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Car parmi tous les souvenirs - Page 2

  • Corbehem

    Ça lui fait bizarre à ma grand-mère d’être braquée par le petit Jojo. Quand elle le voit entrer, elle pense d’abord à la commande de sa maman Jeanine qui a réservé une tarte aux abricots pour les dix ans de la petite Catherine. Elle s’apprête à lui dire que c’est trop tôt, que le gâteau sera prêt pour 10h demain comme prévu, mais il sort un objet de sa poche qu’il tend vers elle en disant : C’est un braquage, ouvrez la caisse.

    - Jojo, qu’est-ce que tu veux ?

    - Je veux que vous me donnez l’argent de la caisse, s’énerve Jojo.

    - Tu ne veux pas me tutoyer pour la circonstance, Jojo ? C’est bizarre ce « vous » là maintenant, tu trouves pas ? Et qu’est-ce qu’il fait Patrick sur la mobylette ?

    Ça, c’est ce qui l’inquiète le plus, mamie Andrée, parce que le Patrick tout le monde sait qu’il a un petit pète au casque, c’est pas rassurant de le voir au guidon d’un deux-roues.

    - Y m’attend pour qu’on part avec la caisse !

    - Jojo, c’est pas sérieux, range ton pistolet, ta grand-mère serait furieuse.

    Jojo ne sait plus tellement ce qu’il doit faire. Il continue de braquer mamie Andrée tout en lorgnant du côté de la vitrine. Il voit Patrick qui secoue la tête de gauche à droite sans s'arrêter comme s’il écoutait un truc au walkman sauf que ce n’est pas le cas.

    - C’est un vrai, je vais tirer ! Il crie ça avec une voix qui déraille au milieu de la phrase à cause de la mue.

    Mamie Andrée voit bien qu’il est en train de s’exciter tout seul et que la peur pourrait le pousser à faire des bêtises. Elle ouvre la caisse. Cent cinquante francs et quelques centimes en billets et monnaie. Elle les lui tend. Il tremble tellement qu’il fait tomber des pièces qu’il ne prend pas la peine de ramasser. Le ding-ding de la porte retentit à sa sortie. Il crie à Patrick de démarrer en sautant sur le porte-bagage. Mamie sort de la boulangerie en courant.

    - Jojo ! Patrick ! Faites attention sur la route !

    La mobylette démarre sur deux roues mais ne va pas jusqu’au bout de la rue. Elle tombe sur le côté comme au ralenti et sa course prend fin dans le bosquet de Mme Prevost.

    Mamie Andrée rejoint les garçons. Ils sont amochés et sonnés mais conscients. La réplique de pistolet git en plusieurs morceaux autour de la mobylette.

    -Vous allez prendre une de ces roustes les tit' pouchins…

  • Papi-chocolat

    Deux-trois choses que je sais de lui.

    1. Je l’appelais papi-chocolat parce qu’il était boulanger-pâtissier à Corbehem et qu’on repartait toujours avec des tablettes de chocolat au lait quand on passait à la boulangerie. J’aimais l’odeur du pétrin et du four à pain. Parfois, je roulais des croissants que j’enfournais moi-même avec la grande pelle.
    2. Il faisait de la sérigraphie et de la photographie. Il a gagné les premiers prix de concours dans les années 60-70 pour des images de mines en friche, de terres désolées du Nord et de gueules de coron. Plus tard, il emmenait des jeunes femmes dans sa cave transformée en atelier pour les prendre en photo toute nues. A cette époque, les brunes et les blondes avaient toutes la même coiffure, une coupe à la Stone. Mon cousin Laurent s’était exclamé en voyant l’un de ces portraits nus : C'est maman ! – Mais non, avait ri papi, ta maman ne pose pas pour moi, voyons ! Moi, je m’inquiétais pour elles car je craignais qu’elles ne prennent froid : c’était aussi l’endroit où mamie conservait ses confitures au frais.
    3. Il portait toujours sur lui un peigne en corne qu’il sortait régulièrement de la poche arrière de son pantalon pour replacer sa mèche. Il me faisait un clin d’œil et disait : Y a pas à dire, je suis beau.
    4. Il avait été un temps franc-maçon puis s’était fait virer parce que finalement c’était tous des cons. J’ai longtemps cru que ces gens faisaient partie d’une communauté de maçons intègres et je ne comprenais pas pourquoi papi-chocolat s’était disputé avec d’honnêtes ouvriers. « C’est à cause de sa trop grande gueule » m’avait-on expliqué plus tard. Je n’en sus pas plus.
    5. Il jouait du saxo et de la clarinette.
    6. C’était un anar de droite, lecteur de Céline et de Nabe. Ses sérigraphies étaient antiaméricanistes, antisocialistes, anticonsuméristes. Un peu anti-tout vu que le monde ne donnait à voir qu’un spectacle affligeant de médiocrité et de mauvais goût sans fin.
    7. Quand il est mort, je suis allée rendre ses derniers emprunts à la bibliothèque municipale de Douai : La Nouvelle extrême-droite de C.Bourseiller, Full metal Jacket et Le Déclin de l’Empire américain.

