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Réseau social

  • Paie ta révolution

    Dans les années 2020, "le monde du mannequinat" vit poindre des tentatives de rébellion sporadiques qui consistaient à glisser des femmes âgées, des filles à formes, des filles à poils, des filles handicapées, des filles brûlées, des filles souffrant de vitiligo, des filles naines, dans les défilés de haute couture. Ces profils atypiques commençaient même à apparaitre dans les publicités télévisées et sur les couvertures de magazines féminins.
     
    Moi, bêtement, j'attendais le moment où ces nouvelles héroïnes se mettraient à vomir sur le tapis rouge, à cracher sur les créateurs de mode, à agonir d'insultes les spectateurs, à pisser sur le jury, à atomiser le décor de ceux qui les avaient si ostensiblement ignorées durant des décennies. Je pensais qu'une révolution sourde était en germe. Que tout allait exploser à la gueule des sales pourvoyeurs de "beauté" qui, soudainement, pour répondre à une "nouvelle éthique commerciale incluante" organisaient des castings "anti-discrimination" partout sur la planète.
     
    Mais que dalle. Je finis par comprendre que les nouvelles recrues voulaient elles aussi faire partie du système. Après avoir craché avec violence sur les grandes gigues stéréotypées qui peuplaient l'"univers de la mode" et, ce faisant, "trahissaient leurs sœurs", elles voulaient "en être" elles aussi. Oui, depuis le début, c'est ce qu'elles voulaient. Bien sûr, interrogées, elles déclaraient avec solennité : " Il faut faire bouger les choses de l'intérieur ". Mais la vérité c'est que des armées de filles de tous genres, de toutes formes, de toutes tailles, de tous âges, jouaient du coude pour offrir leurs corps au Grand Capital qui, tout surpris - n'en demandant pas tant - prenait ce qu'il y avait à prendre. Comme toujours.

     

     

  • Gratitude

    Gratitude envers tous ceux que j’aime,
    Ça, c’est une évidence,
    (Quoique je ne l’exprime pas si souvent,
    Et c’est un tort),
    Mais gratitude également,
    envers les autres
    et surtout ceux
    et qui auraient tendance à provoquer en moi un élan de désolidarisation de l’être humain.
    Gratitude, oui,
    envers cet homme tout rouge et gesticulant qui joue les petits chefs et m’invite à la compassion pour celui qui semble ne toujours pas avoir compris qu’il allait mourir demain,
    gratitude
    envers cet homme qui éructe son opinion inébranlable sur ce réseau social, cherchant la polémique, s’acharnant à avoir raison et qui me montre où ne surtout pas placer toute ma précieuse énergie de la journée,
    gratitude encore,
    envers cette femme dont la face déformée par la colère et le ressentiment me rappelle de quoi j’ai l’air quand je me laisse aller à l’aigreur et à la rancune,
    gratitude, oui,
    envers cette femme qui met son casque sur ses oreilles alors que son petit garçon de trois ans est en train de lui parler, de tester ma capacité à ne pas foutre mon poing dans le nez à tous les personnes dégoûtantes croisées dans la journée,
    gratitude, gratitude,
    envers les extrémistes de tous poils qui s’accrochent comme des forcenés à leurs opinions et qui m’indiquent, par là-même, le chemin du doute et de la distance,
    gratitude encore,
    envers cet homme qui me prend pour une idiote et qui ne sait pas à quel point je peux l’être vraiment quand je veux,
    gratitude,
    envers tous les vivants-morts qui me montrent la voie de la désertion des espaces mortifères et qui, par conséquent, désignent sans le vouloir, celui de la vie,
    gratitude, oui,
    envers cette femme pleine de culpabilité et de masochisme (orgueil, orgueil) qui m’apprend à ne pas me mortifier inutilement,
    gratitude, gratitude,
    envers cet homme qui fronce les sourcils d’un air exagérément sévère lors de mon entretien et qui me rappelle que tout est un jeu où chacun joue son rôle, rien de plus (vraiment, rien de plus)
    gratitude envers tous ceux qui me rappellent que je ne suis pas grand-chose, ou si peu, et qui m’indiquent, chaque jour un peu plus,
    la direction de mes priorités vitales,
    de moins en moins nombreuses
    et que je peux compter
    aujourd’hui
    sur les doigts
    d’une seule main.
    Oh oui,
    gratitude. ❤

  • Bad boys

    A presque 45 ans, Pamela fantasmait encore sur les bad boys, les mecs rock'n'roll comme elle disait, un peu poètes un peu trash (elle kiffait les mots fuck et éjaculation dans la poésie), mais, en cachette, elle lisait avec une grande assiduité son horoscope guettant tous les signes d'une romance à l'eau surannée de rose. Elle voulait "qu'on l'aimât pour ce qu'elle était" (comme Bridget Jones dans Le Journal). En fait, elle rêvait secrètement l'avénement d'un Mark Darcy tout en passant son temps à tenter de séduire tous les Daniel Cleaver de passage.

