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Croix-Rousse

  • Villa Gillet

    Au parc de la Cerisaie, le couple de mariés debout sur le perron de la villa Gillet prend des poses devant la photographe d'événements qui s'impatiente :

     


    - Penchez la tête. Non, pas comme ça... la tête plus penchée, monsieur... non, ça ne va pas. AYEZ L'AIR amoureux !

     
     
     
     
  • Genèse

    Elle était tombée amoureuse de lui pour des raisons qu’il n’imaginait même pas. On pense toujours que nos qualités physiques et conversationnelles l’emportent sur tout dans la genèse de l’histoire. Lors de leur premier rendez-vous dans un café de quartier, c’était la trace à peine visible du fil de l’étendoir à linge qui dessinait de petits zigzags sur son t-shirt au niveau de la poitrine qui l’avait émue. Elle y avait lu sa hâte de la retrouver, leur aversion commune pour le repassage et s’était figurée qu’une vie longuement solitaire lui avait fait perdre l’habitude de s’apprêter pour quelqu’un.

  • Saint V.

    A observer la composition des vitrines des boutiques de lingerie annonçant la Saint-Valentin on pouvait en déduire que toute femme amoureuse avait pour mission ce jour-là de se métamorphoser au mieux en gogo danseuse d’une boîte de semi-luxe au pire en actrice d'un porno cheap.

  • Soir autorisé

    Paul fixe longuement le verre de bière posé sur le zinc comme s’il recelait la solution à un problème dont il ne connait pas le nom. Pauline lui demande si c’est son soir autorisé.  La serveuse du Troc connaît tous les jours de résidence alternée, les tours de garde et de sortie des habitués du comptoir. Elle sait qu’elle ne verra jamais Julien les vendredis impairs car il récupère ses jumeaux à 16h30. En revanche, elle verra débarquer Sylvain avec ses deux pseudo-artistes de potes car c’est son week-end free. Karim sera attablé chaque mercredi soir pair avec des copines rigolotes et sexys devant une planche fromage-charcuterie et Francky viendra se consoler sur son épaule un samedi par mois car son ex n’aura pas respecté, une fois de plus, son droit de visite.

    Pour Paul, l’organisation est plus compliquée. Avec ses quatre enfants de deux premiers mariages et ceux de sa nouvelle compagne, plus jeunes que les siens et 24h/24 à la maison. Elle lui a donné le droit à un soir autorisé par quinzaine dont il peut faire ce qu’il veut. Le plus souvent, il se retrouve seul au comptoir du Troc devant une ambrée, l’air un peu absent.  Il dodeline de la tête sur No more Heroes des Stranglers.

    Pauline ressert un bol d’olives mélange méditerranéen et ajoute, parce qu’elle l’aime bien, un supplément chips au vinaigre.

     

     

     

     

     

     

     

  • Paddy's Corner

    A 16h30, les nourrices croix-roussiennes agréées se donnent rendez-vous au Paddy’s Corner. Bébé 1 astique consciencieusement la table graisseuse à l'aide de son doudou-lapin tandis que bébé 2 remet à la bouche sa tétine tombée trois fois à terre dans une flaque de bière. Nounou 2 fait semblant de gronder.
    La nouvelle serveuse maladroite se laisse dragouiller par le prof de philo à gomina et catogan qui fait semblant de corriger ses copies. De vieux beaux désœuvrés font semblant de lire au bar (Michaux, Bukowski) et côtoient de joviales jouvencelles anglo-saxonnes qui ne font semblant de rien.

  • tapis roulant

    Pour la mère croix-roussienne, chaque situation de la vie quotidienne est prétexte à une démarche pédagogique formatrice du développement de l'enfant.

    L'usage du tapis roulant de la caisse du super U, par exemple.

    Elle tend à son fils de 2 ans assis dans le caddy TOUS les produits qu'il contient afin qu'il les dépose LUI-MÊME, UN par UN sur le revêtement noir, tandis qu'elle les nomme en articulant lentement :

    TO-MATES
    EN-DIVES
    YA-OURTS
    CE-RE-A-LES
    BIS-CUITS
    CON-FI-TU-RE
    CRE-PES
    BUTTER-NUT
    A-VO-CAT
    SHAM-POING SEC...

    Au bout de 10 minutes, je me demande si je ne devrais pas moi aussi contribuer à l'éducation du petit en lui glissant dans les mains mes deux seuls achats du jour :

    SER-VI-ETTES-HY-GIE-NI-QUES
    DE-BOU-CHEUR-DE-CA-NA-LI-SA-TION-A-LA-SOU-DE-CAUS-TI-QUE

    Mais le bambin en a marre avant moi et balance un Babibel à la tête de sa mère qui le gronde (sur le mode "éducation non violente") et le prive momentanément de tapis et, par là même, de sciences cognitives.