    - Il y a une amende pour retard, m’a dit la bibliothécaire

    - Je lui ferai savoir, ai-je répondu.

    Il m’a donné un petit coup de coude dans les côtes et m’a lancé un dernier clin d’œil en se recoiffant.

  • Such a shame

    En 1984, j’enregistrai Such a shame sur un lecteur-cassette audio : l’exercice consistait à caler l’enregistreur contre les baffles de ma radio, à appuyer sur les deux touches Play et Rec en même temps et à prier pour qu’un jingle de la bande F.M ne vienne pas couper la chanson en plein milieu.

    Je ne m'explique toujours pas pourquoi la voix de Mark Hollis était la seule à pouvoir apaiser un peu des douleurs menstruelles d’adolescente qui me clouaient au lit. Les titres de Talk Talk sont, bien malgré moi, associés à ces instants de solitude et d’endolorissement.

    Sur ma table de chevet attend depuis quelques mois L’Homme-dé de Luke Rhinehart qui contient, parait-il, la clé de l’énigme de la chanson.

  • Don

    Quand je lui offrais un cadeau, elle me remerciait et le mettait de côté pour l’ouvrir plus tard alors que j’aurais aimé qu’elle déchire avec vivacité le papier afin de découvrir la chose que j’avais choisie spécialement pour elle, pour lui faire plaisir et la voir en joie. Elle me privait sans le savoir de cet instant précieux de l’union amicale qui lie deux êtres au moment de l’échange.

    Ce n’était pas sa faute. Elle n’avait pas appris à recevoir. Comme je n’avais pas appris à contenir mon enthousiasme et mon impatience. Ainsi, l’heure du cadeau qui aurait dû être une occasion de réjouissance mutuelle devenait un épisode gênant pour l’une et frustrant pour l’autre.

  • La dernière Clodette

    Hier, j'ai rêvé que la dernière Clodette était morte. J'essayais d'organiser des funérailles nationales mais cela n'intéressait personne.
    Je me retrouvais seule à suivre le corbillard sur un boulevard désert. Les haut-parleurs de la ville crachaient Magnolia for ever.

  • Accueil écrivains à Bron (série 1)

    Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé n'est ni fortuite ni involontaire.

     

    Houellebecq ne veut pas quitter son imperméable fermé jusqu’au col mais il veut bien un whisky.

    Denis Podalydès est très amène et avenant. Il veut bien un café allongé.

    Philippe Jaenada est très farceur. Et un peu maladroit. Il renverse son dessert sur ses genoux au restaurant.

    Serge Joncourt est de bonne composition. Il porte ses sacs et valises dans les escaliers sur trois étages parce que je lui ai dit que l’ascenseur est en panne (mais en fait non).

    Sylvie Testud rit et parle fort. Elle dit « au secours » et me tourne le dos quand je lui tends une photo de nous deux dans un cours de théâtre datant de 1986 (j’allais lui offrir, mais non).

    Eugène Savitzkaya sait faire le poirier en récitant des poèmes.

    Lydie Salvayre est aussi élégante que gentille. Elle n’ose pas glisser « Mireille Mathieu » en guise de mot caché dans sa rencontre littéraire du lendemain comme lui a suggéré l’auteur farceur.

    Philippe Djian semble faire la tête mais non, il est juste fatigué (la gare de la Part-dieu, c’est déprimant).

    Chloé Delaume a l’air de moyennement aller. Il parait qu’il y a de l’eau dans le gaz entre elle et Medhi B.K.

    Jean-Bernard Pouy est drôle et bavard. Il veut bien un whisky, puis un autre.

    Virginie Despentes est exquise et tellement attentive aux autres qu’on a l’impression que c’est elle qui accueille.

    Anne Wiazemsky est charmante et blagueuse. Elle raconte des anecdotes sur Françoise Hardy (que je n’ai pas le droit de dévoiler).

    Serge Joncourt me dit le lendemain de l'épisode de l'ascenseur : J'ai cru que vous l'aviez fait exprès parce que vous ne m'aimiez pas.

  • Songe de c...

    Entre 1995 et 1998, je déjeune de temps en temps avec elle dans la petite brasserie de la rue des Quatre chapeaux qui se situe juste en bas de chez moi à trois pas de la boutique "Songe de cuir" et en face du Sex Shop "Euroshop". Elle s’appelle Irène, elle a cinquante-trois ans, elle est mère d’une fille de 25 ans qui vit à Toulouse. Elle habite un petit appartement de la rue Ferrandière et se prostitue depuis 20 ans dans ce quartier du 2e arrondissement. Elle a commencé tard par rapport à ses copines de travail. Question de survie après "un divorce difficile". Elle est l’une des dernières prostituées de rue de Lyon. Elle tapine à l’angle de la rue des Quatre chapeaux et de la rue Ferrandière et emmène ses clients dans son appartement qui contient une pièce aménagée pour son travail.
     
