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Car parmi tous les souvenirs - Page 4

  • Le goût des larmes dans les raviolis.

    8 ans. Ma mère me demande ce que je faisais enfermée dans ma chambre tout à l'heure avec Patricia Mésanger la petite voisine d'à côté, pourquoi je ne voulais pas ouvrir. Depuis dix minutes, je baisse la tête sur mes raviolis que je ne parviens pas à avaler. Ils sont froids à présent. Je ne veux pas dire à ma mère qu'on s'amusait à faire l'amour dans mon lit superposé, sur la couchette du haut. On mimait ce que l'on pense être l'acte sexuel, on jouait à l'homme et à la femme. Ça nous amusait et nous excitait en même temps. Je ne veux pas le dire car j'ai honte sans savoir exactement de quoi je dois avoir honte. Je fixe à présent la citrouille éventrée sur l'affiche punaisée au-dessus de la table de la cuisine, une reproduction de nature morte. Je fixe les pépins et la chair orange. Mon regard va de la citrouille aux raviolis. Je ne veux pas croiser le regard de ma mère.

    Elle insiste.

    Je finis par dire que c'est Patricia qui voulait jouer à faire l'amour.

    Ma mère me dit que c'est mal, qu'il ne faut plus recommencer.

    Le lendemain, sur le chemin de l'école je dis à Patricia qu'elle ne doit plus me demander de faire cela que c'est mal et que je ne le referai plus jamais. Elle me répond très justement que c'était mon idée.

     

  • coule une rivière

    Moi, ma fille, je lui mettrai de gros tampons si elle bouge. T'as qu'à voir déjà avec mes neveux et nièces à la gare, hier, de GROS tampons ! Personne se penchera sur sa poussette, hein. J'suis un gitan. Ce sera la fille d'un gitan. Et voilà pour les gens qu'aiment pas les gitans! VLAN ! Une petite gitane sur terre. Et j'espère un petit gitan, après. Et même six. Je fais pas des enfants pour moi, hein. C'est pour mon père qui est mort. Mon fils, je lui expliquerai comment on fait des bébés s'il me demande (geste corporel imitant un coït rudimentaire). Mais si c'est une fille, hein, non. Je lui expliquerai pas. J'lui dirai autrement... (pensif)

    Elle aura toutes les marques. Je lui achèterai TOUTES les marques. Oh, j'te jure, tu m'connais. Ses premières lunettes de soleil ce sera 300 boules. Pas moins de 300 boules.

    - C'est trop cher pour une petite fille.

    Oh ! C'est MA fille, hein ! Tu m'connais ! QUE des marques, elle aura. Et un maillot parisien. Dès la naissance. Je suis Parisien, moi. Ma fille, elle sera Parisienne aussi. Même si elle vit en Ardèche.

    - Mais, tu vas pas lui acheter un maillot de foot, c'est une fille.

    C'est pas une fille, c'est MA fille.

  • Mer agitée

    "La météo marine sur France Inter, c’est un petit bulletin d’information écrit dans la langue énigmatique des marins, qui mine de rien, est entré dans l’imaginaire d’un grand nombre de personnes" (France Culture, A l'écoute de la météo marine).

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  • I don't need money, I don't need a car...


     

    Et, à 11 ans, je fredonne :

    - Mon dieu, j'peux même pas jouir.

    - Tant pis pour toi, il faut dormir.

  • Alliance

    L'été 1986, en Auvergne, vers Brioude, au camping de la Villette,  je me suis baignée dans l'Allier avec ma soeur, mon père et ma mère comme de nombreux étés. 

    J'ai nagé dans l'eau fraîche un moment, puis je suis revenue sur la rive. Je me suis alors rendu compte que j'avais perdu l'alliance de ma mère, qui était à mon annulaire droit. Un gros anneau d'argent qu'elle m'avait prêtée (comme elle me prêta, plus tard, une bague de fiançailles à pierre mauve que je perdis de nouveau).

