Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Réseau social

  • Les villes des mois d'août

    Les villes des mois d’août sont comme vides de tout
    Et cependant emplies de pauvres et de fous.
    Celui-là, sur un banc, mange un gros bout de mou
    Tandis que sa voisine le regarde, debout.
     
    Toi, voyeuse cachée, bien planquée dans un coin
    Penses-tu ô naïve échapper au dessin ?
    Les mois d’août des villes font de tous les présents
    Des complices, des frères, sociétaires du moment.
     
     
     
     
     
     

  • mea culpa

    Après avoir diffusé pendant deux ans des vidéos de propagande anti-épilation, prôné la liberté de s’émanciper du joug des diktats qui pèsent sur le corps féminin et exhibé ses poils d’aisselles avec une assiduité militante, la Youtubeuse annonce aujourd’hui à ses 125 K abonné.e.s d’un air grave et solennel sa décision mûrement réfléchie de se raser de nouveau et explique pendant 15 minutes les raisons qui ont conduit à ce revirement qui ressemble à un dédit.
    15 minutes de mea culpa argumenté et étayé pour s’excuser et justifier ce virage comme si les regards du monde entier étaient tournés vers ses poils et ses dessous de bras, comme si de l’existence ou de l’absence de ses poils d’aisselles dépendaient l’évolution des conflits mondiaux, des luttes armées, des suicides planétaires, des famines, de l’esclavage moderne, du chiffre d’affaire d’Amazon, de la faille de San Andreas, de l’équilibre du système cosmique.
    Elle se lève pour saluer ses fans en joignant ses deux mains en signe de contrition. La dernière image de la capsule est un gros plan sur son joli nombril percé.

  • Pas de quoi...

    Dans mon semainier, j'ai entouré en très gros, en très fluo, "11h15" sur la colonne du vendredi 5 mars.
     
    Rien à côté. Pas de nom, pas de note, pas d'adresse.
    Juste en très gros, en très fluo un cercle autour de "11h15".
    Demain, donc, en fin de matinée, il se passera
    quelque chose,
    quelque part,
    sans moi.
    Ce qui est vrai depuis des siècles et des siècles, partout dans le monde, à toutes les heures du jour et de la nuit.
     
    Pas de quoi en faire un fromage.

  • Panique

    Bénédicte était en totale panique. Alors qu’elle était le soir-même l’invitée référente d’une table ronde intitulée « Sois belle et tais-toi : la publicité, antre du sexisme ? », Stanislas, son coiffeur attitré, lui faisait faux bond et elle ne parvenait pas à remettre la main sur son petit chemisier en soie vert assorti à ses yeux qui mettait si bien en valeur sa svelte silhouette.

  • La maman étanche

    7h10, ligne A, bébé dans sa poussette lève les yeux vers maman, son bonnet, ses écouteurs, son smartphone, son écharpe, son masque. C’est bon, il reste encore les yeux.
     
    Ah non, ils sont fermés.

  • les garçons

    Les garçons aussi ont besoin de nous
    les garçons ont besoin de nous
    au même titre que les filles
    les garçons ont besoin
    vraiment besoin
    ils ne sont pas plus forts
    ils ne sont pas plus sûrs
    ils ne sont pas plus solides
    non
    pas plus robustes
    l’élève écrit
    « à chaque fois que je la vois
    je recule d’un pas
    elle sourit quand elle me voit
    pourtant j'ai peur d’elle
    je recule d’un pas, vite »
    les garçons ont peur
    de ne pas être à la hauteur
    les garçons disent des bêtises
    sur les filles
    parce qu’ils n’y comprennent
    pas grand-chose
    souvent rien
    les garçons ont besoin de nous
    ils ne sont pas moins fragiles
    ils ne sont pas moins vulnérables
    les garçons aussi
    ont besoin
    d’être pris dans nos bras
    consolés
    protégés
    d’eux-mêmes parfois
    si on veut éviter la catastrophe
    la grande catastrophe
    du
     
    trop tard
     
     

     
  • lutte

    Si la colère qui t'anime
    est plus destructrice que créatrice,
    si la lutte que tu mènes,
    aussi légitime soit-elle,
    exclut plus qu'elle ne rassemble,
    si la lutte que tu mènes
    dépose dans ton cœur
    plus d'aigreur que de joie,
    alors…

  • Les voeux de la Mare Rouge

    2021 :
     
    Soyez toujours prêt à être surpris.
     
