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Humeurs

  • YEAH

    Un jour quelqu’un m‘a dit que je lisais trop. Ma première réaction a été de prendre cet individu pour un imbécile. C’était la meilleure celle-là. Pour qui se prenait-il ? J’étais surtout vexée comme un pou, car derrière cette assertion s’en cachait une autre : je ne savais pas vivre.
    Enfin si : je savais manger, boire, dormir, aller travailler, rencontrer des gens, donner mon opinion, faire la fête, aller et venir dans la société, faire un enfant même, mais est-ce que je m’étais déjà posé les bonnes questions sur la vie, sur ma relation aux autres et à moi-même ? Est-ce que je m’étais déjà arrêtée deux secondes pour me voir vraiment, voir les autres ? Est-ce que la somme de textes que j’avais lus, que j’avais ingurgités, les formules apprises par cœur, les belles citations copiées-collées, ma bibliothèque pleine, m’avaient aidée à vivre, à donner du sens, à comprendre quelque chose et à faire de moi un être en conscience ?
    Vous vous souvenez de la question de Clarisse à Montag dans Fahrenheit 451 : " Etes-vous heureux ?". Elle est bête. Elle révolutionne tout.
    Il m’aura fallu cinq années entre cette remarque et sa prise en considération progressive pour sentir s’opérer un vraiment virement en moi. Pour comprendre que l’on peut se donner l’illusion de vivre pendant très longtemps et, ce, en toute bonne foi. Qu'on peut passer une vie à se mentir à soi-même, à se voir tel qu'on a envie de se voir, à se mystifier pour rester dans une zone de confort satisfaisante pour l'égo. Qu’on peut passer toute une vie à lire, à donner des cours, à faire des conférences, à fréquenter des milieux culturels, à avoir des avis sur tout sans faire bouger un iota de sa propre humanité. Qu’on peut passer sa vie dans une recherche d’idéal, dans un fantasme, dans un rêve éveillé, qu’on peut passer sa vie « en littérature » sans jamais toucher terre.
    Ce n’est évidemment pas le fait de lire qui est problématique en soi mais l’idée de croire qu’une vie passée à lire est une vie passée à vivre. Ça peut être vrai, mais ça peut être faux. Si une autre dimension n’émerge pas à un moment donné. Pour faire passer les « carpe diem », et autres citations à tatouage, à une mise en pratique effective et réelle, pour passer du slogan mécanique « Tous ensemble, tous ensemble » à l’Essence même de la formule. Y a du sacré boulot. Y a du boulot sacré. Ô Yeah.

  • la question

    Vous avez remarqué comme on pose mal les questions ?

    Par exemple, les gros titres des journaux demandent régulièrement :

    Quelles solutions pour un développement durable ?

    Comment sauver l’humanité de la catastrophe climatique ?

    Alors que la question centrale devrait être :

    Pourquoi vouloir à tout prix sauver l’humanité ?

    Et, les questions subsidiaires, non moins importantes, pourraient être :

    La Terre a-t-elle vraiment besoin de l’humanité ?

    Les animaux, les insectes, les arbres et les plantes, les mers, les boues, les montagnes, les minéraux, ne se porteraient-ils pas beaucoup mieux sans nous ?

    Imaginez l’immense soulagement après l’extinction du dernier humain.
    Le silence incrédule d’abord. Le grand bavardage de fond assourdissant enfin annihilé.
    Puis, le retour du chahut originel, des borborygmes de la nature, du grouillement de la terre, du frottement des feuillages, du déferlement végétal, des glouglous, des clapotis, des hululements, des gazouillis, des meuglements, des barrissements, des rugissements, du rire des hyènes… La grande boum animale et végétale.
    Enfin, chacun retournera à ses occupations. La vie continuera. Deux ou trois générations d’animaux auront encore le souvenir de nous. Nous survivrons encore un peu dans la mémoire des chiens.
    Jusqu’à l’oubli complet quand la mousse aura recouvert les dernières flasques de vodka jetées dans les forêts.

