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La Mare Rouge - Page 3

  • alter ego

    Ses coups de cœur pour les personnes étaient tout aussi fulgurants que ses désaffections. Elle s’emballait, s’énamourait, s’excitait, se passionnait, mais sitôt qu’elle s’apercevait que l’autre n’était pas en tout point semblable à elle, qu’il ou elle avait des aspirations différentes, des pensées divergentes, des préférences éloignées des siennes - c’est-à-dire, à chaque fois - elle se sentait violemment trahie. Elle rompait alors avec rage et éclats accusant cet autre de n’être qu’un falsificateur alors même qu’elle s’était enflammée sans laisser l’opportunité à la nouvelle capture de se dévoiler un peu pour éviter tout malentendu.

    Prise dans ses propres rets, elle pestait alors contre ce monde médiocre peuplé d’êtres qui avaient l’extrême mauvais goût de n’être pas harmonisés à ses lois et principes et repartait sans délai à la recherche d’un nouvel alter ego à la hauteur de son idéal.

     

     

     

     

    Illustration : Corinne de Battista

  • Libre mes fesses

    Libre de rien

    de rien

    de rien du tout

    libre

    mes fesses

    libre de rien

    je me vautre

    dans un monde

    fabriqué à ma guise

    pour me complaire

    sans risque

    sans danger

    mon

    ma

    mes

    juste unie à qui je veux

    mais sinon

    séparée

    séparée

    du reste

    je crois

    séparée de l'autre gourde

    de l'autre con

    séparée je crois

    comme si c'était possible

    comme si j'avais pigé quelque chose

    à quoi que ce soit

    comme s'il suffisait d'acquiescer

    comme s'il suffisait de lire

    comme s'il suffisait de punaiser des images

    libre de que dalle

    bonne à rien

    tu peux rire

    je m'attaque aux barreaux de fer

    avec une lime à ongles

    je creuse le tunnel

    avec une petite cuillère en plastique

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Moussa et Valentine

    Moussa avait croisé Valentine sur les réseaux sociaux quelques jours avant le début du confinement. Le premier rendez-vous qu'ils s'étaient fixé avait été contrarié par les règles de distanciation sociale et les gestes barrières. Alors, tous les soirs à 21 h, Moussa quittait le pavillon d'un cossu quartier résidentiel avec son luth pour jouer la sérénade sous les fenêtres de Valentine qui envoyait des baisers à son galant du haut du 3e étage de son H.L.M. de banlieue.

    Au fil des jours, c'était devenu un feuilleton attendu par tous les habitants de la barre C. Un soir que quatre agents de la police municipale vinrent interrompre l'aubade pour demander son attestation de déplacement dérogatoire à Moussa - certainement convoqués par quelque locataire jaloux de la barre B - ils repartirent sous les huées et les ordures ménagères des résidents farouchement défenseurs de ce spectacle quotidien de l'amour courtois sous leurs persiennes.

    A la fin du confinement, les habitants du quartier organisèrent un grand bal dans la salle polyvalente de la M.J.C pour célébrer le premier rendez-vous physique des amoureux. Moussa et Valentine, intimidés, attendirent d'être à l'abri des regards pour échanger leur premier baiser, sans masque, sans gel hydroalcoolique, sans attestation, sans contrôle policier. Puis, ils dansèrent jusqu'au petit matin avec leurs joyeux complices avant de se retirer pour aller enfin à la véritable rencontre l'un de l'autre, sans spectateurs ni témoins.

  • mugs et t-shirts

    J’adore la chanson Le Chiffon rouge, non vraiment, j’adore. Je la connais par cœur et je la chante encore avec autant d’enthousiasme qu’il y a 43 ans. Parce que ça me projette dans le joyeux monde du milieu des années 70 dans lequel je me voyais entourée d’adultes passionnées et chaleureux. J’ai même encore beaucoup de tendresse pour les paroles gentiment utopistes de Maurice Vidalin.

     

    Mais si les chansons post 68 me font encore vibrer, c’est au même titre que la vision d’une vieille 2 CV verte croisée au hasard des rues. Mes poils se dressent d’émotion et puis je passe mon chemin pour revenir au monde d’aujourd’hui. Hop, à pieds joints dans la réalité de 2020 qui se gondole bien à l’écoute des chansons du Big bazar et du Flower Power.

     

    Non, mais entendez-moi bien : moi aussi j’aime la paix, l’amour et les fleurs, moi aussi je voudrais encore chanter : Ne crains plus rien, le jour se lève, il fera bon vivre demain, avec tout le sérieux de mes 7 ans. Ce n’est pas la question. Mais ce n’est plus possible. Pas comme ça.

