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Car parmi tous les souvenirs

  • no litote

    Un samedi matin, je dois apprendre à mon fils de dix-sept ans que son père vient de mourir. Il est 8h30. Je retarde le moment de le réveiller. Je ne sais pas comment faire, je ne sais pas quels mots utilisés, dans quel ordre les disposer. Je me rappelle une phrase de Brigitte Giraud dans son livre A Présent qui dit combien on n’est pas préparé à juxtaposer les mots « papa » et « mort » dans une même phrase. Énoncé inouï.

    Quelques heures après, dans une chambre d’hôpital, lui et moi découvrons le visage de la mort maintenu par un serre-mâchoire empêchant que la bouche ne reste bée. L’image est assez violente pour pulvériser toutes mes tentatives de protection verbales de la matinée. La mort ne s’encombre pas de litotes.

  • Villa Gillet

    Au parc de la Cerisaie, le couple de mariés debout sur le perron de la villa Gillet prend des poses devant la photographe d'événements qui s'impatiente :

     


    - Penchez la tête. Non, pas comme ça... la tête plus penchée, monsieur... non, ça ne va pas. AYEZ L'AIR amoureux !

     
     
     
     
  • Quai Claude-Bernard

    De retour dans les jardins de Lyon 2, sur les quais, département de lettres modernes et classiques. Rien n’a changé. Les hauts murs n’ont pas bougé, le grand arbre est toujours là, le parterre de fleurs est semblable à lui-même. Les jeunes filles de ma jeunesse n’ont pas quitté la pelouse, elles sont assises en cercle, discutent, fument, échangent des fiches de cours, plaisantent, mangent des sandwichs, se racontent des histoires de garçons, de profs. Sur les marches, un couple flirte. Deux jeunes hommes participent aux discussions sur l’herbe. Homosexuels, romantiques-écorchés-vifs-à-tendance-suicidaire comme l’étaient les quelques garçons inscrits en lettres dans les années quatre-vingt-dix ? Ou des malins qui se foutent bien de la littérature mais savent que l’amphi est presque exclusivement composé de filles. Ou de vrais passionnés qui, par conséquent, ne moisiront pas en fac de lettres, ils auront mieux à faire.
    Tout est à sa place en cette journée. Les mêmes visages, les mêmes mains passées dans les cheveux, les mêmes cigarettes aux lèvres, les mêmes rires de vingt ans. La scène a les couleurs d’un polaroid du passé sur lequel je serais la seule à avoir vieilli.

  • Chab le renard

    Chab le renard !
    s'exclame l'élève
    en cours d'E.P.S.
    au parc de Parilly
    en voyant
    grimper
    le long d'un tronc
    d'arbre
    (est-ce un chêne ?
    est-ce un platane ?)
    un joli
    écureuil.

  • Vergetures et cicatrices

    Nos corps en maillot de bain sur les serviettes de plage sont tranquilles et modestes. Ils ne demandent rien à personne. Ils contemplent leurs vergetures et leurs cicatrices avec révérence. Ils ne sont plus jeunes, pas tout à fait vieux encore. Quand d’ailleurs ? Ils attendent. Et pendant l’attente, ils prennent le soleil, le vent, l’embrun. Le retour au sable, ils y pensent, parfois, mais l’idée se mêle au roulis de l’eau sur les galets et finit par se confondre avec la mer océane. Alors, nos corps finissent le paquet de chouchous et se donnent un baiser.

  • Lectures

    C’est à la façon qu’il avait eu de se saisir d’un livre, d’en toucher la couverture, de l’ouvrir, de le feuilleter, d’en parcourir quelques pages et de s’arrêter précisément sur une ligne pour la lui lire, qu’elle avait soudainement vu en lui non plus l’ami mais l’amant.