    Elle a ses habitués, "ses hommes fidèles" comme elle les appelle. Certains d’eux ne demandent qu’à être dorlotés, câlinés comme des enfants tristes durant le quart d’heure de passe. Elle les berce et caresse leurs cheveux et leurs crânes lisses. Ils se connaissent depuis si longtemps que parfois il n’est même pas besoin de parler. Les autres hommes ce sont des gens de passage (de plus en plus rarement) ou de vieux immigrés. Parfois des jeunes de toutes nationalités qui veulent s’amuser. Ceux-là, elles les craint. Ils se conduisent mal, lui parlent mal pendant la transaction, "des chiens" elle dit. Ça les excite de se taper "une vieille prostituée". Ils ne sont ni élégants ni gentils. Mais c’est rare. De toutes façons, les hommes maintenant, jeunes ou âgés, préfèrent aller dans les bars américains, des endroits clos et discrets dans lesquels on trouve des jeunes filles de l’Est très jeunes, très belles et très dociles. Des esclaves sexuelles à bas prix, prisonnières de réseaux mafieux. Ou encore dans les caravanes du périphérique, vers Perrache pour trouver des Africaines encore moins chères. La compétition est alors telle qu’Irène se contente de ses quelques clients habitués pour vivre.
     
    Son âge, aussi, devient un handicap. C’est pourtant une belle femme. Rousse brasillante (je n’ai jamais su si c’était un postiche), les yeux verts maquillés de violet, une bouche grande et dessinée. Sûr qu’elle devait être la reine du quartier il n’y a pas si loin. Quand elle entre dans la brasserie vêtue de son manteau impression léopard (toujours le même) et de ses accessoires de théâtre, (des talons aiguilles, un sac à main en croco et des foulards savamment mêlés à ses boucles rouges) elle en jette. Une actrice de cabaret à jarretelles. Ça se tait un instant dans le restaurant. Puis les conversations reprennent.
     
    Elle est toujours attablée seule, mais choyée par le patron. Je lui adresse la parole un jour et on prend l’habitude de se retrouver quelques fois par mois sans se donner vraiment rendez-vous. Je suis déjà là, elle vient s’asseoir, ou c’est le contraire.
     
    On discute de tout et de rien. De mes remplacements de prof dans divers collèges et lycées de Lyon, de ses clients, de sa fille. Qui n’a jamais su ce que faisait sa mère. Elle pense qu’elle travaille dans une boutique de lingerie fine. Quand elle vient lui rendre visite à Lyon, Irène s’arrange avec une amie qui l’accueille quelques heures dans son magasin où elle joue la vendeuse. C’est là qu’elle se fournit en sous-vêtements chics pour son travail. La petite retourne à Toulouse avec l’assurance que sa maman est une très bonne vendeuse de culottes de luxe. Je n’ose pas lui demander comment elle s’est débrouillée pour cacher si longtemps son vrai travail à sa fille, ne s’être jamais fait surprendre dans la rue ou à la maison quand celle-ci était adolescente. Et puis, je me dis que, peut-être sa fille sait et qu’elle ne dit rien pour ne pas gêner sa mère. Que c’est un délicat pacte tacite entre elles-deux. 
     
    Un jour je déménage. Je n’ai plus beaucoup l’occasion de revenir dans le quartier et je la perds de vue. Je la revois pourtant une fois. Elle n’est pas en tenue de gala. Elle porte un survêtement rose et des baskets assorties. Je la reconnais à sa chevelure montée en chignon noué par un foulard zébré. Elle ne me voit pas. Elle est à présent une vieille dame qui va au marché du quai Saint-Antoine avec son caddie à courses comme le font toutes les vieilles dames du quartier.
     
    Elle passe devant l’ancienne enseigne "Songe de cuir" qui a pris le nom de "JACQUIE ET MICHEL".

     

  • Moustache

    A l'âge de 5 ans, elle se lève la nuit pour tirer la moustache de son père et pincer le bras de sa mère afin de s'assurer qu'ils sont encore vivants. Souvent, ils se réveillent en sursaut et la disputent furieusement. Ravie et rassurée, elle retourne alors se coucher et s'endort d'un sommeil imperturbable.

  • La fatigue des morts

     Parfois, je vois les morts de ma vie apparaitre au coin d’une rue. Eux non, je crois.

    Lundi dernier, place Bellecour, j’ai entrevu le long corps voûté de mon père dépasser un instant de la foule avant d’être englouti par la bouche du métro. Il semblait si las de loin.

    Comment se fait-il que les morts n’aient pas l’air plus reposés que les vivants ?

  • Vogues menthol

    C’était une gosse de riches, alors ça ne serait venu à l’esprit de personne de la plaindre. Penses-tu, une petite minette sapée Sonia Rykiel et parfumée Guerlain tandis qu’on courait les fripes de Saint-Jean pour dénicher des frusques griffées et qu’on s’enduisait d’eau de Cologne bon marché.

