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Elles

  • Stéphanie Durdilly et moi

    Je ne sais pas si nous sommes de grandes filles
    mais nous sommes des filles grandes
    ce qui est pratique
    surtout dans les fosses de concerts de rock
    Cela dit, je ne sais pas si Stéphanie Durdilly
    Va aux concerts de rock,
    je ne connais pas ses goûts musicaux.
    En revanche,
    Je parierais
    qu’elle a déjà entendu ces paroles
    au supermarché de son quartier
    (car les filles grandes ont besoin de se nourrir autant que les autres) :
    - Vous pouvez m’attraper le paquet, là, tout en haut ?
    Non, pas celui-ci, le rouge à côté, avec l’étiquette verte.
    Merci, vous êtes bien gentille.
    Quand on est grande, on devient précocement altruiste
    malgré nous.
    (Pas de quoi se vanter)
    A part ça,
    de ce que j’en sais,
    Stéphanie Durdilly n’aime pas les chouquettes
    parce que ça n’a pas de goût
    et que c’est une pâtisserie à base de vide.
    On ne peut pas dire le contraire.
    Cependant, en y réfléchissant,
    j’aime assez l’idée de croquer
    dans le vide.
    Peut-être que je pourrai lui montrer, un jour
    Comment mâcher consciencieusement le néant
    Jusqu’à ce qu’il n’en reste rien.
    Et elle,
    en retour,
    m’apprendrait à me mettre
    de temps en temps
    EN VEILLE.
    Si on arrive à maîtriser ça :
    l’ingestion joyeuse du vide
    en même temps
    qu'une absence raisonnée et ponctuelle au monde,
    on pourra faire de grandes choses,
    Stéphanie Durdilly et moi.

     

     

     

     

    Photo : Alice Houdaer à l'Atelier des Canulars.

  • Anne de Boissy (et le parapluie)

    Il y a, entre Anne de Boissy et moi, un parapluie au motif écossais vert et bleu.

    Un humble parapluie acheté à Super U.

    Je l'ai oublié, un jour, et c'est Anne qui l'a récupéré.

    Elle l'a adopté en quelque sorte.

    J'aime à m'imaginer qu'elle en prend soin, et, qu'en retour, il la protège en temps de crachin et de giboulées.

    Est-il accroché à une patère ? Est-il suspendu à un cintre dans une penderie ? Attend-il dans l'entrée, à côté d'autres parapluies plus élégants qui se demandent ce que cette petite chose mal fichue et fragile fait là ? A coup sûr, le moindre coup de vent un peu violent le ferait se retourner, il n'a pas l'air bien résistant. 

    Mais Anne veille, je le sais. Le savoir chez elle me réconforte.

    Nous avons eu l'opportunité à deux ou trois reprises de procéder à la restitution. Mais ça ne s'est pas fait.

    Il était au théâtre, puis chez elle. Ce n'était pas le bon moment, c'est tout.

    Je crois aux moments justes.

    A présent, il est comme un fil invisible mais tenace entre nous.

    Comme la promesse d'une chose à venir.

     

  • Estelle Dumortier et moi.

    Estelle Dumortier et moi,
    on a fait les folles, hier :
    On a bu du Coca-Cola.


    Pas du Coca light.
    Pas du Coca Zéro.
    Non.
    Du 100% sucré,
    du 100% caféiné.


    L'une de nous a même dit :

    Rhaaaa... je devrais faire cela plus souvent.

    L'autre a acquiescé.

    Voilà ce qu'on fait,
    en catimini,
    Estelle Dumortier et moi,
    quand nos hommes sont
    en déplacement, quelques jours.

    Ce texte est-il racheté par une pointe de culpabilité ?
    Ce n'est même pas sûr.

     

     

    image : poster de Kareem Gouda

  • Petite poème pour une sirène

    Je connais une sirène tatouée

    très belle

    avec de longs cheveux

    elle descend dans des abysses que nul ne connaît

    elle y côtoie les poissons-lanternes

    qui effraient tout le monde

    sauf elle

    elle les caresse du bout des doigts

    ils se frottent à elle comme des poissons-chats

    vous les dites laids elle les dit rois

    c'est la reine des sirènes

    tout l'océan vous le dira

     

    Mais elle sait aussi les clairières et les bois

    les bidonvilles et les cités

    la sirène y console les vivants

    y apaise les morts

    un jour la camarde même

    pourtant peu encline aux cérémonies

    lui fit révérence

     

    Par quel mystère sur terre continue-t-elle à nager ?

     

    Le secret se trouve quelque part dans le ressac

    la magie blanche

    et le noir clair de la matière.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Photographie Laurence Loutre-Barbier

     

  • Fabienne Swiatly

    Fabienne,

    Je dois te dire quelque chose.

    J'ai un chat, tu ne le connais pas encore, qui s'appelle Buster Keaton. Mais c'est trop long, alors on dit Buster.

    Ce chat n'a pas très bonne réputation dans le quartier. Il ne tolère que les gens de son clan. Et, il choisit de manière très péremptoire qui a le droit d'entrer dans sa maison et qui doit rester sur le paillasson. Je ne sais pas s'il a une technique particulière mais le résultat est sans appel : il t'aime ou il ne t'aime pas. D'emblée. Et ça ne bouge plus. J'avoue que cela m'a mise dans des situations un peu difficiles, parfois, vis-à-vis de gens que, moi, j'aime beaucoup.

    Mais, en même temps, je ne peux pas vraiment le blâmer car je suis un peu comme lui. Qui a déteint sur qui, en 10 ans de vie commune ?

    Toi, Fabienne, je t'ai aimée tout de suite, hier. C'est comme ça.

    Je te présenterai bientôt Buster. Moi, je l'aime bien ce fichu chat.