  • Tout à sa place

    Avec tous les galets de la plage du Havre, j’ai construit notre maison, notre jardin, nos ponts, nos puits, nos montagnes et nos plaines, nos barrages et nos grandes allées, nos cabines de plage. Avec toute la Manche, j’ai fabriqué nos pluies, nos sources, nos mares aux canards, nos flaques et nos torrents, nos marées hautes et basses, nos mers, nos océans.
    Puis, je t’ai dit que tu pouvais ouvrir les yeux.

     

    Après, bien sûr, j’ai tout remis à sa place. Je suis une fille ordonnée.

     

     

     

     

    Photographie, polaroid OneStep2, plage du Havre, août 2019.

  • 10 août

    Je prends le soleil, allongée sur le ventre, j’entends les vagues, je perçois les cris joyeux des jeux de plage, une mouette à dix pas vient chiper les miettes des baigneurs, il me demande si je veux encore un peu de chouchous où s’il peut finir le paquet, et là, comme chaque 10 août de chaque été, je la sens qui rampe dans mon dos comme un asticot blanc. Ce n’est pas une goutte d’annonce d’orage, ce n’est pas une goutte d’eau de mer, ce n’est pas une goutte de sueur due à la chaleur, non, c’est « la goutte de rentrée ». Celle qui creuse un petit sillon d’anxiété quasi imperceptible, furtif mais manifeste, le long de ton échine. Celle qui dit que tu es encore en vacances mais qui en prédit déjà la fin. Celle qui jette un grain de sable sur ta boule de glace coco.


    Tu peux finir le paquet, mon amour, tu peux…

  • Y a-t-il un Français dans la salle ?

    Non, 12 ans n'est pas un âge pour découvrir son premier Mocky au cinéma avec Y a-t-il un Français dans la salle ? 9 ans, non plus (c'était l'âge de ma sœur).
    Non, papa et maman ne savaient pas. Ils ont lu "comédie" et ont oublié "dramatique". Ça arrive.
    Aujourd'hui, le film ne serait même pas interdit au moins de 12 ans, sans doute ne pourrait-il même pas exister.
    N'empêche que, après ça, quand mes copines m'ont invitée à voir La Boum 2, j'ai trouvé ça très fade. Allez savoir pourquoi.

  • En super 8

    Séquence 1 :
    Je monte sur ses pieds pour danser
    Je m’accroche à ses jambes
    Il fait des petits pas pour que je ne tombe pas
    Je souris
    Séquence 2 :
    Il tient ma mère dans ses bras
    Ils dansent un slow
    J’essaie de les séparer en tirant sur la robe de ma mère
    pour la repousser loin de mon père
    Ça les fait rire
    Séquence 3 :
    Mon père tourne sur lui-même avec une chaise
    Ma mère rit
    Je pleure
    Séquence 4 :
    Je suis dans les bras de mon père qui valse
    Je défie ma mère du regard
    J’exulte

  • Grain

    Non, le grain de sable coincé entre mes orteils ne m’enjoint pas de me rappeler pas que la vie allie plaisir et contrariétés, il est juste là parce qu’il y a la mer, le sel, la plage et que je n’ai toujours pas trouvé la douche pour rincer mes pieds avant de les glisser dans mes sandales.
    Pour une fois, laissons les allégories fondre comme glace italienne au soleil.

  • Pointe-Courte

    Le chat de la Pointe Courte n'essaie même pas de te séduire.
    Il attend le thon de ton assiette, la seiche.
    Enfin, tu crois.
    Tu lui tends le thon, la seiche. Tu déposes à terre un morceau. Il continue de te fixer. Sans rien dire. Sans bouger.
    Il te fixe comme s'il attendait quelque chose que tu dois deviner.
    Et que tu ne devines pas.
    Tant pis pour toi. Pauvre touriste.

  • dictaphone

    Dans le dictaphone retrouvé, la voix de mon père mort il y a sept ans. Pendant 5 minutes et 4 secondes, il allume sa cigarette, tire sur le filtre, expire la fumée, pose le briquet sur la table, dialogue avec un agent immobilier, évoque la rue des Bouleaux et la rue de l’Ambre à Douai, répète le nom de maître Allard, règle des détails pratiques. Puis la conversation s’arrête. La voix n’existe plus. La tonalité de fin d’appel résonne comme une suite de points de suspension ouverts sur sa putain d'absence. On est le 3 août 2019 et il sort une deuxième fois de ma vie.