  • miroir du dedans

    Chaque jour, devant la glace de la salle de bain, nous déplorons à grands cris intérieurs la dégradation fatale et cruelle des traits du visage et du corps visible.
    Pourtant, elle n’est pas grand-chose comparée à ce que nous découvririons si l’on nous tendait un miroir intérieur qui nous permettait de contempler, dans le même temps, la dégénérescence impétueuse et méthodique de nos cellules et de nos organes au quotidien.
    Nous aurions ainsi un tableau complet de la situation. Beaucoup plus tragique que nous l’imaginions au départ et cette fois vraiment digne de lamentations.

  • route sans nom

    Tu es sur une route sans nom.

     

    Il t’appartient de la nommer.

     

    Personne ne le fera à ta place.

     

    Pas par manque d’altruisme
    mais parce que l’avancée sur la route
    ne concerne que toi,
    quelles que soient les rencontres que tu y feras.

     

    Avance.

     

    Tiens une main
    quand cela est possible,
    tu la reconnaîtras :
    celle-là ne griffera pas,
    ne broiera pas,
    ne mollira pas.

     

    Avance,
    traverse les paysages
    de soleil et de brise,
    de pluie et de tempête.

     

    Commence doucement à aimer.

     

    Crée ton ordre.

     

    Sois à ce que tu fais.

     

    Il n’y a rien d’autre à comprendre.

  • métropole régionale

    L'angle droit de l'arrêt de bus de la place Tobie Robatel est un lieu maléfique. Hier soir, trois couples s’y sont succédé et tous les trois se sont disputés violemment comme si cet endroit était réservé à cet effet. Mais peut-être est-ce vraiment devenu un espace de la ville consacré à la dispute conjugale et que je suis la seule à ne pas le savoir ? Les métamorphoses de l’aménagement urbain s’avèrent si rapides ces derniers temps que je me laisse de plus en plus surprendre par le jaillissement inopiné de nouveaux équipements dans des lieux familiers. Hier encore, j’entamai la conversation avec le personnage mouvant d’un panneau publicitaire plus vrai que nature sous le regard amusé d’un gros pigeon de métropole régionale. Ils semblent, quant à eux, indifférents aux mutations citadines et vaquent sans sourciller à leurs occupations quotidiennes se contentant de déposer ici et là quelques fientes grasses et blanches sur les structures naissantes.

  • Bien sûr que non

    Bien sûr que non, la poésie ne changera pas le monde.
    Bien sûr que non, l’artiste ne se lève pas le matin en se disant qu’il va changer quoi que ce soit de ce bordel ambiant.
    La plupart du temps, il va aux toilettes, boit son café très chaud, se brûle un peu les lèvres, sent l’amertume dans sa gorge, se dit qu’il n’a jamais tant aimé le café que cela mais qu’il en a besoin pour commencer.
    La journée sera sûrement moyenne, comme d’habitude. S’il parvient à écrire quelques lignes, à laisser quelques traces sur la toile, à saisir un truc du temps ou de l’espace, ce ne sera déjà pas si mal. C’est tout.
    Les slogans ne l’intéressent pas.
    Le monde, lui, fait sa vie de son côté. Il tourne sur lui-même dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Quelque part, l’antilope est chassée par la lionne et la lionne nourrit ses lionceaux.
    L’artiste, pendant ce temps, fait ce qu’il peut pour décrire une goutte d'eau.

  • A un doigt de

    J’ai failli écrire un texte avec
    de très gros mots
    non mais vraiment
    vous n’imaginez pas
    très gros
    mais je me suis arrêtée à temps
    heureusement

    vous étiez à deux doigts de lire
    un truc avec
    je n’ose pas dire
    avec
    non
    vous allez dire
    la fille
    elle ose tout
    elle n’a peur de rien
    je me lance
    avec les mots
    j’ose
    avec les mots
    j’inspire profondément
    avec les mots

    âme
    éternité
    paix universelle
    monde meilleur
    justice

    je vous avais prévenu
    j’étais même à deux virgules
    de prendre
    en otage
    des victimes inconnues
    pour servir mon propos
    mais
    vous voyez
    je me suis ravisée
    à temps
    juste à temps

    encore un peu
    et j’étais vraiment
    à un doigt
    de me vautrer
    dans la crapulerie
    lyrique