    Dès l'instant où des mugs et des t-shirts à l'effigie de Che Guevara ont été mis en vente dans les vitrines des centres commerciaux, on aurait dû flairer l'entourloupe et balancer des grenades. A la place, on a porté les t-shirts et on a bu notre café dans les mugs.

     

    Je suis sortie de l’adolescence (un peu tard), j’ai étreint une dernière fois mon idéalisme hanté d’idoles mortes avant de le regarder s’éloigner sans regret.

     

    Et je me dis, aujourd'hui, qu'il n’est peut-être pas trop tard pour inventer la nouvelle la B.O. de nos manifs.

  • Jambon et 4 L

    J’ai toujours connu Maurice Crampon dans sa salopette en jean, la même que celle de Coluche ; il était costaud, râblé, menuisier et communiste et quand il nous gardait après l’école, c’est devant la charcuterie qu’il garait la voiture à l’heure du goûter. Bougez pas les filles, je reviens ! Stéphanie et moi mangions les tranches de jambon géantes avec les doigts à même le papier gras enfoncées dans les coussins arrière de la 4 L.

    Maurice sur la route qui nous conduisait à la Mare Rouge chantait à tue-tête des chants révolutionnaires, Gitane sans filtre au bec, toutes fenêtres ouvertes. Son grand jeu pour nous faire rire était de tourner rapidement le volant de gauche à droite pour faire des secousses qui nous envoyaient valdinguer d’un bout à l’autre des sièges parce qu’on n’avait pas de ceinture de sécurité. On essuyait nos mains grasses sur nos vêtements et sur le tissu de la banquette en braillant le refrain du Chiffon rouge, la fumée de cigarette finissait par former un épais brouillard dans l’habitacle et, souvent, à l’arrivée, je vomissais juste avant de m'élancer vers le plus grand toboggan du monde.

     

     

  • ta fiction

    Il est comment ce monde que tu t’es créé dans le monde ?

     

    Elle ressemble à quoi ta fiction à toi,

     

    celle sur laquelle tu as tout pouvoir 

     

    celle que tu peux écrire à ta guise ?

     

    Les pensées que tu fabriques quotidiennement t’aident-elles à vivre

     

    ou te clouent-elles sur place ?

     

    Les laisses-tu tourner dans ta tête nuit et jour

     

    comme des hamsters dans leurs roues ?

     

    Cette usine à hamsters tourne-t-elle à vide 24h/24 

     

    pour te dire que tu aurais pu mieux agir,

     

    mieux dire,

     

    mieux aimer ?

     

    Ou trouves-tu des réponses pour agir,

     

    dire,

     

    aimer mieux ?

     

    As-tu choisi les bons personnages ?

     

    Laisses-tu entrer le diable et ses comparses dans ta fiction ?

     

    Les laisses-tu te raconter que tu as tort, que tu es coupable,

     

    que tu dois payer pour ce que tu as fait

     

    ou ce que tu n’as pas fait ?

     

    Les laisses-tu saloper ton salon,

     

    souiller tes murs,

     

    vomir dans ton lit 

     

    te cracher à la face

     

    et repartir hilares au petit matin

     

    en disant : A demain !

     

    Merci pour l’accueil !

     

    Non, bien sûr :

     

    Qui voudrait se fabriquer une telle fiction ?  

     

    Cela n’aurait aucun sens.

  • Replay

    Ma fille me lâche la main

     

    Regarde maman les oiseaux de mai

     

    comme ils sont joyeux et replets !

     

    Une petite fille de trois ans ne dit pas « replet »

     

    mais c’est ma fille

     

    pourquoi s’interdirait-elle des mots 

     

    en ce jour de printemps 

     

    à quelques pas de mes cinquante ans ?

     

    Ce chiffre n’existe pas, 

     

    pas plus que n’existe celle

     

    à qui je tiens pourtant la main

     

    pour aller rejoindre son papa

     

    qui lui existe bien

     

    puisqu’il m’a fait un enfant

     

    une petite fille de trois ans

     

    qui dit « replet »

     

    et qui bat des mains

     

    en regardant s’envoler

     

    les oiseaux du printemps.

     

     

     

     

     

    Illustration : la petite fille et l'ours en peluche, Doisneau.

  • Suzie

    - Oui, Fany ?

     

    - Alors, moi, je propose de couper les organes génitaux des hommes qui me regardent dans la rue et qui me sifflent comme si j’étais une chienne.

     

    - Suzie ? Tu veux t’exprimer ?