    Où cette quête contradictoire allait-elle bien la mener ?

  • Allô

    En 2022, on ne distinguait plus les personnes qui parlaient toutes seules dans la rue de celles qui parlaient à un téléphone invisible - grâce à des oreillettes invisibles. Et, quand on prenait le temps d’écouter ce que ces locuteurs-là disaient, on se rendait rapidement compte qu’eux aussi ne faisaient que se parler à eux-mêmes, quand ils semblaient s’adresser à un interlocuteur. De longs, indigents, ennuyeux, pénibles soliloques se faisaient écho dans les avenues, les centres commerciaux et les transports en commun. Y avait-il quelqu’un au bout du fil ? Rien n’était moins sûr. Peut-être le récepteur de l’appel avait-il déjà posé depuis longtemps son smartphone dans un coin de la pièce et vaquait à ses occupations sans prêter l’oreille au discours sans fin de l’appelant, mais le plus probable était que l’appelé lui-même déroulait en réponse un monologue interminable sans attention pour le galimatias de son correspondant.
    2022 correspondait à une acmé de l’ère du blabla ; et ceux qu’on considérait à présent comme les fous ancestraux – les causeurs solitaires - étaient beaucoup moins inquiétants que la nouvelle engeance de jacteurs automatisés qui avait zombifié la ville.

  • L'ado femelle

    L'ado mâle se trouve souvent bien décontenancé face aux réactions de l'ado femelle qui s'accroche à son cou.

     

    Celui-là, par exemple, pris au piège dans le métro, ne peut plus regarder sur sa droite ni sur sa gauche sans recevoir une petite tape sur la tête ou sur la nuque. L'ado femelle a tracé un périmètre de sécurité autour de son ado mâle et manifeste son affection à coups de tête plus ou moins brutaux sur l'épaule de son jeune amoureux.

     

    Puis, elle tend son écran de smartphone à hauteur de ses yeux jusqu'à le faire loucher et lui pose une question qui n'appelle aucune réponse :

     

     

    - Elle est moche, hein, Léa ?

  • Les villes des mois d'août

    Les villes des mois d’août sont comme vides de tout
    Et cependant emplies de pauvres et de fous.
    Celui-là, sur un banc, mange un gros bout de mou
    Tandis que sa voisine le regarde, debout.
     
    Toi, voyeuse cachée, bien planquée dans un coin
    Penses-tu ô naïve échapper au dessin ?
    Les mois d’août des villes font de tous les présents
    Des complices, des frères, sociétaires du moment.
     
     
     
     
     
     

  • mea culpa

    Après avoir diffusé pendant deux ans des vidéos de propagande anti-épilation, prôné la liberté de s’émanciper du joug des diktats qui pèsent sur le corps féminin et exhibé ses poils d’aisselles avec une assiduité militante, la Youtubeuse annonce aujourd’hui à ses 125 K abonné.e.s d’un air grave et solennel sa décision mûrement réfléchie de se raser de nouveau et déroule pendant quinze minutes un argumentaire visant à expliciter les raisons qui ont conduit à ce revirement qui ressemble à un dédit.
     
    Quinze minutes d'un mea culpa argumenté et étayé à l'attention des regards du monde entier tournés vers ses poils et ses dessous de bras puisque, sans doute, de l’existence ou de l’absence de ces poils d’aisselles dépend l’évolution des conflits mondiaux, des luttes armées, des suicides planétaires, des famines, de l’esclavage moderne, du chiffre d’affaire d’Amazon, de la faille de San Andreas, de l’équilibre du système cosmique.
     
    Elle se lève pour saluer ses fans en joignant ses deux mains en signe de contrition. La dernière image de la capsule s'éternise quelques secondes sur un joli nombril percé.

  • danse macabre

    Valériane ancienne victime devenue bourreau prend très à cœur son nouveau statut et, comme tous ses amis victimes, développe des trésors d’inventivité pour se venger durablement de ses anciens tortionnaires qui, de leur côté, investissent consciencieusement leur nouveau rôle de victimes et en savourent les pleins et les déliés en attendant que leurs petits enfants renversent de nouveau la vapeur et continuent de perpétuer la lancinante danse macabre du bourreau et de la victime fusionnels et complices jusqu’à la nuit des temps.