    Mère architecte cosmopolite, père dans les affaires internationales. Ses parents, toujours en partance, lui avait loué un appartement cossu dans le 6e arrondissement juste au-dessus du leur. Ils pouvaient ainsi à leur guise aller et venir, inviter leurs amants et maitresses respectifs, organiser des soirées d’adultes au retour de leurs voyages et de leurs séjours professionnels. Ils ne faisaient tous les trois que se croiser quelques fois par mois.

    Elle fumait des Vogues menthol qu’elle écrasait du bout de ses semelles de marque italienne devant le portail du lycée. Elle ne parlait à personne. Les garçons n’osaient pas l’aborder et faisait semblant de se ranger à nos avis de jalouses.

    Si j’avais pris le temps de m’y arrêter un peu, j’aurais découvert dans son regard, sous sa couche de mascara noir, cette mélancolie sombre des enfants abandonnés et solitaires que je prenais pour de l’indifférence à notre égard. Une fille de nantis n’était pas digne d’être consolée ni aimée.

    On sait toujours trop tard.

  • Cléopâtre

    A 6 ans, je sniffe avec une grande délectation ma colle en pot Cléopâtre saveur amande. En classe, chez moi, partout.
    Non, seulement, je la hume du plus profond de mes petits naseaux mais je la lèche aussi passionnément grâce au très utile bâtonnet joint au couvercle.
    Et, chaque jour, je bénis l'existence de la grande personne auteure de cette merveille.

  • Paradis

    Quand mon cousin est mort à 10 ans, et que j'avais moi-même 10 ans, je me suis demandée comment il était possible de mourir si tôt.

    L'explication du prêtre ne m'a pas satisfaite : Dieu l'aimait trop, il l'a ramené à lui.

    Je me suis dit que c'était un sacré égoïste quand même, parce que nous aussi on l'aimait trop Laurent. Tellement. C'était pas une raison.

    Puis, j'ai pensé que c'était peut-être pour équilibrer les âges au Paradis. Qu'on ne se retrouve pas qu'entre vieux là-haut. Qu'il y ait de la jeunesse, de la vie, des rires, des gazouillis de bébés aussi, des farces d'enfants, des bêtises d'ados.

    Enfin, voilà ce que je me suis raconté à ce moment-là pour me consoler toute seule. Pour me dire que, si ça se trouve, il serait un peu bien là-bas, sans nous. Laurent.

  • Les goûts et les...

    A 13 ans, je me fais traiter d’antisémite car je porte un keffieh palestinien acheté place Guichard.

    A 14 ans, je suis une « sale raciste qui n’aime pas les Arabes » parce que je viens de m’acheter un bomber noir à doublure orange aux Puces du Canal.

    A 15 ans, je deviens « une sale hippie Peace & Love » car j’enfile une tunique indienne achetée à la boutique New Delhi de Saint-Jean.

    A 16 ans, je me transforme en « sale bourge du 6e » car j’entoure mon cou d’un foulard Hermès trouvé à Kilo-Shop rue d’Algérie.

    A 17 ans, je suis enfin « une sale gauchiste » quand j’arbore au revers du col de ma veste une superbe broche ornée d’une faucille et d’un marteau piquée à ma copine Stéphanie Crampon, au Havre.

  • Havre de paix

    En juin 1977, sur la place de l’hôtel de ville de ma cité natale, les colombes blanches lâchées avant un spectacle intitulé "Un Havre de paix" se jetèrent, éblouies, contre les projecteurs scéniques et tombèrent mortes, les unes après les autres.
    Le reste de la soirée fut, cependant, une vraie réussite.

  • Dans mon jardin

    Quand j'avais 7 ans, j'étais entourée de célébrités.
    Mon père ressemblait au cow-boy des Village people, Monique Crampon à Bonnie Tyler, Philippe Delarue à Eddy Mitchell, ma mère à Joan Baez, Martine Bonnet à une Miou-Miou brune et Michel Fugain, qui était dans mon jardin en juin 1977, ressemblait en tout point à Michel Fugain.

  • Iole

    Tiens, y a La Baronne qui passe.
     
    La Baronne, c'est Iole Facca, fille d'immigrés italiens. Elle n'a rien d'une baronne. Elle est juste mariée à Marceau Baron, français du quartier et imprimeur.
    Dans la bouche des femmes du coron, elle est devenue "La Baronne". Parce qu'elle passe la tête haute, qu'elle porte de petites perles nacrées aux oreilles et du fard sur les pommettes. Elle avance un peu crâneuse aussi, agaçante avec sa taille de brindille et ses airs de dames du monde qu'elle se donne. Alors que, vraiment, y a pas de quoi. C'est juste une fille de ritals. Même qu'après la guerre, les "résistants", ils ont failli la tondre, elle et sa sœur. Parce qu'elles lavaient le linge des boches... Enfin, on sait ce que ça veut dire, hein. D'ailleurs, le réverbère qui a été installé après tout ça devant la porte de Iole, ça ressemblait bien à la lampe rouge des bordels. Enfin, c'est ce qui se dit, ici.
     