     

    - Ce que je voudrais aussi, moi, c’est couper les organes génitaux des hommes qui ne me regardent pas dans la rue, ni ailleurs, parce qu’ils me trouvent moche. Depuis l’enfance. Pas un regard, pas un sourire, pas un compliment. C’est discriminant. Ils doivent payer.

     

    - Oui, mais là, Suzie, tu cautionnes le male gaze. Nous ce qu’on veut, c’est justement ne pas être regardées comme des objets sexuels.

     

    - Ah ?

     

    - Oui, Suzie. Tout le monde est d’accord ? Tout le monde a bien compris ce qu’on fait là ?

     

    - Oui, mais, alors, en quoi je suis concernée, moi ? J’ai jamais été regardée, ni draguée, ni harcelée en 30 ans.

     

    - Suzie, tu dois faire preuve de sororité.  Ne sois pas crispée sur ta petite personne, notre lutte n’avancera que si on est solidaires.

     

    - Ben, on est solidaires, non ? On a toutes envie de les émasculer.

     

    - Oui, Suzie, si tu veux, mais nous sommes là pour dénoncer le male gaze et la société patriarcale. Je recentre le débat. Si tu n’es pas regardée, c’est parce que les codes ancestraux régis par le male gaze consistent à limiter la femme à son apparence physique et que ce sont eux qui décident de ce qu’est un corps attirant ou pas. Dans un monde idéal, les hommes et les femmes se regarderaient avec neutralité. Personne ne serait plus « la bonne » ou « la moche ».

     

    - N’empêche… moi, je préfère aussi les beaux garçons aux moches.

     

    - Hein ?

     

    - Je dis que je préfère regarder les hommes beaux. Mais, ils s’en foutent de moi, ils regardent Fany. Ce qui est nul, vu que Fany ne veut pas être regardée, elle. Moi, juste un petit regard de rien du tout de temps en temps, ça m’irait. Je demande pas grand-chose.

     

    - Suzie, qu’est-ce que tu fais parmi nous ?

     

    - Je l’ai déjà dit. Je veux couper des organes génitaux masculins. Et dites ! Est-ce que c’est chez vous qu’on montre ses seins dans les manifs ?

     

    - Non, c’est chez les Femen…

     

    - Ah… Ah, bon, dommage… parce que y a que ça de joli chez moi, les seins…

     

     

     

     

  • Gageure

    Les personnes qui m’apprennent le plus à vivre sont de moins en moins celles qui me servent des discours oraux ou écrits mais celles dont la vie elle-même, dont les actes, la relation aux autres et au monde parlent pour elles.

     

    Me lier d’amitié dans mon enfance avec une auteure de littérature de jeunesse comme Nicole Vidal qui, à 54 ans, parcourait le monde à moto seule, s’intéressait aux autres au point de leur consacrer du temps et des livres, vivait de son écriture et de petits boulots, m’a certainement beaucoup plus marqué dans ma construction que tous les discours édifiants entendus avant et après sur le féminisme, par exemple. Elle n’a pas cherché à me convertir par la parole ; ses choix de vie étaient suffisamment éloquents pour m’interpeller. Pas de pancarte, pas de slogans. Pas de tricherie.

     

    Les harangues, les argumentaires et autres prédications ne me convaincront jamais autant, quelle que soit leur pertinence, que l’observation d’une vie : cet homme, cette femme travaille au quotidien pour tendre à une certaine liberté intérieure qui fait de lui, d’elle, un être non pas parfait mais cohérent. Là me semble la justesse, aujourd’hui – moi qui ai longtemps été bluffée par la puissance stylistique ou rhétorique - mettre les mots au défi des actes.

     

    Et, bien sûr, en conséquence, mettre mes propres mots à l'épreuve de mes propres actes, tant que faire se peut. L'ultime gageure.

  • Pourquoi j'écris des histoires

    A 11 ans, j’ai remporté le 1er prix d’un concours organisé par les Editions de l’Amitié et on m'a demandé de choisir entre 50 livres de littérature jeunesse ou une journée avec un écrivain à Paris - un écrivain valait donc 50 livres ? - j'ai choisi sans hésiter de rencontrer l’auteur. A Paris ou ailleurs.

     

    Nicole Vidal m’a baladée pendant 8 heures sur son scooter à travers la ville. On a mangé des glaces et des crêpes, on a discuté toute la journée comme de vieilles copines qui ne se seraient pas revues depuis longtemps. Elle m’a raconté ses voyages en Amérique du Sud, ses tours du monde à moto, son enfance en Indochine, ses petits boulots. Devant la cage des éléphants du zoo de Vincennes, je lui ai raconté les histoires que je gribouillais sur le bureau de ma chambre et elle m’a demandé de choisir le titre du roman qu’elle était en train d’écrire après m’en avoir fait un résumé.