  • phare sans mer

    Il me dit qu’il veut être grutier
    pour être en haut
    tout en haut
    là-bas
    montre-t-il
    dans une cabine
    au-dessus d’un chantier
    seul
    surtout
    seul
    loin de la cité
    et des hommes.

     

    Il a 16 ans
    et c’est ce qu’il veut
    une grue à lui
    comme un phare sans mer
    qui n’aurait vocation à guider personne
    et dans laquelle
    finit-il par dire
    personne
    non
    personne
    ne viendrait plus

     

    le faire chier.

  • Vestiaire

    Dans ce vestiaire de salle de sport, tandis que la jeune fille de vingt ans se contorsionne dans sa serviette pour ne pas laisser paraitre un sein parfait de vingt ans, la vieille femme déambule nue une brosse à la main, allant et venant du casier à la douche, leste et légère dans son corps de vieille femme, peau molle et tranquille, fesses nonchalantes, seins paresseux, cheveux gris et poils blancs.
    Elle se déplace, ici et là, nue, dans son corps de vieille femme qui n’a rien à nous dire de plus ou de mieux.

  • Part-Dieu-Perrache

    A chacun sa gare, mon Amour.
    La tienne, c’était Perrache.
    La mienne, c’était Part-Dieu.

    Même pas des gares qui riment.

    Toi aussi, tu les as eus
    tes joueurs de djembé,
    tes plans Vigipirate,
    tes caméras de sécurité,
    tes fumeurs de tout,
    tes lignes de fuite,
    tes valises piégées.

    De gare à gare,
    on n’avait qu’un arrêt.

    Si on avait su…

    Le Lyon Part-Dieu-Lyon Perrache.
    Pris sur le tard.

    Mais à l’heure.
    Terminus.

    31 536 000 minutes d’arrêt.

  • Canicule

    En 1984, j'ai découvert mon hamster sec et raide dans sa cage un jour de canicule. C'était pas joli à voir. Il restait pourtant de l'eau dans l'abreuvoir. Il parait que les rongeurs sont très sensibles à la chaleur. J'ai pensé que ça lui ferait du bien de prendre l'air sur le balcon, qu'il étouffait dans ma chambre, que la vue sur le parvis de la gare de la Part-Dieu lui inspirerait peut-être des pensées heureuses.
    Ou bien... J'en avais un peu marre de lui. Après tout, il passait son temps à me mordre. Mes bouts de doigts étaient cisaillés. Vous avez déjà vu des dents de hamster ? Quatre petites lames verticales tranchantes plantées en haut et en bas de leur mâchoire, juste devant. Je n'ai jamais réussi à créer de lien affectif avec mon hamster. Alors, peut-être, oui, comme dans la chanson de Brel, "parce qu'il sentait pas bon", j'ai laissé mourir mon hamster roux, un jour de canicule.

  • Os de seiche à vendre

    A 8 ans, je fais du porte-à-porte dans un lotissement de Seine-Maritime pour vendre des os de seiche ramassés sur la plage. Je tape à toutes les portes des maisons et je présente mon panier d'os de seiche tout l’après-midi à des gens qui n'en veulent pas. J’explique que l’os de seiche apporte aux canaris et aux perruches, le calcium et les oligo-éléments dont ils ont besoin, que c’est un matériau facile à graver avec lequel on peut fabriquer de petites sculptures. Au même moment, à 350 km de là, au Far-East, mon amoureux se donne comme défi de caresser l’un après l’autre tous les chiens de toutes les maisons de son village. Nous ne l’apprenons que 40 ans plus tard. Comme nous découvrons que nos noms ont la même étymologie et signifient : BOIS DUR.