    Swami Prajnanpad.
     
     
    LOVE

  • Amours clandestines

    Il fallait bien admettre un fait. Depuis le début du XXIe siècle, qui correspondait à la démocratisation et la banalisation de l'usage du smartphone, les amants modernes vivaient leurs amours clandestines et adultères - aussi romantiques et passionnées fussent-elles - en grande partie

     

    aux toilettes.

  • ado femelle

    L'ado mâle se trouve souvent bien décontenancé face aux réactions de l'ado femelle qui s'accroche à son cou.

     

    Celui-là, par exemple, pris au piège dans le métro, ne peut plus regarder sur sa droite ni sur sa gauche sans recevoir une petite tape sur la tête ou sur la nuque. L'ado femelle a tracé un périmètre de sécurité autour de son mâle ado et manifeste son affection à coups de tête plus ou moins brutaux sur l'épaule de son jeune amoureux.

     

    Puis, elle tend son écran de smartphone à hauteur de ses yeux jusqu'à le faire loucher et lui pose une question qui n'appelle aucune réponse :

     

     

    - Elle est moche, hein, Léa ?

  • instagrammable

    A ma naissance, mon grand-père avait engueulé ma mère : Tu l’appelles Judith ? Mais tu es inconsciente ! Tu te rends compte s’IlS reviennent…

     

    Jusqu’à mes 5 ans, il m’appellera « la môme Juju », puis il mourra.

     

    Quand je vois aujourd’hui la photo de cette adolescente qui pose dos cambré, poitrine en avant, moue Instagram sur les rails qui mènent à l’entrée du camp d’Auschwitz, je pense à Marceau, à ses mots, à sa peur.

     

    Et ce qui m’effraie, moi, aujourd’hui, c’est cette image impossible de l’Abomination prenant la forme d’une jolie jeune fille souriante, pas plus méchante qu’une autre, répondant certainement à l’injonction d’une amie qui tient l’appareil - le smartphone qui permettra de balancer l’image dans la seconde sur sa page facebook :

     

    Cambre-toi un peu plus, oui, super, on voit bien l’entrée derrière toi, ne bouge plus !

     

    Clic.

     

    Même pas néo-nazie, même pas antisémite. Juste instagrammable.

  • De l'aubergine

    Cette personne essaie de me convaincre depuis une heure que l’aubergine est un légume délicieux, m’explique pourquoi j’ai tort de ne pas l’apprécier à sa juste valeur, m’énumère tous ses mérites, me vante son goût savoureux, sa texture unique, son parfum subtil au travers d'un argumentaire précis et détaillé dans le but de me ranger à son avis mais je n’en aime pas plus l’aubergine à la fin de son exposé aussi achevé soit-il. Du moins pour le moment. Et cela semble la contrarier au plus haut point. Comme si mon absence d’adhésion faisait injure à son goût alors qu’elle met juste en lumière des appréhensions sensibles et sensitives différentes. Je n’essaie pas de la convaincre en retour de la prédominance de l’épinard sur l’aubergine puisque je sais qu’elle l’a en horreur.

    Il en va de même en matière de livres, peintures, sculptures, chansons, films, musique. Combien de discussions vaines quand il s’agit du goût des uns et des autres, combien de temps passé à des disputes inutiles. On se sent blessé là où s’expriment seulement des perceptions différentes du monde construites progressivement depuis l’enfance et plus ou moins affinées avec l’âge.

     

    Qui pour oser dire sans en rire : « Ta perception de l’aubergine est moins pertinente que la mienne » ?

  • "Trop chou"

    Une dame âgée danse seule sur un son rock et se déhanche avec joie. Le décor fait penser à celui d'une fête de famille.

