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Amour, paix

Aux Puces du Canal, la jeune femme à côté de moi porte un bébé charmant et éveillé dans une écharpe de portage savamment nouée et tient dans la main droite une assiette faisant partie du lot de vaisselle que je viens de découvrir : des assiettes à petit liseré fleuri en faïence blanche et bleue. C’est dommage ce lot séparé d’une de ces parties. J’attends qu’elle repose l’assiette mais elle ne le fait pas et continue sa déambulation dans la boutique. Je me dis qu’elle n’a pas fait attention au fait que je tenais à la main le reste du lot, ce n’est pas grave, je vais lui demander si elle ne veut pas me céder l’assiette, ça la fera sourire, elle me la tendra et trouvera parmi les milliers de faïences exposées un nouvel article à son goût.
Elle répond. Non.
Je pense qu’elle n’a pas bien compris. J’insiste un peu : c’est idiot ce lot non complet, sur la table je serai heureuse de poser six assiettes pour mes invités. Non. Elle veut garder l’assiette. Cette assiette-là : elle l’a choisie avant moi, nous étions au même en droit au même moment, c’est son droit de garder cette assiette. Le ton est péremptoire. Je reste un peu interloquée, je regarde la mère et l’enfant. Je ne parviens pas entrer dans la mécanique cérébrale de cette humaine. Ce n’est pas tant que je tienne à tout prix à cette assiette, peu importe après tout la boutique en est pleine, mais il me parait tellement évident que dans la même situation j’aurais cédé l’article avec plaisir, ou un peu à regret mais sans hésitation, que je ne comprends pas ce qui est en train de se jouer là. Je ne vois plus qu’un bébé souriant dans les bras d’une femme rigide et froide qui porte pourtant tous les attributs de l’humaine ouverte sur le monde : bijoux, vêtements, sac, écharpe-bébé chamarrée semblent dire « je suis paix, je suis amour ».
Je finis par choisir une sixième assiette dépareillée. Chaque fois que je la pose sur la table, je me demande ce que devient l’enfant.

Commentaires

  • Ça me touche beaucoup cette façon de capter la réalité, de la penser à travers ces menus faits. Chaque fois que je vous lis, je suis saisi par la densité de vos textes.

  • Je vous remercie de vos commentaires fidèles.

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