     

     

     

     

    Illustration : Franciszek Lekszycki

  • Pas de quoi...

    Dans mon semainier, j'ai entouré en très gros, en très fluo, "11h15" sur la colonne du vendredi 5 mars.
     
    Rien à côté. Pas de nom, pas de note, pas d'adresse.
    Juste en très gros, en très fluo un cercle autour de "11h15".
    Demain, donc, en fin de matinée, il se passera
    quelque chose,
    quelque part,
    sans moi.
    Ce qui est vrai depuis des siècles et des siècles, partout dans le monde, à toutes les heures du jour et de la nuit.
     
    Pas de quoi en faire un fromage.

  • Panique

    Bénédicte était en totale panique. Alors qu’elle était le soir-même l’invitée référente d’une table ronde intitulée « Sois belle et tais-toi : la publicité, antre du sexisme ? », Stanislas, son coiffeur attitré, lui faisait faux bond et elle ne parvenait pas à remettre la main sur son petit chemisier en soie vert assorti à ses yeux qui mettait si bien en valeur sa svelte silhouette.

  • La maman étanche

    7h10, ligne A, bébé dans sa poussette lève les yeux vers maman, son bonnet, ses écouteurs, son smartphone, son écharpe, son masque. C’est bon, il reste encore les yeux.
     
    Ah non, ils sont fermés.

  • les garçons

    Les garçons aussi ont besoin de nous
    les garçons ont besoin de nous
    au même titre que les filles
    les garçons ont besoin
    vraiment besoin
    ils ne sont pas plus forts
    ils ne sont pas plus sûrs
    ils ne sont pas plus solides
    non
    pas plus robustes
    l’élève écrit
    « à chaque fois que je la vois
    je recule d’un pas
    elle sourit quand elle me voit
    pourtant j'ai peur d’elle
    je recule d’un pas, vite »
    les garçons ont peur
    de ne pas être à la hauteur
    les garçons disent des bêtises
    sur les filles
    parce qu’ils n’y comprennent
    pas grand-chose
    souvent rien
    les garçons ont besoin de nous
    ils ne sont pas moins fragiles
    ils ne sont pas moins vulnérables
    les garçons aussi
    ont besoin
    d’être pris dans nos bras
    consolés
    protégés
    d’eux-mêmes parfois
    si on veut éviter la catastrophe
    la grande catastrophe
    du
     
    trop tard
     
     

     
  • lutte

    Si la colère qui t'anime
    est plus destructrice que créatrice,
    si la lutte que tu mènes,
    aussi légitime soit-elle,
    exclut plus qu'elle ne rassemble,
    si la lutte que tu mènes
    dépose dans ton cœur
    plus d'aigreur que de joie,
    alors…

  • Les voeux de la Mare Rouge

    2021 :
     
    Soyez toujours prêt à être surpris.
     
    Swami Prajnanpad.
     
     
    LOVE

  • Amours clandestines

    Il fallait bien admettre un fait. Depuis le début du XXIe siècle, qui correspondait à la démocratisation et la banalisation de l'usage du smartphone, les amants modernes vivaient leurs amours clandestines et adultères - aussi romantiques et passionnées fussent-elles - en grande partie

     

    aux toilettes.

  • instagrammable

    A ma naissance, mon grand-père avait engueulé ma mère : Tu l’appelles Judith ? Mais tu es inconsciente ! Tu te rends compte s’IlS reviennent…

     

    Jusqu’à mes 5 ans, il m’appellera « la môme Juju », puis il mourra.

     

    Quand je vois aujourd’hui la photo de cette adolescente qui pose dos cambré, poitrine en avant, moue Instagram sur les rails qui mènent à l’entrée du camp d’Auschwitz, je pense à Marceau, à ses mots, à sa peur.

     

    Et ce qui m’effraie, moi, aujourd’hui, c’est cette image impossible de l’Abomination prenant la forme d’une jolie jeune fille souriante, pas plus méchante qu’une autre, répondant certainement à l’injonction d’une amie qui tient l’appareil - le smartphone qui permettra de balancer l’image dans la seconde sur sa page facebook :

     

    Cambre-toi un peu plus, oui, super, on voit bien l’entrée derrière toi, ne bouge plus !

     

    Clic.