    Iole Baron-Facca est morte de la tuberculose dans sa quarante-deuxième année. Elle n'aura pas eu le temps d'être ma grand-mère maternelle. 

  • Eucharistie

    Lors la messe de minuit, au moment de l’eucharistie, je reste assise sur le banc car je n’ai pas le droit de tendre la langue pour recevoir l’hostie : je n’ai pas fait ma communion. Depuis l’enfance, je suis frustrée de ce goût. A l’âge de 10 ans, je demandais déjà autour de moi : quelle est la saveur de l’hostie ? « Ça a le goût de pain sans sel » « C’est fade » « Ça colle au palais » « C’est pas bon » Aucune réponse, aussi dissuasive soit-elle, ne m’a jamais éloignée de ce sentiment de privation. Bien sûr, la solution pour combler ce manque serait de me glisser dans la file des communiés, un jour de noël. Mais une grande main invisible me plaque au sol et me stoppe dans mon élan à chaque tentative de rébellion.

    On ne la lui fait pas à l’envers aussi facilement, il faut croire.

  • Du côté de chez Swann

     

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    On oublie
    Hier est si loin d’aujourd’hui
    Mais il m’arrive souvent
    De rêver encore à l’adolescent
    Que je ne suis plus

    Mon cousin Laurent glisse un disque dans la fente du mange-disque orange sans m’en montrer la pochette. Les premières notes me font sourire. C’est l’une de nos chansons préférées.

    Nous sommes dans la chambre jaune de la maison de mes grands-parents à Douai, celle qui jouxte la chambre de ma tante Domitilde, de dix ans notre aînée à qui nous avons l'habitude d'emprunter ses 45 tours de chanteurs populaires des années 70.

    Je n'ose pas trop le regarder. Il a beaucoup changé depuis notre dernière rencontre. La chimiothérapie qui est censée agir sur son cancer a fait tomber ses beaux cheveux qui n'apparaissent plus que par touffes éparses sur son crâne. L'absence de sourcils et de cils lui font une tête bizarre. J'essaye de rappeler à moi son autre visage, perdu sous celui-ci, les joues pleines, la longue frange blonde qui tombait sur ses paupières quelques mois auparavant, la coupe au bol qui encadrait son beau visage d'enfant en parfaite santé.

    Aujourd’hui, il est d’une extrême pâleur et la rondeur de ses joues a disparu, comme aspirée de l'intérieur. Je lance quelques regards furtifs vers lui, gênée de ma gêne, fascinée malgré moi par les signes de la métamorphose morbide du visage et du corps, par l'amaigrissement dû à la maladie.

    Lui, rit, plaisante comme avant. Il me semble alors plus âgé que moi qui suis d'un an son aînée. Il a, en peu de temps, été gagné par cette maturité des enfants qui sont confrontés à une grave maladie et qui en ont conçu une conscience supérieure de la tragédie à venir.

    La dernière phrase dont je me souviens est Je t’aime. Il m'aime, il me quitte. Je ne le sais pas à cet instant. Je ne sais pas encore qu’on peut mourir à 10 ans.

    Laurent, la chambre jaune, Dave.

    Hiver 1981.

    J’irai bien refaire un tour du côté de chez Swann
    Revoir mon premier amour qui me donnait rendez-vous
    Sous le chêne
    Et se laissait embrasser sur la joue

     

     

  • Point de vue et images du monde

    Gabrielle de la Maisonneuve nous garde, ma sœur et moi, le temps d'un été à Saint-Jouin-Bruneval.

    Elle a 18 ans, elle est parisienne, blonde-Dessange et très jolie. Elle porte des robes de tennis en éponge, des bandeaux pour retenir ses cheveux coupés au carré et des bijoux en or.

    Ses parents l'ont enjoint de travailler cet été-là chez nous pour voir de près à quoi ressemble la vie des gens du peuple.

    Elle me dit qu'elle a un nom à particule parce qu'elle vient d'une famille noble et que, quand elle se mariera, la cérémonie sera annoncée dans Point de vue, Images du monde (je ne sais pas de quoi elle parle, j'acquiesce).

    Elle parle de son prochain rallye pour étudiants de la haute société (je pense qu'elle parle de courses de voitures, j'acquiesce.)

    Nous garder l'ennuie profondément, ça se voit. Elle ne fait même pas semblant de s'amuser.

    Quand elle nous emmène à la mer, elle nous laisse sur la plage et part faire du zodiac avec le maître-nageur. Elle revient au bout d'une heure échevelée et souriante. Ça nous change.

    Elle ne comprend pas que mon père se fâche et la fasse raccrocher un jour qu'elle est au téléphone (elle appelle son petit ami à New-York en PCV depuis plus de 30 minutes).