  • La vraie

    Un matin dans la glace on découvre sa vraie gueule. Il faut alors se rendre à l’évidence, les gueules d’avant ce jour n’étaient que des ersatz, des essais. Celle-ci, qu’elle nous plaise ou non, est l’authentique. Et ce n’est généralement pas la tête de vingt ans : trop jolie, trop homogène, trop nette, en tout cas pas assez expressive pour figurer le visage officiel. Non, notre juste tête nous apparait généralement après quarante ans, parfois un peu plus tôt mais c’est rare. Voyez : Brad Pitt, par exemple, a trouvé son véritable visage après cinquante ans. Il était temps. Avant cela, la contemplation de ses traits symétriques, lisses, réguliers et monotones provoquait chez le spectateur bâillements et ennui profond. C’est parce que les angles accidentés, le poil blanc, les rides, les poches sous les yeux, le regard qui a vu, révèlent l’essence originale de l’être, sa complétude enfin atteinte. Ensuite, bien sûr, tout se délite très vite. La vraie gueule, et avec elle, les convictions, les certitudes, les résistances inutiles.
    Et le crâne hilare est bientôt recouvert de mousse végétale.

  • Joie de chien

    Tu auras gagné ta journée si tu parviens à vivre au moins une fois cet instant de la joie du chien qui court après un bâton. Un instant plein, vivant, sans arrière-pensées, entièrement tendu vers son objet et sans autre but que la saisie du bout de bois dans la mâchoire.
    C'est l'instant que j'appelle "joie de chien" (et qui est renouvelable à loisir, si tu t'y exerces avec sérieux).

  • Texte à message

    C’est un message qui cherchait un texte dans lequel se glisser. Il a tapé à ma porte, sûr de son fait, convaincu de sa légitimité, assuré de son pouvoir de séduction.
    Je l’ai laissé sur le palier sans lui proposer un café et l’ai invité à aller voir ailleurs si mes écrits y étaient. Il est reparti très vexé.
    Depuis, il boude.

  • Crâne

    Nous sommes des crâneurs de la vie; notre chaos est plus noble que celui des autres, notre course moins absurde, notre vision plus neuve. Nous pensons que nous sommes en train de tout inventer, alors que tout est déjà là, depuis le début et même avant. Et que rien ne nous attend de plus ou de mieux. Rien.

     

    A part bien sûr.

     

    A part bien sûr.

     

    L’essentiel.

     

    Qui ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval.

     

    Qui ne se trouve pas.

     

    Que nous devons aller chercher à coups de pelle
    Dans les terrains minés

     

    Chaque jour

     

    Chaque jour

     

    Nous travaillerons à être moins crânes
    Et plus en vie.

  • fête des reums

    Ma maman, c'est la plus rock’n’roll

    Ma maman, c'est ma meilleure amie

    Remercions les grandes enseignes de cosmétique
    de rendre visible et lumineuse
    la déchéance irréversible du système éducatif occidental contemporain
    en deux slogans de fête des mères.

  • 17873

    Je vis depuis 17873 jours sur Terre. Fred Astaire y chante Cheek to Cheek en enlaçant Ginger Rogers et sa robe blanche à plumes tandis qu'un bébé hippopotame se fait dévorer par cinq lionnes sous les yeux de sa mère.
    Je ne saurais en dire plus et mieux pour le moment.

  • Karaoké

    Le jour où tout le monde chantera juste dans les bars à karaoké, nous assisterons à l’achèvement de la vacillation et du trouble, à la fin du flottement, à la mort de la grâce.
    Et sans doute, cela ne fera sourciller personne. Personne même ne s’en rendra compte. Cela passera comme une lettre verte à la poste.
    On chantera juste dans les karaokés et rien ne bougera. La terre ne branlera pas, aucune pancarte ne sera levée, aucune révolution n’aura lieu. Et l'on continuera à vivre. Comme d'habitude.

  • Des chiens

    Les chiens sur les photos du 19e siècle ressemblent en tout point aux chiens sur les photos du 21e siècle. C'est parce qu'ils ne portent ni chapeaux, ni cannes, ni guêtres, ni chemises à jabot. Un chien est un chien. Dans cent ans, ils viseront encore les appareils optiques et numériques de leur regard droit tandis que les humains (ou les humanoïdes) seront à la recherche de nouveaux ornements et atours pour plaire, un tant soit peu, à qui voudra.