     

    Même pas néo-nazie, même pas antisémite. Juste instagrammable.

  • De l'aubergine

    Cette personne essaie de me convaincre depuis une heure que l’aubergine est un légume délicieux, m’explique pourquoi j’ai tort de ne pas l’apprécier à sa juste valeur, m’énumère tous ses mérites, me vante son goût savoureux, sa texture unique, son parfum subtil au travers d'un argumentaire précis et détaillé dans le but de me ranger à son avis mais je n’en aime pas plus l’aubergine à la fin de son exposé aussi achevé soit-il. Du moins pour le moment. Et cela semble la contrarier au plus haut point. Comme si mon absence d’adhésion faisait injure à son goût alors qu’elle met juste en lumière des appréhensions sensibles et sensitives différentes. Je n’essaie pas de la convaincre en retour de la prédominance de l’épinard sur l’aubergine puisque je sais qu’elle l’a en horreur.

    Il en va de même en matière de livres, peintures, sculptures, chansons, films, musique. Combien de discussions vaines quand il s’agit du goût des uns et des autres, combien de temps passé à des disputes inutiles. On se sent blessé là où s’expriment seulement des perceptions différentes du monde construites progressivement depuis l’enfance et plus ou moins affinées avec l’âge.

     

    Qui pour oser dire sans en rire : « Ta perception de l’aubergine est moins pertinente que la mienne » ?

  • "Trop chou"

    Une dame âgée danse seule sur un son rock et se déhanche avec joie. Le décor fait penser à celui d'une fête de famille.

     

    Qui la filme ? Pourquoi cette vidéo devenue virale a-t-elle été partagée sur les réseaux sociaux ? Dans quel but ?

     

    Sous le petit clip, on peut lire les commentaires : MDR, LOL ou  TROP CHOU,  ELLE EST TROP MIGNONNE. Des émoticônes rigolards ou des cœurs les accompagnent.

     

    Pourquoi la vieillesse dansante et heureuse déclenche-t-elle systématiquement

    rire

    et commisération ?

     

    A quel moment le corps mouvant d'une femme devient-il si pathétique aux yeux des autres qu’il ne peut plus engendrer qu’amusement ou pitié attendrie ?

     

    A quel instant précis passe-t-il de la grâce à l'anomalie ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • idée fixe

    Cette femme a tellement l'air heureuse et rassurée de penser que je suis une méchante fille arrogante et hautaine que je n'ose pas la détourner de son idée fixe et lui donne charitablement toutes les occasions de confirmer son impression. On ne peut faire montre de plus d'altruisme et d'attention désintéressée à l'autre, avouez.

  • LIKE

    Adèle s’est fabriqué un petit algorithme personnel : grâce à lui, elle comptabilise les pouces levés et les cœurs figurant sous ses statuts Facebook et sait précisément qui a liké, à quelle heure et combien de fois dans la journée. A partir de ce savant décompte, elle statue sur l’autorisation qu’elle accorde à ses « amis virtuels » d’intervenir ou pas sur son mur. A moins de trois « likes » par semaine sous ses nouvelles parutions, elle proscrit tout commentaire étranger et renvoie les importuns à leur incivilité. D’ailleurs, elle s’applique cette règle à elle-même : elle a un taux de pouces à distribuer au prorata de l’intérêt personnel qui en découle. Quatre par semaine sous le statut de ce nouvel éditeur qui remarquera peut-être ses textes, trois sous celui de cette autrice un peu visible dans le champ littéraire de la blogosphère, deux autres sous les statuts de ce joli artiste au regard mélancolique qu’elle pourra peut-être sauver de lui-même.

  • Dans la vie

    Sur Facebook, il passait pour un homme attentif au monde, altruiste et généreux, défenseur des belles causes, protecteur de la nature, sensible au sort des femmes, sensible tout court, humaniste, "artiste" à ses heures, bon compagnon, dévoué, fraternel, charitable, philanthrope et désintéressé.
     
    Dans la vie réelle, il fallait bien l'avouer, il n'était qu'une grosse fiente.

  • point de rupture

    Liberté, égalité, fraternité

    quand est-ce devenu un slogan ?

     

    Carpe diem

    quand est-ce devenu une formule à tatouage ?

     

    Devenir soi

    quand est-ce devenu une injonction publicitaire ?

     

    A quel moment est-on passé de l'Essence au bavardage ?

    Où est le point de rupture ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Hand with Reflecting Sphere -- M.C Escher. Lithograph, 1935

  • Fenêtre sur cour

     

    Vous sentez comme nos immeubles sont pleins de nous ?