     

    J’ai réfléchi, puis j’ai dit : La Nuit des Iroquois.

     

    Je l’ai reçu un an plus tard dans ma boite aux lettres, il m’était dédié. Un mot à l’encre bleu ciel était ajouté sur la première page : « A Judith (Juju pour les amis) avec l’espoir que ce livre la décidera à écrire les jolies histoires qu’elle m’a racontées. Affectueusement, Nicole Vidal ». Le sort était jeté.

     

    Nous ne sommes jamais revues mais nous avons correspondu pendant vingt ans, puis elle est morte. Je ne l'ai su que parce que les lettres se sont arrêtées un jour.

     

    Chaque mot jeté sur une feuille depuis cette rencontre est en partie dédié à ma fée baroudeuse.

     

     

     

     

     

  • Coton et dentelles

    Joe avait longtemps hésité entre une carrière de bassiste ou de poète ; chacune d'elles avait ses fans. Les groupies du bassiste étaient sans doute plus ostensiblement déchaînées et hurlantes mais les celles du poète sous des dehors plus sages étaient tout aussi ferventes et dévouées - il l'avait observé sur les réseaux sociaux.

    Finalement, il avait choisi la poésie et ne l'avait jamais regretté. L'honorable collection de petites culottes en coton, soie, dentelles et skaï qui ornait les murs de sa chambre depuis dix ans inspirait le plus grand respect à son ami Ben qui avait fait le choix de la musique. Il n'aurait jamais imaginé que le vers français ouvrait l'accès à une telle variété de lingerie fine.

  • Le tigre et la vie

    Je ne sais pas courir.

     

    Faux.

     

    Si un tigre me coursait, là maintenant, mes jambes exécuteraient le mouvement de la course sans attendre mon avis, sans me laisser le temps de penser, de tergiverser sur mon aptitude à. Elles ne s’occuperaient pas de mes états mentaux, de mon auto-dénigrement, de mes idées parasites sur moi et le monde. Je courrais, bon an mal an, mais je courrais. Et je serais peut-être surprise de ma capacité à le faire efficacement.

     

    Si je ne cours pas, ce n’est pas parce que je ne sais pas le faire. Si je ne cours pas, c’est parce ma vie n’est pas en jeu.

     

    Que je crois.

  • coche

    je ne suis pas un robot

     

    doigt au-dessus de la touche

     

    café

    céréales

    toujours les mêmes

    écran

    réseaux

    emportements

    réactions

    toujours les mêmes

    tapote

    tapote

    café

    télétravail

    tapote

    tapote

    apnée

    attestation de sortie

    tour de quartier

    périmètre de sécurité

    distanciation sociale

    courses

    marques bio

    marque U

    nescafé

    citrons non traités

    crème de marron

    levure boulangère instantanée

    toujours la même

    retour confiné

    café

    musiques

    toujours les mêmes

    émissions de radio

    toujours les mêmes

    engagements, luttes

    toujours les mêmes

     

    coche

    ma fille

    coche

     

    I'm not a robot

     

  • La blonde et le chat

    La femme blonde et sophistiquée dans la publicité pour une marque d’alimentation de luxe pour félins feuillette un album photos qu’elle commente en caressant un chat racé sur ses genoux :

    « Tu vois, là, c’est le jour où tu as été stérilisé, mon chéri ».  

    Le chat ronronne, on ne l’entend pas, mais certainement qu’il ronronne. Gros plan sur la tête levée vers sa maitresse, yeux mi-clos, air paisible et satisfait.

    Pas d’homme dans le cadre. Pas d’homme dans la maison de la blonde en tailleur. C’est sans doute mieux pour tout le monde.

  • Les vases communicants

    Ce que Natacha appréciait depuis le début du confinement, sans oser l'avouer à ses proches et à ses amis qui, eux, passaient leur temps à pester, c'est qu'à présent elle savait où trouver Jim à toutes les heures du jour et de la nuit. Lui qui avait le virus de la fuite dans le sang, qui fuguait régulièrement pour rejoindre ses camarades de foire et ses grisettes de tout poil était aujourd'hui assigné à résidence. Certes, il faisait peine à voir et devenait de jour en jour de plus en plus terne et atone - sa peau même avait pris un teint délavé - mais elle l'avait enfin rien que pour elle. Il sortait bien une fois par jour dans la limite du temps imposée mais les bistrots, les estaminets, les boites de nuit et autres lieux de débauche étant fermés, il revenait de sa promenade la queue basse et toujours avant 22 h. Elle lui préparait alors des petits plats et s'activait autour de lui aussi vive et guillerette qu'il demeurait inexpressif et inerte. Elle comptait bien jouir de son petit reste avant le retour à une vie ordinaire. Lors, lui reprendrait des couleurs tandis qu'elle s'étiolerait de nouveau dans l'attente.