    Fist bump, Bro. Total respect, Barnabé.

  • parc à chiens

    Ces deux-là baladent leurs chiens dans mon quartier, en fin d'après-midi, tous les jours vers 18h30.
    A chaque rencontre, les cabots systématiquement se reniflent le derrière avec enthousiasme tandis que les maîtres tirent sur la laisse, un peu gênés, mais quand même conscients que grâce ces triviaux instincts canins ils ont osé s'adresser la parole un soir d'été.
    Depuis, ils guettent avec fébrilité l'apparition de l'un et l'autre à l'angle de la rue Jacquard et les toutous jappent de joie et remuent la queue de loin.
    Les quatre se dirigent alors vers le parc à chiens Popy où ils vivent quotidiennement un chaleureux moment de vie d'humains et de bêtes.
    Et, ce n'est pas rien.

  • château hanté

    - Madame, on a trop peur, est-ce qu'on peut vous tenir la main ?

    Dans le noir presque complet du château hanté de la vogue de la Croix-Rousse deux minuscules mains s'accrochent aux miennes. Je n'ose pas dire aux deux fillettes que je suis aussi effrayée qu'elles depuis que j'ai été abandonnée par mon jeune fils qui court quelque part devant. Mais puisqu'elles me le demandent, je fais l'adulte et j'essaie de ne pas trop crier quand une momie nous frôle en murmurant des trucs bizarres et que des toiles d'araignée viennent s'accrocher à nos cheveux.

    On se découvre à la sortie du château, toutes les trois un peu aveuglées par la lumière du jour. Elles me remercient poliment et me lâchent la main pour continuer de vivre leur vie de petites filles sûres de la robustesse et de l'invulnérabilité des adultes.

    Elles ont bien le temps de savoir...

     

     

  • Cx-Rousse by night

    Le 19 octobre 2018 à minuit, sur de cossues terrasses croix-roussiennes, les fillettes de 13 ans boivent de la vodka au goulot et se roulent des pelles sur des airs de RnB français

    Esthétique sophiacoppolienne

    B.O signée Aya Nakamura

    J'm'en bats les reins, j'ai besoin d'un vrai Jo

    Mais tu veux la plus bonne-bonne-bonne de mes copines

    Tu veux tout bombarder, bom-bom, bombarder, hey
    Tu veux tout bombarder, bom-bom, bombarder ouais

    Tu veux la plus bonne
    Tu veux la plus fraîche
    Tu veux la plus bonne
    Tu veux la plus fraîche

  • Dorian Gray

    Mon dieu. La crasse accumulée derrière le réfrigérateur pendant 10 années. Faites qu'elle ne représente pas une espèce de symbolique à la Dorian Gray de ma vie. Le livreur du nouvel appareil électroménager m'a à peine rassurée en me certifiant : c'est la même chose chez tout le monde, vous savez.
    Justement. Pauvre humanité....

  • Des figues et du pain

    Je fais une dinette du dimanche avec la petite vieille dame du sixième étage. Au marché, j'ai acheté pour elle des figues, du fenouil, du fromage de brebis et des olives au citron. J'ai fait un pain. Elle mange très peu.

    Elle dit : Quand mon mari était là, on était bien.
    Elle dit : Mon médecin me regarde mourir.

    Je me demande combien d'années il me faudra attendre avant que mes voisins ne m'évoquent en parlant de "la petite vieille dame du 3e étage" (ce qui dans le cas de mon mètre 77 serait cocasse).
    Je me demande combien de temps il me faudra attendre avant que mon médecin ne me regarde mourir.

    Elle dit : Mon généraliste m'a donné un sirop pour une toux persistante. Quand je suis allée à l'hôpital, j'avais une pleurésie.
    Elle dit : Mon mari était un homme élégant et délicat. Nous ne nous sommes pas quittés plus de quelques jours durant nos 50 années de vie commune.

    Elle dit : A quoi ça sert tout ça, la vie, maintenant ?

    Je ne sais pas quoi répondre. Je me demande aussi à quoi ça servira, quand, si...
    Je lui ressers une cuillère de salade de fenouil et une figue. Il faut manger, quand même.