     

    Qui la filme ? Pourquoi cette vidéo devenue virale a-t-elle été partagée sur les réseaux sociaux ? Dans quel but ?

     

    Sous le petit clip, on peut lire les commentaires : MDR, LOL ou  TROP CHOU,  ELLE EST TROP MIGNONNE. Des émoticônes rigolards ou des cœurs les accompagnent.

     

    Pourquoi la vieillesse dansante et heureuse déclenche-t-elle systématiquement

    rire

    et commisération ?

     

    A quel moment le corps mouvant d'une femme devient-il si pathétique aux yeux des autres qu’il ne peut plus engendrer qu’amusement ou pitié attendrie ?

     

    A quel instant précis passe-t-il de la grâce à l'anomalie ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • idée fixe

    Cette femme a tellement l'air heureuse et rassurée de penser que je suis une méchante fille arrogante et hautaine que je n'ose pas la détourner de son idée fixe et lui donne charitablement toutes les occasions de confirmer son impression. On ne peut faire montre de plus d'altruisme et d'attention désintéressée à l'autre, avouez.

  • LIKE

    Adèle s’est fabriqué un petit algorithme personnel : grâce à lui, elle comptabilise les pouces levés et les cœurs figurant sous ses statuts Facebook et sait précisément qui a liké, à quelle heure et combien de fois dans la journée. A partir de ce savant décompte, elle statue sur l’autorisation qu’elle accorde à ses « amis virtuels » d’intervenir ou pas sur son mur. A moins de trois « likes » par semaine sous ses nouvelles parutions, elle proscrit tout commentaire étranger et renvoie les importuns à leur incivilité. D’ailleurs, elle s’applique cette règle à elle-même : elle a un taux de pouces à distribuer au prorata de l’intérêt personnel qui en découle. Quatre par semaine sous le statut de ce nouvel éditeur qui remarquera peut-être ses textes, trois sous celui de cette autrice un peu visible dans le champ littéraire de la blogosphère, deux autres sous les statuts de ce joli artiste au regard mélancolique qu’elle pourra peut-être sauver de lui-même.

  • Dans la vie

    Sur Facebook, il passait pour un homme attentif au monde, altruiste et généreux, défenseur des belles causes, protecteur de la nature, sensible au sort des femmes, sensible tout court, humaniste, "poète" à ses heures, bon compagnon, dévoué, fraternel, charitable, philanthrope et désintéressé.
     
    Dans la vie réelle, il fallait bien l'avouer, il n'était qu'une grosse fiente.

  • point de rupture

    Liberté, égalité, fraternité

    quand est-ce devenu un slogan ?

     

    Carpe diem

    quand est-ce devenu une formule à tatouage ?

     

    Devenir soi

    quand est-ce devenu une injonction publicitaire ?

     

    A quel moment est-on passé de l'Essence au bavardage ?

    Où est le point de rupture ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Hand with Reflecting Sphere -- M.C Escher. Lithograph, 1935

  • Fenêtre sur cour

     

    Vous sentez comme nos immeubles sont pleins de nous ?

     

    Comme ils sont plus lourds de tous nos corps rassemblés, de toutes nos masses, de nos chairs odorantes à tous les étages, de nos corps enlacés et fourbus, de nos plaisirs communs ou solitaires ?

     

    Vous entendez comme ils bruissent plus clairement de nos pas, de nos rires, de nos repas en famille, de nos mots gros ou doux, de nos cris de jouissance ou de fureur, de nos paroles vaines ou amoureuses ?

     

    Vous sentez comme ils sont peuplés de l’odeur de nos soupes à l’oignon, de nos pains, de nos tartes aux pommes, de nos tajines, de nos gratins dauphinois, de nos sauces bolognaises ?

     

    Vous entendez comme ils résonnent des disputes d’enfants, des batailles d’eau et de polochons, des guerres fratricides et des batailles rangées de warriors, de hobbits, d'orques et de gobelins ?

     

    Pendant ce temps, dans la rue, des mouches volent.