    Un jour de grande tablée joyeuse de communistes, mes parents ont fait des moules-frites. Elle cherche les couverts. Je lui montre comment on mange les moules au Havre : on se sert d'une coquille vide pour pincer la moule d'une autre coquille et on la porte à la bouche. On mange les frites avec les doigts après y avoir jeté du vinaigre. Je la vois pâlir puis quitter la table. Comme on s'inquiète de son absence ma mère va la chercher. Elle la retrouve en pleurs dans le jardin.  Elle ne peut pas manger sans couverts entourée de gens qui rient et parlent fort de choses contraires à ses valeurs. Elle s'excuse mais ces mœurs du peuple sont trop grossières pour elle.

    Mon père, visiblement insensible aux charmes juvéniles de la noblesse française la surnomme rapidement "La vieille baraque" quand elle a le dos tourné.

    - Elle est où la vieille baraque ?

    Trois semaines après son arrivée, nous nous quittons tous sans regret.

    Enfin presque...

    - Elle est où ta baby-sitter ? s'inquiète le maître-nageur.

     

     

     

     

     

  • Psaume 22.

    Tu as une odeur de gitane et de whisky

     

    tu cuisines des plats du dimanche le dimanche et des spaghetti le samedi midi

     

    tu joues de la clarinette, du saxophone et du banjo

     

    tu écoutes France Inter

     

    tu fais de la sérigraphie et de la photographie

     

    tu écoutes Les Nocturnes de Chopin, la sonate en A major de Schubert, la 7e de Beethoven

     

    tu prépares du Quaker avec un jaune d’œuf dedans pour les petits déjeuners de jour d'examen

     

    tu dis C'est toi qui paies EDF ?

     

    tu dis C'est des chanteurs ça ? en entendant Indochine et Cure

     

    tu m'offres le coffret de Brel pour noël, le coffret de Piaf pour mon anniversaire, le coffret de Brassens pour rien

     

    tu écrases le chat sans le faire exprès (il s'est caché sous le moteur) et tu n'oses pas nous le dire

     

    tu m'aides à faire mes devoirs de maths et tu utilises des briques de Légo pour que j'y comprenne quelque chose

     

    tu ne veux pas qu'on entre dans la cuisine quand tu cuisines

     

    tu dis C'est un plat fait avec amour mais tu ne dis pas Je t'aime

     

    tu pleures quand mon cousin Laurent meurt à l'âge de 10 ans

     

    tu pleures quand tu apprends que tu es licencié

     

    tu as un rupture d'anévrisme, une première crise cardiaque, un pontage, une deuxième crise cardiaque.

     

    Un jour, tu meurs. Je cours chercher ton voisin pasteur qui lit le psaume 22 à ton chevet tandis que je te tiens la main. Je me demande si j'ai bien fait mais c'est la première chose qui m'est venue à l'esprit ce jour-là.

     

    Tu me pardonneras.

     

     

     

  • château hanté

    - Madame, on a trop peur, est-ce qu'on peut vous tenir la main ?

    Dans le noir presque complet du château hanté de la vogue de la Croix-Rousse deux minuscules mains s'accrochent aux miennes. Je n'ose pas dire aux deux fillettes que je suis aussi effrayée qu'elles depuis que j'ai été abandonnée par mon jeune fils qui court quelque part devant. Mais puisqu'elles me le demandent, je fais l'adulte et j'essaie de ne pas trop crier quand une momie nous frôle en murmurant des trucs bizarres et que des toiles d'araignée viennent s'accrocher à nos cheveux.

    On se découvre à la sortie du château, toutes les trois un peu aveuglées par la lumière du jour. Elles me remercient poliment et me lâchent la main pour continuer de vivre leur vie de petites filles sûres de la robustesse et de l'invulnérabilité des adultes.

    Elles ont bien le temps de savoir...

     

     

  • Tatami

    Dans un documentaire sur François Mitterrand, Laurent Fabius confie que la devise du président était "La vie, c'est du judo" car "il est possible de faire de ses faiblesses une force".
    C'est aussi ce que l'on m'a vendu à l'âge de 10 ans pour m'inviter à m'inscrire au club d'art martial du mercredi après-midi à l'école primaire de Saint-Jouin Bruneval.
    J'ai été maintenue à terre sur les tatamis pendant 6 mois par une Marilyn Fouache de 15 kilos de plus que moi. Elle aussi murmurait à mon oreille "La vie, c'est du judo" et on ne peut pas dire que c'était une bonne nouvelle pour moi.

  • Le jour où Jane B. m'a sauvée.

    Quand je rencontre Jane Birkin pour la première fois, j'ai dans les 14-15 ans. Je suis une longue créature chétive,  osseuse et farouche. Rien ne pousse ni devant ni derrière. Les seules choses qui fassent forme sur mon corps sont des côtes et des omoplates saillantes, des genoux cagneux. Je lorgne avec envie les nénés des copines déjà formées, les bosses qui poussent le chandail, les marques de soutien-gorge apparentes. Je vois bien ce que ça fait dans les yeux des garçons ces histoires de trucs qui émergent sous les débardeurs. Y a ceux qui regardent franco, un peu hypnotisés, y a ceux qui font semblant que non, mais si.