     

    Comme ils sont plus lourds de tous nos corps rassemblés, de toutes nos masses, de nos chairs odorantes à tous les étages, de nos corps enlacés et fourbus, de nos plaisirs communs ou solitaires ?

     

    Vous entendez comme ils bruissent plus clairement de nos pas, de nos rires, de nos repas en famille, de nos mots gros ou doux, de nos cris de jouissance ou de fureur, de nos paroles vaines ou amoureuses ?

     

    Vous sentez comme ils sont peuplés de l’odeur de nos soupes à l’oignon, de nos pains, de nos tartes aux pommes, de nos tajines, de nos gratins dauphinois, de nos sauces bolognaises ?

     

    Vous entendez comme ils résonnent des disputes d’enfants, des batailles d’eau et de polochons, des guerres fratricides et des batailles rangées de warriors, de hobbits, d'orques et de gobelins ?

     

    Pendant ce temps, dans la rue, des mouches volent.

  • Pourquoi ne tend-t-on pas l’oreille à ce que veut nous dire le petit virus ?

    Pourquoi ne tend-t-on pas l’oreille à ce que veut nous dire le petit virus ?

     

    Bon, d’accord, il tue les plus faibles d’entre nous, ce qui n’est pas très charitable.

     

    Mais, justement, parce qu’il tue, qu’il menace ceux qu’on aime, parce qu’il nous met face à notre impuissance, à notre fragilité, au caractère éphémère de notre condition, que n’en profitons-nous pas pour faire, au moins juste un moment, juste quelques jours, juste quelques semaines, quelques mois,

     

    AUTREMENT ?

     

    Pourquoi ne commençons-nous pas notre révolution ? Et avant, la révolution mondiale, notre révolution interne ?

     

    Pourquoi notre premier réflexe consiste-t-il à vouloir absolument maintenir nos routines ? à râler parce que nos habitudes vont être chamboulées ? à nous jeter fébrilement sur les moyens de travailler à distance pour ne pas perdre le rythme, pour être encore « dedans » coûte que coûte ?

     

    Oui, je sais, les examens à passer, les formations à maintenir, l’argent mis en jeu, la peur de perdre un travail, les micro-entreprises exsangues, la bourse, la récession économique, et… et…

     

    Mais que révèlent ces peurs légitimes ? Un système froid et insensible, implacable, méprisant et hostile à l’humain. Un système qui culpabilise ses membres dès qu’ils émettent un soupçon de volonté de vivre juste un peu pour eux. De se poser, un instant, de s’aimer, de planter un radis et de le regarder pousser.

     

    Un instant.

     

    Après, on sait que tout va reprendre son train d’enfer, de toute façon. Car rien ne dure. Le coronavirus va finir par se faire oublier et on regardera cette période étrange, cette expérience singulière, comme un vieux souvenir.

     

    Il ne tient qu’à nous, puisqu’on est, là, maintenant, ensemble dans le même pétrin, de faire de ce souvenir un moment joyeux, vivant, amoureux, généreux, ouvert aux autres, à soi. Il ne tient qu’à nous d’être inventifs, créatifs. De faire. De récréer notre ordre de manière juste, pour nous et les autres. De mettre enfin en œuvre la grève générale fantasmée il y a quelques mois dans la rue, de la goûter pleinement. Souvenons-nous : cette trêve ne durera pas. La monstrueuse machine va bientôt repartir pour mieux écraser les plus faibles d'entre nous, vieux ou jeunes. 

     

    Je sais qu’on n’apprend rien de rien, que les « leçons de l’Histoire » n’existent pas, que l’on n’en finit pas de répéter les mêmes erreurs, siècle après siècle, massacres après famines après génocides après guerres après pandémies. Mais quand même. Si l’on pouvait ne pas ajouter du malheur au malheur.  

     

    Le corona nous tend la main : ne pensons pas qu’à laver les nôtres.