     

     

     

     

     

     

    image : http://mpcazaux.free.fr/galerie/displayimage.php?pos=-9

  • Le jour sans fin

    Le père croix-roussien de cinquante ans qui a "refait sa vie" pousse un landau sur le boulevard dominical, flanqué d'un ado-Vans et d'une trentenaire-Antoine et Lili.

    Je croise son regard hagard au moment où elle interroge, suspicieuse :

    Tu as pensé aux couches lavables Bio Baby ?

    Tel Bill Murray, le père croix-roussien qui a "refait sa vie" semble condamné à revivre son Jour sans fin à lui, jusqu'à ce qu'il comprenne quelque chose.

    Mais quoi ?

     

     

     

     

     

     

     

    image extraite de Un jour sans fin réalisé par Harold Ramis (1993)

  • une folle, quoi

    Une vraie dingo.

    On a plaisanté, une fois, à la caisse du Super U du quartier à cause d'une histoire de file d'attente interminable et, depuis, son comportement avec moi est complètement irrationnel.
    Un jour, elle me salue chaleureusement, à la limite de la familiarité et me tend la joue pour que je l'embrasse, le lendemain, elle passe devant moi sans me voir et ne répond pas à mes "bonjour" surpris.
    Cela se répète 5 fois dans le mois. Je la vois passer par tous les stades de la cyclothymie : du tapotage d'épaule enjoué à l'arrêt du C 13, à l'indifférence radicale dans le rayon yaourts et produits frais du U alors que je lui souris clairement.

    Une folle, quoi.

    Si bien qu'irritée par la situation, je décide de ne plus la saluer du tout.

    Il me faudra deux mois pour comprendre que je croise une fois sur deux sa sœur jumelle.

    Évidemment, c'est moi qui deviens la dingue du quartier.

  • oxymore

    La mère croix-roussienne traîne son caddie branché comme un accessoire de dressing. Elle est accompagnée de Barnabé et Capucine, tous deux en trottinettes. Gros embouteillage. Pieds de vieux pris dans les roues, chute de béquille, coups de frein sur chevilles, étals inaccessibles.
    La mère croix-roussienne ne sourcille pas. Elle n'est pas de ce monde. La trivialité du quotidien ne l'atteint pas.
    Trottinette/marché: ces deux mots dans une même phrase ne provoquent chez elle aucune réaction hostile.

    Tes antithèses ne seront jamais celles de la mère croix-roussienne, mets-toi bien ça dans la tête une fois pour toute.

  • recette

    En pratiquant quotidiennement la préparation pour coloration capillaire de mes clientes, j'améliore la qualité de ma pâte à crêpes car, pour les deux types de mélanges, le secret est dans l'élimination absolue de toute trace de grumeau
    me confie la coiffeuse du salon
    le jour de mon anniversaire.

  • The Rubettes

    Dans la rue, je compte sur mes doigts le nombre de Sugar baby love dans la chanson des Rubettes. S'il y en a autant que je croise de pigeons avant d'atteindre l'arrêt du C18, IL m'aimera jusqu'à la fin de ma vie. J'en compte neuf mais je ne suis pas sûre. Je rewind sur mon ipod. Comme j'atteins trop tôt l'arrêt de bus pour rencontrer assez de pigeons, je triche et je rallonge ma marche jusqu'à l'arrêt du C13.

    Ça y est. Les comptes sont bons.

    Ma vie s'annonce  idéale.


     

  • je ne te connais pas

    La déclaration

    JE NE TE CONNAIS PAS MAIS JE T'AIME

    inscrite sur un mur proche de l'hôpital de la Croix-Rousse m'apparait aussi obscène et importune que le serait une main aux fesses collée par un inconnu au coin d'une rue.

  • néon

    Le néon de la cabine d'essayage H & M bégaie comme celui du sas d'attente d'un cabinet de radiologie

    même rai blafard

    même miroir sourd

    mêmes seins penauds en sursis

    L'expression "condition humaine" te semble, dans les circonstances, bien pompeuse

    Tu repars avec un maillot de bain à peine essayé dont la couleur ne te plait pas

    Tu prends le temps de chiquenauder l'ampoule clignotante

    qui s'éteint d'un coup.

  • confidence

    Un ami me raconte combien il est déconcerté d'apprendre que son ex, depuis leur séparation, s'est prise de passion pour la plongée sous-marine, elle qui était complètement phobique de l'eau.

    Je ne sais que faire de cette confidence.

  • GERBILLE

    Errance matinale dans "le bloc scientifique" de l'ESPE à la recherche d'une salle d'examen. Terra incognita. Dédale de couloirs, galeries, corridors, sas, halls, escaliers, tous hostiles.
     