  • Une charogne 2017

    Sur la plage, les doigts de l'un dans la bouche de l'autre, nous dévorons des tourteaux sans mayonnaise et faisons l'amour à même les galets.
    Au matin, nos peaux sont couvertes de bleus.
    Derrière les rochers, une mouette inquiète nous guette d'un œil fâché, épiant le moment de reprendre à la carcasse décapode, le morceau qu'elle avait lâché

  • Genèse

    Elle était tombée amoureuse de lui pour des raisons qu’il n’imaginait même pas. On pense toujours que nos qualités physiques et conversationnelles l’emportent sur tout dans la genèse de l’histoire. Lors de leur premier rendez-vous dans un café de quartier, c’était la trace à peine visible du fil de l’étendoir à linge qui dessinait de petits zigzags sur son t-shirt au niveau de la poitrine qui l’avait émue. Elle y avait lu sa hâte de la retrouver, leur aversion commune pour le repassage et s’était figurée qu’une vie longuement solitaire lui avait fait perdre l’habitude de s’apprêter pour quelqu’un.

  • Le France

    Quand je serai grande, je danserai comme la dame sur le paquet bleu

     

    J’aime bien quand mon père fume à la maison. Il pose sa Gitane sans filtre dans le trou du cendrier et la fumée blanche sort par la cheminée rouge et noire du paquebot Le France. Je stationne au-dessus du bateau en émail, je hume et je tousse.
    Mais ce n’est pas grave, parce que dans les années 1970, tout le monde tousse joyeusement, partout et tout le temps. Dans les maisons, dans les voitures, dans les bistrots, dans les restaurants, dans les salles d’attente et les bureaux, dans les trains, dans les métros et les bus.
    La cigarette est une grande sœur, un personnage central de nos vies.
    On fume dans les salles de cinéma et sur les écrans de cinéma. Dans les films de Claude Sautet : quand Rosalie apporte les whiskies lors de la partie de poker de César, quand Pierre roule comme un fou, cigarette à la bouche, sur la route qui l’éloigne d’Hélène, quand Reggiani la clope au bec en bout de table se fait engueuler par Piccoli dans la scène du gigot de Vincent, François, Paul et les autres.
    A l’épicerie du coin, mes copines et moi achetons des cigarettes au chocolat Jacquot sur lesquelles nous tirons avec application dans la cour de récréation sous le regard amusé des maîtresses d'école.

  • Little Bob

    Ça se passe dans l’œil de la dernière chanson de Little Bob. L’Italie du Piémont, les sheds de Tréfimétaux, le quai à charbon du port du Havre, la scène punk-rock londonienne des années 70, la Story, les embruns de la mer océane.
    Et Mimie, morte, trois semaines auparavant. La rose de The Bull and The Rose.
    Ça se passe quelque part entre l’ardeur rock d’un solo de guitare et la mélancolie blues d’un harmonica.
    Ça se passe à Rive-de-Gier, dans une salle de concert où l’on sert du Kir à 1 euro 50 dans des verres en plastique blanc.
    Une photo ratée. Ou peut-être pas.
    Et les larmes de Libero
    ici

    cisaillent nos cœurs.

  • Besoin de rien, envie de toi

    En 1985, l'année du tube Besoin de rien, envie de toi classé n°1 au top 50 et classé neuf semaines en tête des ventes, je croisai Peter et Sloane à la gare de la Part-Dieu. Ils se disputaient comme du poisson pourri devant des badauds accablés : ils avaient l'air si amoureux à la télé...

    Mes 15 ans, eux, n'étaient dupes de rien, je venais de découvrir Marivaux et Stendhal.

     

     

     

     

  • Ne joue pas avec

    Ne joue pas avec les allumettes
    Enlève tes mains de ta culotte
    Descends de là mais descends de là
    Ne cours pas comme ça
    Attends-moi
    Ne caresse pas le chat il est sale
    Coiffe-toi mais coiffe-toi donc
    Arrête de sauter partout
    Tu vas me rendre folle
    Ne mets pas tes doigts dans la prise
    On peut mourir

     

    Tu ne veux pas mourir, dis ?