     

  • sosie

    En 1915, à San Francisco, Charlie Chaplin apprit dans le journal qu'un concours de sosies de Charlot était organisé.


    Il s'y rendit anonymement et finit 27ème.

     
     
     
  • Las !

    Las ! Las ! mon mari,

    J’ai perdu mon corps

    Le retrouveras-tu ?

    J’ai perdu mon cheveu

    J’ai perdu mon sein

    J’ai perdu mon visage

    J’ai perdu ma hanche

    J’ai perdu mon sexe

    Las ! Las !

    Le retrouveras-tu ?

    J’ai perdu ma corne

    J’ai perdu ma morve

    J’ai perdu ma salive

    La retrouveras-tu ?

    J’ai perdu ma peau

    J’ai perdu ma chair

    J’ai perdu ma fesse

    Las ! Las ! mon mari

    La retrouveras-tu ?

    J’ai perdu mon cou

    J’ai perdu mon épaule

    J’ai perdu mon ventre

    J’ai perdu ma dent

    J’ai perdu ma lèvre

    J’ai perdu ma paupière

    Las ! Las !

  • Chewing-gum

    Il ne viendrait à l’idée de personne de déguster une coupe de champagne en mâchant un chewing-gum.
    Nos vies sont pourtant composées d’actes tout aussi incongrus dont nous nous accommodons bien étrangement.

  • Zone C

    La dernière image que j’aurais pu garder de Sète hier en la quittant est celle d’un enseignant prenant feu devant son collège du centre-ville aux alentours de 16h30. Mais cela n’a pas été le cas car, à ce moment-là, j’étais chez Marie-Emmanuelle et Philippe et mon ultime vision est donc composée d’amis, de petits gâteaux, de vagues vertes et de mouettes.

    De tous les actes de mort sur soi, l’immolation est le geste le plus tragique. Je ne me risquerai pas à lister une hiérarchie des formes les plus efficaces de suicides (cela a déjà été fait à travers des ouvrages à présent censurés) mais il faut bien admettre que le feu volontaire sur sa propre personne reste la manifestation la plus violente et spectaculaire de la désespérance humaine. Au contraire des habituelles mises à mort solitaires et secrètes, l’immolation se distingue par son caractère sensationnel et ostentatoire. Le monde doit être le témoin horrifié du dernier haut-le-cœur qu’il a provoqué.

    Je compte sur l’Institution pour brosser le portrait d’un professeur « très fragile psychologiquement », « cumulant les problèmes personnels et familiaux » (il revenait le jour-même d’un long congé maladie).
    Les raisons de se suicider ne manquent pas, en effet.
    Mais, il a choisi de le faire devant son établissement scolaire, devant ses élèves, devant ses collègues, devant sa direction. Il s’est aspergé d’alcool à brûler et a allumé un briquet après « une journée de travail très difficile ».

    Lundi, la zone C est en vacances.

  • Saint V.

    A observer la composition des vitrines des boutiques de lingerie annonçant la Saint-Valentin on pouvait en déduire que toute femme amoureuse avait pour mission ce jour-là de se métamorphoser au mieux en gogo danseuse d’une boîte de semi-luxe au pire en actrice d'un porno cheap.

  • Le Cri

    Imagine,

    si notre système empathique faisait,
    soudain,
    accéder l'humanité entière
    à la clameur des frayeurs de la terre.
    Aux sanglots des terreurs enfantines,
    aux pleurs des endeuillés,
    aux plaintes des bêtes aux abattoirs,
    aux hurlements des martyrs du viol,
    aux gémissements des torturés...

    Nous incarnerions, en un seul corps muet, le Cri de Munch, figé dans une sidération sans fin.

    Qu'en serait-il des bourreaux ?

  • Au début du XXIe siècle...

    Au début du XXIe siècle, lors de son mandat, un président de la France commettait l'exploit de faire surgir en pleine lumière une population jusque là transparente, taiseuse et peu dérangeante : celle de la banlieue de toutes les banlieues, "la périphérie" du territoire dixit les médias de l'époque.