  • Pourquoi ne tend-t-on pas l’oreille à ce que veut nous dire le petit virus ?

    Pourquoi ne tend-t-on pas l’oreille à ce que veut nous dire le petit virus ?

     

    Bon, d’accord, il tue les plus faibles d’entre nous, ce qui n’est pas très charitable.

     

    Mais, justement, parce qu’il tue, qu’il menace ceux qu’on aime, parce qu’il nous met face à notre impuissance, à notre fragilité, au caractère éphémère de notre condition, que n’en profitons-nous pas pour faire, au moins juste un moment, juste quelques jours, juste quelques semaines, quelques mois,

     

    AUTREMENT ?

     

    Pourquoi ne commençons-nous pas notre révolution ? Et avant, la révolution mondiale, notre révolution interne ?

     

    Pourquoi notre premier réflexe consiste-t-il à vouloir absolument maintenir nos routines ? à râler parce que nos habitudes vont être chamboulées ? à nous jeter fébrilement sur les moyens de travailler à distance pour ne pas perdre le rythme, pour être encore « dedans » coûte que coûte ?

     

    Oui, je sais, les examens à passer, les formations à maintenir, l’argent mis en jeu, la peur de perdre un travail, les micro-entreprises exsangues, la bourse, la récession économique, et… et…

     

    Mais que révèlent ces peurs légitimes ? Un système froid et insensible, implacable, méprisant et hostile à l’humain. Un système qui culpabilise ses membres dès qu’ils émettent un soupçon de volonté de vivre juste un peu pour eux. De se poser, un instant, de s’aimer, de planter un radis et de le regarder pousser.

     

    Un instant.

     

    Après, on sait que tout va reprendre son train d’enfer, de toute façon. Car rien ne dure. Le coronavirus va finir par se faire oublier et on regardera cette période étrange, cette expérience singulière, comme un vieux souvenir.

     

    Il ne tient qu’à nous, puisqu’on est, là, maintenant, ensemble dans le même pétrin, de faire de ce souvenir un moment joyeux, vivant, amoureux, généreux, ouvert aux autres, à soi. Il ne tient qu’à nous d’être inventifs, créatifs. De faire. De récréer notre ordre de manière juste, pour nous et les autres. De mettre enfin en œuvre la grève générale fantasmée il y a quelques mois dans la rue, de la goûter pleinement. Souvenons-nous : cette trêve ne durera pas. La monstrueuse machine va bientôt repartir pour mieux écraser les plus faibles d'entre nous, vieux ou jeunes. 

     

    Je sais qu’on n’apprend rien de rien, que les « leçons de l’Histoire » n’existent pas, que l’on n’en finit pas de répéter les mêmes erreurs, siècle après siècle, massacres après famines après génocides après guerres après pandémies. Mais quand même. Si l’on pouvait ne pas ajouter du malheur au malheur.  

     

    Le corona nous tend la main : ne pensons pas qu’à laver les nôtres.

     

     

     

  • Pas le moment de dire

    On m’a dit

    que ce n’était pas le moment de dire

    que certains flics sont des mecs bien

    que certains chasseurs sont des chics types

    que certains handicapés sont des gros cons

    aussi cons que n’importe quel autre con humain

    qu’il existe des féministes prêtes à hystérectomier toutes les « sœurs »

    qui ne seraient pas prêtes à émasculer tous les hommes

    qu'il existe des écologistes prêts à rayer l'humanité de la Terre

    que le racisme est la tare la mieux partagée au monde

    qu'il ne suffit pas de se proclamer de gauche pour être un homme bon

    qu'il ne suffit d'être une femme pour être une belle personne

    que les sado-masos peuvent faire l'amour avec amour

    On m’a dit que ce n’était pas décent aujourd’hui

    de parler des hommes battus

    des hommes violés

    des femmes maltraitantes

    des femmes incestueuses

    des femmes pédophiles

    des femmes exciseuses

    des femmes de pouvoir

    aussi mégalomanes que leurs congénères mâles

    On m’a dit :

    pas aujourd’hui

    tu le diras un autre jour,

    plus tard

    quand tout ira mieux

    quand tout sera réglé.