    Soudain, les filles de la récré les plus transparentes quelques mois auparavant se trouvent dotées d'un super-pouvoir dont elles sont elles-mêmes surprises. C'est la roulette génétique de la vie qui se joue là. Je comprends assez tôt qu'il va falloir me trouver un autre don de la nature si je veux attirer le regard des garçons, mais franchement, pendant très longtemps je ne vois pas quoi. 

    Pour me faciliter l'existence, je décide que les garçons de mon âge sont TOUS des crétins finis et je brigue du côté des "vieux" de Terminale qui se contentent de me bousculer dans les escaliers du lycée.

    Quand je rencontre Jane B. j'ai abandonné tout espoir de séduire à l'aide d'arguments physiques, et mon acné, mon appareil dentaire et ma coupe-garçonne viennent parfaire le tableau de l'adolescente pathétique aux allures androgynes-anorexiques. Je porte alors deux pantalons superposés pour cacher mon absence de formes et m'épaissir un peu.

    Ma tante Domitilde me reçoit à Lille. Elle a laissé traîner sur la petite table de son salon de vieux magazines "people" avec des photos en noir et blanc que je feuillette en attendant qu'elle apporte le café et les petits gâteaux.  Sur la double page du milieu, je découvre une jeune femme aux jambes arquées et maigrelettes dans un mini-short en jean, tenant au bout de son bras un grand panier en osier rigide. En haut un débardeur blanc à même la peau, sans rien dessous, dont le décolleté descend bas sur l'absence de poitrine. Deux tétons, juste, pointent sous le tissu. C'est Jane B. Elle défie l'objectif de son regard effronté et gamin. Elle a un sourire d'enfant. C'est une adulte, une "vieille" d'au moins 25 ans, mais son corps est celui d'une adolescente.

    Ce n'est pas le corps d'une adolescente, c'est MON corps.

    Et ce corps est dingue. Plat mais pas que, courbes discrètes,  hanches de garçon, cuisses imparfaites totalement désirables. Cette fille est SEXY sans les attributs de la féminité. Ça se peut. Ça existe. Choc profond. Renversement des valeurs. Claque morphologique. J'ai trouvé une sœur anatomique.

    Domitilde me confirme que cette fille existe bien. Si j'avais eu la télévision à la maison durant les dix années précédentes, j'aurais peut-être pu l'apercevoir dans les émissions de Maritie et Carpentier en duo avec Gainsbourg, Sardou ou Carlos... Je l'ai découverte juste à temps, avant la mode des Samantha et Sabrina qui aurait finie de m'achever. Ce jour-là, une partie de moi était secourue.

    Ce jour-là, Jane Birkin m'a sauvée.

  • La matière

    L'un des jours les plus heureux de mon enfance est celui où j'ai pu passer pour la première fois un pain dans le machine à trancher de la boulangerie de mes grands-parents.
    J'ai déposé un bâtard derrière les lames et il est ressorti parfaitement coupé. Je l'ai emballé dans un papier blanc dont j'ai tortillé l'extrémité comme je voyais le faire ma grand-mère, puis, je l'ai tendu, l'air désinvolte, à la cliente qui n'a pas su qu'elle assistait au plus beau de jour de ma vie . C'est normal, j'exultais en silence. La pudeur.
    A l'époque, je crois que j'aurais aimé avoir aussi un grand-père boucher-charcutier pour pouvoir, un jour, passer de la viande rouge dans un hachoir. J'aurais été au comble de l'exaltation, c'est certain.
    Mais mon autre papi était imprimeur. Les lettres, c'était moins excitant que la matière.

  • L'histoire de Pierre

    Quand, Pierre, disquaire de 25 ans, avait rencontré Judith, lycéenne de 17 ans, il lui avait dit assez rapidement qu'il préférait sortir avec des filles de moins de 20 ans, car, à partir de cet âge, elles devenaient mois drôles, plus exigeantes, plus sérieuses, en un mot "plus CHIANTES".

    Ils avaient passé trois insouciantes années à s'amuser, danser, aller au concert et à faire ce que font à peu près tous les amoureux de la terre.

    Quand, Judith, étudiante, atteint l'âge de 20 ans, il la quitta, en toute cohérence, pour une jeune Bénédicte de 18 ans.
    Judith n'avait pourtant pas l'impression d'être devenue beaucoup plus enquiquinante que trois auparavant. Tout au plus, plus affûtée et sensée.

    Bref, le contrat amoureux était rompu.

    Elle apprit, 5 ans après, que Bénédicte avait elle-même été remplacée par Sandrine, puis Sandrine par Valérie.

    Elle n'avait plus suivi l'affaire.

    Quand Judith avait revu Pierre, par hasard, 25 années plus tard, elle lui avait trouvé l'air vieux et fatigué.
    Il était marié à une Audrey et avait une fille de 17 ans.
    Pour laquelle il se faisait beaucoup de souci.