  • Anna L.

    Je n'ai jamais su bouger comme la chanteuse de Cock Robin.
    Est-ce un regret ?
    Oui.
    Je pense que j’aurais conquis le monde.

     

    Reste à savoir ce que j’en aurais fait.

  • Je suis morte pendant dix ans

    Chant 1

    Je suis morte pendant dix ans
    Je ne me souviens plus ce que j’ai fait
    de tout ce temps que j’étais morte
    Sans doute, pas grand-chose
    Je revois les ombres qui s’agitaient autour de moi
    à cette époque de ma mort
    On pourrait penser que les ombres sont toujours lentes
    celles-ci se mouvaient avec vélocité
    et de manière désordonnée
    je me rappelle
    elles tiraient mes membres à elles
    Je crois qu’elles auraient voulu que je participe à leur danse
    sans but
    Je crois qu’elles m’ont fait danser alors que j’étais morte
    un peu comme dans Elephant man
    quand Ils le forcent à boire et à valser
    et qu’Ils rient de son incapacité à
    s’enivrer
    et que sa tête trop lourde l’empêche de tout

    Voilà

    Les ombres voulaient que je danse moi aussi
    que je participe en quelque sorte
    que je sois dans le cercle
    que j’y mette du mien
    J’étais morte
    Mais ce n’était pas une raison pour gésir
    Elles étaient mortes elles aussi
    mais semblaient le savoir moins que moi
    puisqu’elles gesticulaient
    comme pour contrefaire les vivants

    Cependant, tout cela est très confus
    aujourd’hui
    que je ne vis plus parmi les ombres
    Elles m’apparaissent derrière un voile presque mat
    elles continuent de gesticuler en tous sens
    mais je n’entends plus leurs voix
    et la prochaine fois que je mourrai
    ce sera la bonne

    Elles ne seront plus là

     

     

    Illustration : Anselm Kiefer

  • Betterave rouge

    Ma petite sœur est inconsolable. Nous emménageons dans notre nouvelle maison à Saint-Jouin-de-Bruneval et nos parents viennent de nous annoncer que le terrain à perte de vue en face de la maison est un champ de betteraves. Elle est persuadée que cela va devenir notre principal moyen de sustentation et qu'elle est condamnée à en manger tous les jours de sa nouvelle vie rurale.
    Je parviens à peine à la rassurer quand ma mère apporte le repas du dîner et qu’il n’y a pas trace d’une chénopodiacée sur la table.
    « Ils n’ont pas eu le temps d’aller en ramasser à cause des cartons, mais tu verras demain…» me dit-elle.

  • Comme un pou

    Comme je ne sais pas comment l’on quitte un garçon parce que c’est la première fois et que je ne veux pas le blesser, j’invente une histoire tragique : on m’a découvert une grave maladie cardiaque inopérable, je vais mourir dans le mois, les médecins ne me donnent aucune chance. On doit se quitter car je vais finir mes jours dans un hôpital où je ne pourrai recevoir aucune visite à part celle de mes parents. C’est notre dernier jour.
    Guillaume pleure toute la journée.

    Je l’aperçois quinze jours plus tard tenant la main d’une jeune fille au deuxième étage du centre commercial de la Part-Dieu. Il a l’air heureux, il rit alors que je suis morte. Je suis vexée comme un pou.

  • Dans l'air

    On pense à tort qu'on ne pourra jamais retrouver la sensation de la première mouillette dans un jaune d'œuf à la coque.
    C'est bien mal appréhender l'activité des molécules mémorielles qui hantent notre univers depuis le Big Bang (le Grand Boum, en français). Tout fait trace, sachez-le. La naissance de la première goutte d’eau terrestre flotte encore dans l’air et y côtoie la désagrégation lente de nos peaux mortes et l’odeur obstinée de nos soupes à l’oignon.