    On dit que certains citoyens de ce pays se sont alors offusqués du spectacle qui leur était imposé. Et parmi eux, ceux-là mêmes qui, quelques mois auparavant, parlaient encore d'éducation populaire et de formation à la conscience politique. Bizarrement, ce public étranger et étrange venu de contrées lointaines, n'était pas à leur goût. Des rustres, des égoïstes, des indigents, de grossiers personnages sans réflexion collective, sans capacité à se rassembler autour d'un projet commun, des lourdauds qui savaient à peine s'exprimer en public et qui, comble de l'ineptie, ne cherchaient pas de représentant unique. Ils rejetaient même en bloc les instances démocratiques qui leur étaient proposées.

    Pourtant, grâce au grand prestidigitateur, des français qui ne s'étaient jamais fréquentés se rencontraient enfin et se découvraient un peu inquiets et excités comme lors d'une première cousinade : l'oncle-extrémiste de droite de Tourcoing, le cousin écologiste-Ardéchois, la cousine-gauchiste de Trouville, la nièce-universitaire de Bordeaux, la tante-agricultrice de Saône-et-Loire, le cousin-syndicaliste de Saint-Étienne, la cousine-lycéenne engagée de Vaulx-en-Velin, le cousin-apolitique de Touraine...

    Tout ce monde ne parvint pas dans l'instant à converger vers une cause commune et consensuelle mais ils ne pouvaient plus faire semblant de s'ignorer. Ils se demandaient, cependant, ce qu'ils allaient bien pouvoir faire les uns des autres. L'harmonie semblait impossible tant les revendications individuelles apparaissaient discordantes voire antinomiques.

    Mais, le grand illusionniste parvint, avec une vélocité qui força l'admiration de tous, à cristalliser à lui seul toutes les frustrations et les ressentiments éprouvés depuis des lustres par les populations. Il rendit tangibles et apparents les miasmes, les relents putrides, les abjections et les perversions générés par des institutions républicaines depuis longtemps détraquées. L'un des phénomènes symptomatiques de cette époque tourmentée fut la vision d'enfants humiliés et maltraités par des hommes en uniforme dans une cour de récréation, sur les réseaux sociaux.

    Ainsi, le grand magicien excita consciencieusement jour après jour la multitude des foules contre lui. De sorte que, de loin, on pouvait presque croire à la concorde et l'alliance formidables de cette masse d'individus appelée commodément "le peuple".

    Les témoins des événements disent qu'une clameur populaire retentit d'un bout à l'autre de la Terre. Certains ajoutent qu'elle provoqua un séisme politique jusque là inédit (mais des sources fiables manquent encore à ce jour pour corroborer cette thèse).

     

     

     

     

     

    Illustration : Les Funérailles de Galli l'anarchiste de Carlo Carrà
  • Fête des lumières

    Vivement le 8 décembre. Comme chaque année, je vais travailler à une petite fête d'intérieur pleine de charme. J'allumerai ma bougie préférée parfum patchouli-sweet grass, je créerai un parcours de lumignons colorés jusqu'à ma chambre, j'éclairerai mon lit d'une lumière caressante et feutrée et, de là, je contemplerai les lueurs des fenêtres voisines et la nouvelle lune.
    J'entendrai peut-être au loin les joyeuses rumeurs de la ville ou le chaos révolutionnaire. Alors, je brûlerai de l'encens en révérence à mes frères discordants.

  • Ortie

    Oh, je t'ai mordu ? Pardon, c'est parce que tu as bousculé un membre de mon clan. Oui, c'est vrai, je suis un peu clanique. Clanique et impulsive. Impulsive et impatiente. Ce sont là mes moindres défauts. A part ça, je suis une chic fille, tu peux me croire. Je ne ferais pas de mal à un brachycère.

    Tu préfèrerais que j'utilise le mot "tribu" ? Non, vraiment, j'aime bien le mot "clan". Ça fait un peu mafieux, tu trouves ? Oui, c'est vrai.

    Ou gaélique, non ? Tu sais que l'appartenance à un clan écossais spécifique était démontrée "par le port d'un brin de végétal qui était la plante fétiche du clan et était accroché au couvre-chef" ?