    C’est pas le jour

    c’est pas le bon timing

    On m'a dit,

    surtout :

    ta gueule.

  • L'ignominie de la bonté (épisode 2)

    La gentille horde du Camp du Bien était prête à me laminer, à me faire avaler mes dents, à m’accrocher à des crochets de boucher, à me flageller en place publique pour me m’apprendre à être bonne, altruiste, miséricordieuse, bienveillante envers mes semblables.

     

  • Pour ceux qui hurlent avec les loups

    Pour ceux qui hurlent avec les loups (expression bien désobligeante pour les loups, soit dit en passant).

    Merci de vos suggestions, mais non, je n'utiliserai pas les mots "personne en situation de handicap" ou "technicien de surface" dans le but de "ne pas heurter un public catégoriel",
    et, oui, je continuerai d'écrire sur tous les êtres humains

    et de les traiter sur un plan d'égalité littéraire

    car, selon moi, c'est là que réside le respect envers tous et la vraie reconnaissance de la dignité de chaque être.

    Donc, non, je ne m'interdirai aucun sujet, aucun personnage, aucune vision dans le but de ne pas déplaire.

    Si vous haïssez la littérature, ce n'est pas mon problème, c'est le vôtre.

  • Le cercle

    Reste à ta place

    Pour qui tu te prends ?

    Reste à ta place, on te dit

    Tu crois qu’on ne le voit pas

    Ton pas de côté

    Tu essaies de bifurquer

    Dans un coin qu’on ne connait pas

    Tu t’éloignes

    Tu prends la tangente

     

    Reste à ta place

    Reste à ta place, on te dit

    Même si pas très beau là,

    même si c’est pas très exaltant,

    même si c’est pas très enthousiasmant

    Reste avec nous

    Reste là

     

    Ils ne t’aiment pas

    comme nous on t’aime

    Là-bas

    Tu vas le regretter

    Tu ne pourras t’en prendre qu’à toi

    Tu ne viendras pas pleurer

    On t’aura prévenue

     

    Tu crois que tu as mieux à faire

    On n'est pas assez bien pour toi ?

    Tu te prends pour qui

    A essayer des trucs

    A vouloir parler à des gens

    Qu’on ne connait pas

    Reste à ta place

     

    Ta place ?

    C’est celle où on est

    tu ne le vois pas

    le tracé par terre ?

    tu fais semblant de ne pas le voir

    ou quoi

    t’es aveugle ?

     

    ou alors t'es conne

     

    Si tu sors du cercle

    t’es plus avec nous

    Si t’es pas avec nous

    t’es contre nous

     

    Va

    Va là où on ne connait pas

    On t’a déjà oubliée

    Qu’est-ce que tu crois

    Va

    Va

    Rira bien qui

     

     

     

  • tu parles de moi ?

    - J'ai bien compris que tu parlais de moi dans ton texte sur l'homme à la bicyclette.


    - Ah non, je t'assure Roger, je n'ai pas écrit ce texte en pensant à toi.


    - Allez, arrête ! Ton personnage, c'est moi tout craché.


    - Non, vraiment, pas dans celui-là. En revanche...


    - Quoi ?


    - Non, rien.


    - Quoi, mais quoi ?!


    - Le texte sur l'homme au yoyo...


    - Ah oui, ça c'est Bernard ! ça m'a bien fait rire. Bien vu, bien vu. Pile dans le mille !


    - Oui, voilà, c'est... Bernard.

  • les gens

    Les gens, c’est pas moi.
    Les gens, c’est les autres.
    Mais, ça,
    les gens ne le savent pas.
    Ils pensent que c’est moi, Les Gens.
    C’est pourquoi ils disent :
    les gens sont tous des imbéciles
    ou bien
    les gens ne se rendent pas compte.
    Mais moi, je sais bien que les gens
    c’est eux,
    sans moi.
    On ne me la fait pas.