  • Des figues et du pain

    Je fais une dinette du dimanche avec la petite vieille dame du sixième étage. Au marché, j'ai acheté pour elle des figues, du fenouil, du fromage de brebis et des olives au citron. J'ai fait un pain. Elle mange très peu.

    Elle dit : Quand mon mari était là, on était bien.
    Elle dit : Mon médecin me regarde mourir.

    Je me demande combien d'années il me faudra attendre avant que mes voisins ne m'évoquent en parlant de "la petite vieille dame du 3e étage" (ce qui dans le cas de mon mètre 77 serait cocasse).
    Je me demande combien de temps il me faudra attendre avant que mon médecin ne me regarde mourir.

    Elle dit : Mon généraliste m'a donné un sirop pour une toux persistante. Quand je suis allée à l'hôpital, j'avais une pleurésie.
    Elle dit : Mon mari était un homme élégant et délicat. Nous ne nous sommes pas quittés plus de quelques jours durant nos 50 années de vie commune.

    Elle dit : A quoi ça sert tout ça, la vie, maintenant ?

    Je ne sais pas quoi répondre. Je me demande aussi à quoi ça servira, quand, si...
    Je lui ressers une cuillère de salade de fenouil et une figue. Il faut manger, quand même.

     

     

     

     

     

     

    image : http://mpcazaux.free.fr/galerie/displayimage.php?pos=-9

  • Sur leur dos

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    Pendant qu'on suçote nos berlingots de lait concentré et que le mono à la guitare joue de la guitare, Géraldine Tomasi perce les boutons d’acné sur le dos de tous les jolis garçons de la colo. C'est la seule faveur qu'ils lui accordent depuis le début du séjour. Ils sont tous amoureux de Katia Bertin qui, elle, est amoureuse du mono à la guitare. Elle lui demande de rejouer La Bombe humaine. Sonia me glisse à l'oreille qu'elle les a vu s'embrasser après la veillée d'hier soir vers les toilettes des filles. Mais tout le monde dit que c'est une mytho.

  • SALOPETTE

    salopette salopette salopette

    salo-pette salo-pette SALO-PETTE SALO-PETTE

    salo-pette salo-pette

    pette-salo pette-salo

    PETTE SALO PETTE SALO SALO

    PETTE PETTE PETTE

    PETTE SAL/

     

    Mme Bertinot interrompt de façon tout à fait triviale et inopportune ma première performance de poésie sonore en duo avec Patricia Messier sur un banc de l'école maternelle Henri Wallon à l'heure des mamans. Nos camarades de classe commençaient juste à manifester leur adhésion et leur joie.

    Elle nous met toutes les deux au coin parce qu'on dit des choses dégoutantes et ce sera répété aux parents.

    La tête contre le mur, je médite l'idée que la poésie,

    1- c'est pas très propre

    2- ça peut causer des ennuis

     

     

     

     

     

     

    reproduction : Erro, Canal Grande, 1976.

  • une chic fille

    Qu’est devenue cette fille de la fac à qui son petit ami (un grand blond fade, riche, étudiant en Droit qui se constituait un book « pour devenir mannequin à Paris ») offrait régulièrement des soins esthétiques ?

    Pour ses 20 ans, un chèque pour un gonflement des lèvres, pour sa fête, un bon pour une liposuccion, pour sa réussite aux partiels, une augmentation mammaire…

    Elle était sortie un été avec Patrick Bruel qui l’avait baladée quelques jours sur un scooter à Saint-Tropez puis sautée quelques nuits dans une chambre d’hôtel de luxe. Elle s’en souvenait avec nostalgie.

    Son idéal féminin était Vanessa Paradis. Elle en imitait toutes les tenues, les coupes de cheveux, les poses et connaissait ses chansons par cœur. En fait, elle ressemblait à Caroline Cellier, mais je l’avais vexée quand je le lui avais dit. « Elle est vieille ».

    Les filles en Kickers l’avait surnommée « bébé pouffiasse ».

    Une chic fille, quoi qu’il en soit, qui usait les talons de ses escarpins griffés dans les escaliers des amphis de Lettres modernes tandis que nous y trainions nos semelles de Converse.

    Un jour, elle nous a invitées chez son copain. Il m’a engueulée parce que je m’étais assise sur une chaise qui n’était « pas faite pour s’asseoir ».  Toute chose était sa place.

  • pompe à vélo

    Je frappe Nadège Fouache à trois reprises sur le crâne avec ma pompe à vélo car elle vient de traiter mes parents de "sales communistes".
    Le soir, je demande à ma mère si l'on peut mourir après avoir reçu plusieurs coups d'un objet dur sur la tête. Elle me répond que oui, on peut. J'attends lundi matin avec anxiété.

    Nadège est là qui joue à l'élastique avec Annie Crochemor et Sandrine Belin. Elle fait semblant de ne pas me voir quand je passe à côté d'elle.
    Qu'elle crève écartelée en enfer.