    Je choisis l'ortie.

    Pour ses propriétés vitalisantes et énergétiques, bien entendu.

  • Education populaire

    Le directeur de ce grand théâtre qui n'avait, depuis longtemps, de populaire que le nom se trouva pris dans un guet-apens autoroutier provoqué par ces nouveaux énergumènes en veste orange. Ils commençaient à prendre un peu trop de liberté et d'assurance ces individus du peuple. Qu'est-ce qu'ils croyaient ? Jamais là dans les manifs pour l’Éducation nationale ou la Santé publique mais pour le carburant, là, ça se rebellait ! Dans le même temps, il s'avoua à lui-même, à voix très basse, qu'il ne manifestait plus depuis bien longtemps pour quoi que ce soit mais ajouta, à son monologue intérieur, un argumentaire venant au secours de sa bonne conscience car, tout de même, il programmait des pièces à caractère social dans son théâtre et organisait régulièrement des rencontres édifiantes entre gens avertis et défenseurs de la cause publique. Sa contre-argumentation intérieure, en revanche, fit fi de sa personnalité despotique et mégalomane et de son mépris envers son personnel administratif en état de burn out généralisé.

    Il demanda à sa collaboratrice et maîtresse officielle de s'occuper gentiment de lui pour faire passer le temps pendant l'embouteillage et rajusta son col Mao en fermant les yeux. Ça lui éviterait d'avoir à lire les slogans vulgaires rédigés à la va-vite sur les pancartes brandies au loin par la populace informe. Et, si par malheur, ça devait durer encore un petit moment, il se mettrait au travail sur sa nouvelle mise en scène de Mère courage.

    Ce n'était certainement pas les admirateurs de Johnny et d'Hanouna qui allaient l'empêcher d'accomplir sa mission d'éducateur populaire.

  • Poux

    Ce matin, j'apprends que les saumons d'élevage ont des poux et que les plus vulnérables en meurent. C'est même une tragédie, entraînant une chaîne de catastrophes biologiques, selon les chercheurs. L'usage des pesticides salmonicoles, est notamment, préoccupant.

    Pourtant, sachant tout cela, mon inquiétude reste d'ordre pragmatique.

    Comment un saumon victime de poux fait-il pour se gratter ?

    Et une grande affliction s'empare de moi

  • LE MESSAGE

    Chaque fois qu'elle arrive devant une œuvre avec son groupe de centre aéré, la jeune guide du musée des arts modestes de Sète pose la même question :

    Alors, les enfants, QUEL EST LE MESSAGE de l'artiste ?

    Je me mords la langue pour ne pas dire aux enfants, à l'instar de Brel, que non, l'artiste n'est pas un FACTEUR et que, donc, non, il n'a pas forcément un MESSAGE à transmettre.
    En conséquence, ils peuvent cesser de froncer des sourcils dubitatifs et inquiets et se laisser aller sans vergogne à une contemplation immotivée et jubilatoire de ces formidables créations venues de Kinshasa.

    Mais je n'ose pas car, pour la 3e fois, elle demande qu'on réfléchisse EN SILENCE.

  • L'Origine du monde

    Cette manie humaine de vouloir à tout prix résoudre tous les mystères de l'univers...


    Ne pourrions-nous pas d'un commun accord perpétuer quelques ténèbres et silences ? encoffrer jalousement quelques secrets immémoriaux ?

    Et, pour y parvenir doit-on, comme Barbe bleue le suggère, pendre à des crochets tous les pourfendeurs d'énigmes ?

    Il serait fâcheux d'en arriver à ces sortes de solutions extrêmes, j'en conviens. Moi non plus, je n'aime pas trop la violence.

    Mais comprenez.

  • Carpe diem

    Liberté, égalité, fraternité

    quand est-ce devenu un slogan ?

    Carpe diem

    quand est-ce devenu une formule à tatouage ?

    Devenir soi

    quand est-ce devenu une injonction publicitaire ?

     

    A quel moment est-on passé de l'Essence au bavardage ?

    Où est le point de rupture ?

     

    Je ne cesse de me cogner aux conjectures et ça fait des bleus.