait, pas besoin de lui dans sa vie.
    Il se demanda ce qu'était devenue Jennifer avec qui il avait tout de même passé de bons moments. Le souvenir des petits joints du soir sur le divan de leur villa à Beverly Hills le rendit soudain nostalgique. Une bien chic fille que Jenny, finalement. Elle lui cuisinerait sûrement ses fameux bagels au pastrami de boeuf sauce barbecue, sa spécialité, s'il osait la recontacter.
    Il réfléchit un moment, prit son courage à deux mains, et saisit le téléphone.

  • Le jour où Jane B. m'a sauvée.

    Quand je rencontre Jane Birkin pour la première fois, j'ai dans les 14-15 ans. Je suis une longue créature chétive,  osseuse et farouche. Rien ne pousse ni devant ni derrière. Les seules choses qui fassent forme sur mon corps sont des côtes et des omoplates saillantes, des genoux cagneux. Je lorgne avec envie les nénés des copines déjà formées, les bosses qui poussent le chandail, les marques de soutien-gorge apparentes. Je vois bien ce que ça fait dans les yeux des garçons ces histoires de trucs qui émergent sous les débardeurs. Y a ceux qui regardent franco, un peu hypnotisés, y a ceux qui font semblant que non, mais si.

    Soudain, les filles de la récré les plus transparentes quelques mois auparavant se trouvent dotées d'un super-pouvoir dont elles sont elles-mêmes surprises. C'est la roulette génétique de la vie qui se joue là. Je comprends assez tôt qu'il va falloir me trouver un autre don de la nature si je veux attirer le regard des garçons, mais franchement, pendant très longtemps je ne vois pas quoi. 

    Pour me faciliter l'existence, je décide que les garçons de mon âge sont TOUS des crétins finis et je brigue du côté des "vieux" de Terminale qui se contentent de me bousculer dans les escaliers du lycée.

    Quand je rencontre Jane B. j'ai abandonné tout espoir de séduire à l'aide d'arguments physiques, et mon acné, mon appareil dentaire et ma coupe-garçonne viennent parfaire le tableau de l'adolescente pathétique aux allures androgynes-anorexiques. Je porte alors deux pantalons superposés pour cacher mon absence de formes et m'épaissir un peu.

    Ma tante Domitilde me reçoit à Lille. Elle a laissé traîner sur la petite table de son salon de vieux magazines "people" avec des photos en noir et blanc que je feuillette en attendant qu'elle apporte le café et les petits gâteaux.  Sur la double page du milieu, je découvre une jeune femme aux jambes arquées et maigrelettes dans un mini-short en jean, tenant au bout de son bras un grand panier en osier rigide. En haut un débardeur blanc à même la peau, sans rien dessous, dont le décolleté descend bas sur l'absence de poitrine. Deux tétons, juste, pointent sous le tissu. C'est Jane B. Elle défie l'objectif de son regard effronté et gamin. Elle a un sourire d'enfant. C'est une adulte, une "vieille" d'au moins 25 ans, mais son corps est celui d'une adolescente.

    Ce n'est pas le corps d'une adolescente, c'est MON corps.

    Et ce corps est dingue. Plat mais pas que, courbes discrètes,  hanches de garçon, cuisses imparfaites totalement désirables. Cette fille est SEXY sans les attributs de la féminité. Ça se peut. Ça existe. Choc profond. Renversement des valeurs. Claque morphologique. J'ai trouvé une sœur anatomique.

    Domitilde me confirme que cette fille existe bien. Si j'avais eu la télévision à la maison durant les dix années précédentes, j'aurais peut-être pu l'apercevoir dans les émissions de Maritie et Carpentier en duo avec Gainsbourg, Sardou ou Carlos... Je l'ai découverte juste à temps, avant la mode des Samantha et Sabrina qui aurait finie de m'achever. Ce jour-là, une partie de moi était secourue.

    Ce jour-là, Jane Birkin m'a sauvée.

  • Le caddie de Sophie Marceau

    Le 3 août 2018, Sophie Marceau en eut assez de faire ses courses sur internet à cause d'une notoriété qui l'empêchait de se déplacer comme elle le voulait dans les lieux publics. Elle avait envie, elle aussi, comme tout un chacun, de parcourir les rayons frais des supermarchés pour acheter ses yaourts grecs en direct live. A 13h15, elle mit une perruque rousse à longue frange et partit à l'aventure. Elle s'amusa beaucoup, dans les premiers temps, à pousser le caddie et à y déposer des denrées alimentaires variées des marques Repère et Eco +, elle se réjouit encore un peu devant les produits cosmétiques soldés de la marque Nivéa (3 crèmes Q10 achetées, la 3e remboursée grâce au bon d'achat), elle commença à s'ennuyer un brin au rayon fruits et légumes, s'étiola à vue d’œil dans l'allée Petit déjeuner-céréales-biscottes et abandonna son chariot à une caisse, à 14h23. La file d'attente était trop longue et elle avait rendez-vous avec son masseur à 15h.

    La prochaine fois, elle demanderait à Juliette Binoche (qui n'avait pas trop le moral en ce moment) de l'accompagner. Ce serait plus rigolo avec une copine.

  • A nos amours.

    J'enfile mes Clarks, caresse mon chat Bacchus, repunaise l'affiche de La Boum. La veille, j'ai vu au cinéma A nos amours de Pialat. Suzanne m'initie précocement au sentiment de mélancolie. Je pressens avec elle que cet état n'est pas celui du regret d'un temps révolu, comme l'est la nostalgie, mais le regret d'un temps qui n'existe pas et n'existera sans doute pas. Je ne sais pas encore si c'est un poids en plus ou en moins à déposer dans mon sac US. Je vais louper le car scolaire. On verra ça plus tard.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Image extraite du film A nos amours, Pialat, 1983