    Je n'osais pas avouer tout de suite cette perte à mes parents.  Je tentais, dans un premier temps de retourner à l'eau seule pour fouiller le fond vaseux et pierreux , mais la quête me parut rapidement absurde et vaine.

    Mon père était furieux, d'abord contre ma mère qui m'avait confié l'anneau de mariage, puis contre moi et ma négligence fautive.

    Nous l'avons cherché, un temps, à quatre, nous avons soulevé les pierres, parcouru plusieurs fois le court chemin qui liait notre emplacement à la rivière, ce fut inutile.

    La rivière m'avait volé ma bague.

    Dans la famille, les alliances des femmes sont avalées par les herbes et les eaux.

     

     

  • Les papillons de ma jeunesse

     


     

    Yeux bleus qui pleurent quand on te photographie. Petite fille tu te serres contre moi et je te dis Tu es grande maintenant tu dois apprendre à te débrouiller toute seule En colonie de vacances tu pleures pendant la boum parce que ta jupe en papier crépon s’est déchirée et que tu ne veux pas danser la chorégraphie apprise sur l'air d'Alexandrie Alexandra Ta petite voix tu as 6 ans sur la bande magnétique audio quand on enregistre des histoires avec les musiques d’Ennio Morricone et qu’on invente de fausses interviews On se moque de Miss France en la parodiant On fait la musique du générique avec des sons de bouche on éclate de rire avant la fin On reçoit des talkies-walkies à noël et on se parle d’un bout à l’autre de la maison mais ça ne marche pas bien Je te dis un jour dans la voiture que le verre de vin et la carotte qu’on laisse sous le sapin le jour de noël et que l’on retrouve bu et grignotée au retour sont une supercherie des parents pour nous faire croire au père noël ça te fait pleurer Je regrette aussitôt mes mots Un jour tu as 4 ans tu pars toute seule alors que je suis censé veiller sur toi dans le quartier du Mont-Gaillard Je  tremble de peur à l’idée qu’il te soit arrivé quelque chose qu’on ne te retrouve pas On te cherche partout et une dame te tenant par la main finit par te ramener à nous Tu expliques que tu voulais aller à Auchan Un autre jour M. Navarro le directeur de l’école te dit d’arrêter de le dévisager tu ne comprends pas ce que ça signifie dévisager tu continues de le regarder dans les yeux et il te traite d’insolente.

  • Le fil dans le chas d'une aiguille

     

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    Quand j’étais enfant,
     
    je m’allongeais sur mon lit et je chantais Non rien de rien non je ne regrette rien,
    je lisais La Potion magique de Georges Bouillon,
    je cuisinais des Cracraboguettes,
    j’avais une bonne note en français, j’avais une mauvaise note en maths,
    je pleurais parce que mon ami François avait voulu m’embrasser de force sur la bouche en me tenant les deux bras au sol,
    puis j’étais surprise quand il jetait dans mon jardin un savon en forme de cœur pour se faire pardonner,
    j’écrivais l’histoire d’un petit garçon qui faisait une fugue avec son chien,
    mon poisson rouge s’appelait Alphonse et il aimait le son du saxophone,
    mon chat s’appelait Charlie, puis Isidore puis Bacchus,
    je trouvais que mon père ressemblait au cow-boy des village People,
    je jouais dans les Hautes herbes avec Marilyn Fouache,
    j’aimais quand ma mère organisait une chasse aux trésors et que l’on devait trouver, avec ma sœur, un objet insolite dans la nature.

    J’essayais, patiemment, de glisser un fil dans le chas d’une aiguille.
     
     
  • Quand j'étais petit, je n'étais pas grand

    Chanson :

    Quand j'étais petit, je n'étais pas grand

    Je montrais mon cul à tous les passants

    Maman me disait Veux-tu le cacher !

    Moi, je lui disais Veux-tu l'embrasser !

    Nous la chantions souvent, mon cousin Laurent et moi,

    et ça nous faisait sacrément rire.

    Puis, un jour, il ne pouvait plus la chanter

    car il n'existait plus.

    Alors, je la chantais toute seule.

    Mais, c'était moins drôle.