     

     

     

  • Pas le moment de dire

    On m’a dit

    que ce n’était pas le moment de dire

    que certains flics sont des mecs bien

    que certains chasseurs sont des chics types

    que certains handicapés sont des gros cons

    aussi cons que n’importe quel autre con humain

    qu’il existe des féministes prêtes à hystérectomier toutes les « sœurs »

    qui ne seraient pas prêtes à émasculer tous les hommes

    qu'il existe des écologistes prêts à rayer l'humanité de la Terre

    que le racisme est la tare la mieux partagée au monde

    qu'il ne suffit pas de se proclamer de gauche pour être un homme bon

    qu'il ne suffit d'être une femme pour être une belle personne

    que les sado-masos peuvent faire l'amour avec amour

    On m’a dit que ce n’était pas décent aujourd’hui

    de parler des hommes battus

    des hommes violés

    des femmes maltraitantes

    des femmes incestueuses

    des femmes pédophiles

    des femmes exciseuses

    des femmes de pouvoir

    aussi mégalomanes que leurs congénères mâles

    On m’a dit :

    pas aujourd’hui

    tu le diras un autre jour,

    plus tard

    quand tout ira mieux

    quand tout sera réglé.

    C’est pas le jour

    c’est pas le bon timing

    On m'a dit,

    surtout :

    ta gueule.

  • L'ignominie de la bonté (épisode 2)

    La gentille horde du Camp du Bien était prête à me laminer, à me faire avaler mes dents, à m’accrocher à des crochets de boucher, à me flageller en place publique pour me m’apprendre à être bonne, altruiste, miséricordieuse, bienveillante envers mes semblables.

     

  • Pour ceux qui hurlent avec les loups

    Pour ceux qui hurlent avec les loups (expression bien désobligeante pour les loups, soit dit en passant).

    Merci de vos suggestions, mais non, je n'utiliserai pas les mots "personne en situation de handicap" ou "technicien de surface" dans le but de "ne pas heurter un public catégoriel",
    et, oui, je continuerai d'écrire sur tous les êtres humains

    et de les traiter sur un plan d'égalité littéraire

    car, selon moi, c'est là que réside le respect envers tous et la vraie reconnaissance de la dignité de chaque être.

    Donc, non, je ne m'interdirai aucun sujet, aucun personnage, aucune vision dans le but de ne pas déplaire.

    Si vous haïssez la littérature, ce n'est pas mon problème, c'est le vôtre.

  • Le cercle

    Reste à ta place

    Pour qui tu te prends ?

    Reste à ta place, on te dit

    Tu crois qu’on ne le voit pas

    Ton pas de côté

    Tu essaies de bifurquer

    Dans un coin qu’on ne connait pas

    Tu t’éloignes

    Tu prends la tangente

     

    Reste à ta place

    Reste à ta place, on te dit

    Même si pas très beau là,

    même si c’est pas très exaltant,

    même si c’est pas très enthousiasmant

    Reste avec nous

    Reste là

     

    Ils ne t’aiment pas

    comme nous on t’aime

    Là-bas

    Tu vas le regretter

    Tu ne pourras t’en prendre qu’à toi

    Tu ne viendras pas pleurer

    On t’aura prévenue

     

    Tu crois que tu as mieux à faire

    On n'est pas assez bien pour toi ?

    Tu te prends pour qui

    A essayer des trucs

    A vouloir parler à des gens

    Qu’on ne connait pas

    Reste à ta place

     

    Ta place ?

    C’est celle où on est

    tu ne le vois pas

    le tracé par terre ?

    tu fais semblant de ne pas le voir

    ou quoi

    t’es aveugle ?

     

    ou alors t'es conne

     

    Si tu sors du cercle

    t’es plus avec nous

    Si t’es pas avec nous

    t’es contre nous

     

    Va

    Va là où on ne connait pas

    On t’a déjà oubliée

    Qu’est-ce que tu crois

    Va

    Va

    Rira bien qui

     

     

     

  • tu parles de moi ?

    - J'ai bien compris que tu parlais de moi dans ton texte sur l'homme à la bicyclette.


    - Ah non, je t'assure Roger, je n'ai pas écrit ce texte en pensant à toi.


    - Allez, arrête ! Ton personnage, c'est moi tout craché.


    - Non, vraiment, pas dans celui-là. En revanche...


    - Quoi ?


    - Non, rien.


    - Quoi, mais quoi ?!


    - Le texte sur l'homme au yoyo...


    - Ah oui, ça c'est Bernard ! ça m'a bien fait rire. Bien vu, bien vu. Pile dans le mille !


    - Oui, voilà, c'est... Bernard.

  • les gens

    Les gens, c’est pas moi.
    Les gens, c’est les autres.
    Mais, ça,
    les gens ne le savent pas.
    Ils pensent que c’est moi, Les Gens.
    C’est pourquoi ils disent :
    les gens sont tous des imbéciles
    ou bien
    les gens ne se rendent pas compte.
    Mais moi, je sais bien que les gens
    c’est eux,
    sans moi.
    On ne me la fait pas.