  • d'humeur joviale

    L’ambiance est très bon enfant ce matin dans le bus. Le jeune homme trisomique se fout de la tête du nain. Haha, t'es tout petit, toi ! T'es drôle ! Le nain rétorque : T'as vu ta gueule, le mongolien ? Et, tout le monde rit. Encouragée par l’énergie joviale communicative, je me tourne vers mon voisin de banquette pour le tacler : Ça faisait longtemps que je voulais vous dire que votre eau de toilette sent le pipi de chat ! Mais ça jette un froid. Seul le jeune homme trisomique me tape dans le dos et continue de rire  à s’en décrocher la mâchoire.

  • zone sensible

    Tu me dis que j’enseigne dans un quartier sensible mais alors dis-moi où sont les quartiers insensibles sur la carte du territoire ? Montre-les-moi avant que je ne m’égare dans une de ces contrées hostiles. Ne me laisse pas errer à l’aveugle ; qui sait quelles créatures je pourrais être amenée à rencontrer.

    De ces bêtes aux dents longues dont l’extrémité des membres ne sert plus qu’à lacérer ? De ces idoles difformes dressées sur des piédestaux enluminés ? De ces semi-dieux modernes qui traversent le Ciel en jet privé, créent du Verbe et s’accordent entre eux le droit de désigner les êtres et les choses sans rien connaître du monde et des hommes ?

     

    Ô mon quartier sensible, garde-moi de ces pauvres fous.

     

  • YEAH

    Un jour quelqu’un m‘a dit que je lisais trop. Ma première réaction a été de prendre cet individu pour un imbécile. C’était la meilleure celle-là. Pour qui se prenait-il ? J’étais surtout vexée comme un pou, car derrière cette assertion s’en cachait une autre : je ne savais pas vivre.
    Enfin si : je savais manger, boire, dormir, aller travailler, rencontrer des gens, donner mon opinion, faire la fête, aller et venir dans la société, faire un enfant même, mais est-ce que je m’étais déjà posé les bonnes questions sur la vie, sur ma relation aux autres et à moi-même ? Est-ce que je m’étais déjà arrêtée deux secondes pour me voir vraiment, voir les autres ? Est-ce que la somme de textes que j’avais lus, que j’avais ingurgités, les formules apprises par cœur, les belles citations copiées-collées, ma bibliothèque pleine, m’avaient aidée à vivre, à donner du sens, à comprendre quelque chose et à faire de moi un être en conscience ?
    Vous vous souvenez de la question de Clarisse à Montag dans Fahrenheit 451 : " Etes-vous heureux ?". Elle est bête. Elle révolutionne tout.
    Il m’aura fallu cinq années entre cette remarque et sa prise en considération progressive pour sentir s’opérer un vraiment virement en moi. Pour comprendre que l’on peut se donner l’illusion de vivre pendant très longtemps et, ce, en toute bonne foi. Qu'on peut passer une vie à se mentir à soi-même, à se voir tel qu'on a envie de se voir, à se mystifier pour rester dans une zone de confort satisfaisante pour l'égo. Qu’on peut passer toute une vie à lire, à donner des cours, à faire des conférences, à fréquenter des milieux culturels, à avoir des avis sur tout sans faire bouger un iota de sa propre humanité. Qu’on peut passer sa vie dans une recherche d’idéal, dans un fantasme, dans un rêve éveillé, qu’on peut passer sa vie « en littérature » sans jamais toucher terre.
    Ce n’est évidemment pas le fait de lire qui est problématique en soi mais l’idée de croire qu’une vie passée à lire est une vie passée à vivre. Ça peut être vrai, mais ça peut être faux. Si une autre dimension n’émerge pas à un moment donné. Pour faire passer les « carpe diem », et autres citations à tatouage, à une mise en pratique effective et réelle, pour passer du slogan mécanique « Tous ensemble, tous ensemble » à l’Essence même de la formule. Y a du sacré boulot. Y a du boulot sacré. Ô Yeah.

  • Nu

    Sur les réseaux sociaux, il accompagnait chacun de ses poèmes d’une photographie de femme nue comme un bonus à son texte au cas où il n’aurait pas suffi à lui-même.