    A la neuvième porte poussée, j'ai la vision hallucinée d'une femme en blouse blanche courant après un rongeur à longue queue brune entre des tables de laboratoire.
     
    - Oh. Un rat !
    - Pas un rat, une GERBILLE.
     
    Alice au pays des éprouvettes manifeste un ostensible mépris envers mon inculture et poursuit sa course sans prendre le temps de m'indiquer la voie à suivre.

    Sensation d'être aussi encombrante que ce jour où j'entre dans un restaurant à Venise pour réserver avec enthousiasme une table (me concentrant sur la qualité de mon italien) sans me rendre compte qu'à mes pieds un client gisant et mort occupe toute l'attention du personnel.
     
    La salle entière avait froncé les sourcils dans ma direction.
     
    Là non plus, ce n'était pas le moment.
     
     

  • POLAROID

    Le polaroid est à l'appareil photographique ce que la pivoine est à la fleur.
    Lui seul permet une éclosion soudaine et déjà surannée de l'instant.

  • Pénélope cruz

    La jeune femme qui travaille dans la boucherie de mon quartier ressemble à Pénélope Cruz.

    Enfin, non, pour être précise, elle n'y ressemble pas réellement, trait pour trait.

    Elle a comme un début de menton un peu double, la forme des pommettes est sans doute moins gracieuse et sa blouse rose ne cache sûrement pas des courbes d'actrice espagnole (quoique ce soit difficile à dire).

    Et, pourtant, elle a un vrai faux air de Cruz. Une intensité noire dans le regard. La courbe du sourcil peut-être. Quelque chose de sombre, de profond, de légèrement cerné. La paupière un peu lourde.

    Un jour, ça doit être un peu plus flagrant que d'habitude, je le lui dis : Vous avez un faux air de Pénélope Cruz, vous.

    Le boucher rit, plante sa hachette dans la viande et s'exclame : Ouais, mais le salaire en moins !

    Pénélope lève les yeux au ciel : Et quoi d'autre avec les biftecks ?

     

  • Godard 2018

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    - Tu vois mes muffins à la praline dans la glace ?
    - Oui.
    - Tu les trouves jolis ?
    - Oui.
    - Et mon sauté de veau au chorizo, tu l'aimes ?
    - oui.
    - Tu l'aimes mon pain aux olives aussi ?
    - Oui. J'aime beaucoup ton pain.
    - Et ma tarte à la tomate-moutarde ?
    - Aussi.
    - Tu vois mon pot-au-feu dans la glace ?
    - Oui
    - Tu les trouves jolis mes plats à l'ancienne ?
    - Oui.
    - Et ma tarte au potimarron-châtaignes, tu l'aimes ?
    - Oui, énormément
    - Qu'est-ce que tu préfères ? la mie de mon pain ou la croûte de mon pain ?
    - J'sais pas. C'est pareil.
    - Et mes rillettes de thon, tu les aimes ?
    - Oui.
    - Moi, je trouve qu'elles ne sont pas assez citronnées.
    - Non...
    - Et mes crevettes au gingembre ?
    - Oui, je les aime.
    - Tu aimes tout ? Mes pâtisseries, mes ragoûts, mes tartes salées ?
    - Oui, tout.
    - Donc, tu m'aimes totalement ?
    - oui. Je t'aime totalement, tendrement, tragiquement.
    - Moi aussi.                    Tu me passes la piccalilli ?

     

  • Distributeur

    Barnabé, non, laisse faire ta sœur, d'abord. C'est elle qui met la carte bleue dans le distributeur. Après, toi, tu composeras le numéro, d'accord ? Allez, Joséphine. Tu introduis la carte dans la fente, là. Oui, c'est bien.... Voilà... Ah non, tu l'as mise à l'envers, regarde, ça ne peut pas fonctionner. Ce n'est pas grave, mon cœur. Recommence, tu vas la remettre correctement. Attends, je te montre... comme ça... voilà. C'est TRÈS bien, Joséphine. Non, Barnabé, attends, ne pousse pas ta sœur, ça va bientôt être ton tour. Non, Barnabé, ce n'est PAS BIEN. Tu fais mal à ta sœur. NON. Si ça continue, tu ne composeras pas le numéro comme je te l'ai promis... J'attends que tu te calmes... j'attends.... j'attends. Tu es calme ? C'est bien, mon cœur. A présent, tu peux composer les chiffres de la carte. Je te les dis à l'oreille.... Oui... voilà... oui... TRÈS BIEN, Barnabé... oui... Ah non ! Oh, tu t'es trompé... ce n'est pas grave, on va recommencer... tu appuies sur le C, là. Bien. On recommence... Oui....bien... oui.. et... OUI ! BRAVO, Barnabé ! Tu as vu Joséphine comme ton frère est grand ? Non, Joséphine, c'est maman qui récupère la carte. Toi, tu peux prendre les billets... Oui, Joséphine, tu as été très grande toi aussi. Bravo Joséphine. Je suis fière de vous deux. Oui, mon cœur. Oui, mon cœur. Oui, moi aussi je t'aime. Oui, Barnabé, on y va.

    La mère croix-roussienne n'en a absolument rien à foutre de ta tête de file d'attente à bout de patience, elle est bien trop occupée à fabriquer consciencieusement de grands névrosés à vie, en toute impunité.


    Vont-ils aller se faire exploser en Syrie ou ailleurs, à l'adolescence ? On ne sait.

  • Croix-Rousse. 20 février 2018.

    Quand elle est passée devant moi, engoncée dans une couverture de survie couleur or en guise de linceul, j'ai juste eu le temps de reconnaître son petit visage chiffonné. Je jurerais y avoir vu un sourire.

    C'est comme si elle avait voulu me faire un dernier signe avant de quitter l'immeuble dans son pauvre bivouac branlant au bout de l'échelle des pompiers.

    La semaine précédente, nous avions encore plaisanté sur le monsieur du quartier qui confie à qui veut l'entendre que le buraliste est cocu.

    Les badauds du trottoir levaient la tête vers nous dans la lumière bleue clignotante du camion rouge.

     

     

     

     

    Illustration : Anselm Kiefer, Der engel (1976-1978)

     

     

  • Kebab

    - Et, il est où ton argument pédagogique quand tu convaincs tes élèves de venir à une sortie théâtre à 20h en leur disant qu'il y a le meilleur kebab de Lyon à 20 mètres de la salle de spectacle ?

    - Nulle part.

    - C'est bien ce qu'il me semblait.

  • Fabienne Swiatly

    Fabienne,

    Je dois te dire quelque chose.

    J'ai un chat, tu ne le connais pas encore, qui s'appelle Buster Keaton. Mais c'est trop long, alors on dit Buster.

    Ce chat n'a pas très bonne réputation dans le quartier. Il ne tolère que les gens de son clan. Et, il choisit de manière très péremptoire qui a le droit d'entrer dans sa maison et qui doit rester sur le paillasson. Je ne sais pas s'il a une technique particulière mais le résultat est sans appel : il t'aime ou il ne t'aime pas. D'emblée. Et ça ne bouge plus. J'avoue que cela m'a mise dans des situations un peu difficiles, parfois, vis-à-vis de gens que, moi, j'aime beaucoup.

    Mais, en même temps, je ne peux pas vraiment le blâmer car je suis un peu comme lui. Qui a déteint sur qui, en 10 ans de vie commune ?

    Toi, Fabienne, je t'ai aimée tout de suite, hier. C'est comme ça.

    Je te présenterai bientôt Buster. Moi, je l'aime bien ce fichu chat.

     

  • Aloe vera

    Il m'est apparu progressivement de plus en plus troublant de constater que le packaging des produits d'entretien ménager finissait par ressembler à celui des produits cosmétiques haut de gamme.

    Je résiste, pour ma part, de plus en plus péniblement à l'envie de m'enduire de gel vaisselle à l'aloe vera sous la douche, de me faire des gommages à la lessive en poudre bio, de me glisser dans un bain moussant de capsules nettoyantes citronnées, de m'envelopper du parfum orange-cannelle du désodorisant d'intérieur.

    Plus récemment, j'ai remarqué avec inquiétude que les croquettes pour chat trois étoiles commencent elles aussi à me faire de l’œil au petit déjeuner au côté de mes céréales préférées...

  • 5 janvier

    Tu crois que ça peut arriver une fille rohmerienne qui s'éprendrait d'une leg press dans une salle de sport ?

     

  • C'est l'heure des sapins sur le trottoir

    Tu avais vraiment cru que tu possèderais à vie les couronnes dorées, les guirlandes argentées, les boules scintillantes, la flèche plantée crânement au sommet ? Qu'à tes pieds on n'en finirait de déposer offrandes et oboles et que le monde jetterait à jamais sur toi des regards extasiés ?

    Personne ne t'avait dit que vient toujours le temps des sapins sur le trottoir ? 

    Les plus fortunés d'entre vous finissent par se consumer dans l'âtre de ceux qui vous portaient aux nues il y a peu...