     

     

     

     

     

     

    Illustration : Les vases communicants, Diego Rivera, 1938.

  • Excès de zèle

    La période de confinement de l’année 2020 avait connu une recrudescence spectaculaire des dénonciations entre voisins. Les autorités françaises avaient l’habitude des appels de délation qui s’apparentaient depuis longtemps à un sport national, mais cette période de crise avait vu exploser les standards téléphoniques des gendarmeries et des commissariats. Les appels anonymes dénonçaient tout et n’importe quoi, les enfants en train de jouer au foot à trois à l’entrée du lotissement, les deux amis qui se donnaient rendez-vous pour une balade quotidienne autour du pâté de maisons, le voisin qui sortait son chien plus de deux fois dans la journée, la maman célibataire qui faisait prendre l’air à son enfant de quatre ans, la vieille dame de la 3e allée qui sortait sans masque « et qui se mettait donc en danger »… La saturation des lignes empêchait la prise en charge d’actes graves si bien que la police, après avoir lancé des appels au mouchardage civique, se plaignait à présent de l’excès de zèle de la population.

     

    Heureusement, des milices qui s’étaient formées dès le début du confinement et tournaient dans les ilots urbains dans le but de décourager les délinquants du confinement à coups de batte de baseball avaient pris le relai des agents de l’ordre pour les délester d’une part de leur mission. Ces groupuscules improvisés furent rapidement rejoints par certains membres des familles en deuil qui ne supportaient pas de voir avec quelle inconséquence les gens encore en bonne santé se permettaient de continuer de se déplacer, de sourire, de rire même, comme si de rien n’était. Il fallait les remettre à leur place, ces frivoles insouciants. Pour l’exemple, les membres de cette troupe armée choisissaient chaque soir un homme ou une femme au hasard – un hasard souvent guidé, cependant, par des critères partiaux prenant appui sur de vieux contentieux entre voisins ou sur une couleur de peau envisagée comme potentiellement à risque pour l’ensemble de la communauté – qu’ils lapidaient en place publique après les applaudissements de 20 h. C’était devenu, au bout de trois mois, le deuxième rendez-vous quotidien de nombreux français responsables et civiques qui érigeaient en valeur première la protection de leur beau pays confiné.

  • Foirage heureux


     
     
    Saoulée par toutes ces injonctions à faire de son confinement une réussite mentale, physique et culturelle, elle mit un point d'honneur à foirer complétement le sien.
     
    Elle estimait, en effet, qu'un total foirage assumé aurait toujours plus de gueule qu'un semi-succès laborieux.

  • Malheur solidaire

    A la sortie du confinement, qui avait duré trois mois, elle replongea comme tout le monde dans la grande excitation générale. La situation économique du pays était dans un état déplorable, l’Etat comptait bien entendu sur l’esprit de solidarité des citoyens pour remplumer ses caisses. L’avenir s’annonçait difficile pour l’ensemble de la population et bien pire pour certains. Il allait falloir se retrousser les manches. L’Autre Monde annoncé par les utopistes du web ne semblait pas près de s'épanouir.

    C’est à ce moment qu’elle se demanda, si elle n’aurait pas dû mettre à profit ces quelques 90 jours autrement qu’en se rongeant les sangs pour son télétravail et en maugréant contre les contingences. 90 jours, c’est long, c’est court. Bien assez, quoi qu’il en soit, pour faire autrement, essayer des trucs, prendre du temps pour soi, repenser le sens, regarder de nouveau les occupants de son espace domestique… Puis, elle chassa ces regrets en se disant qu’elle aurait été bien égoïste alors de penser à elle alors que des gens mouraient tous les jours dehors, que d’autres vivaient à 10 dans 20 m2, que d’autres encore n’avaient pas de quoi manger. C’était la moindre des choses que de participer au malheur général et même d’en prendre une part active. Oui, elle avait eu raison de subir la situation - ça n’avait servi à rien, mais ça la rendait solidaire de la détresse universelle. Et sa conscience n’était pas maculée du sceau de l’égotisme. Quel soulagement. Le malheur pour tous, voilà qui était vrai un concept démocratique et égalitaire.

  • Descendance

     Depuis le début du confinement, les sons du dehors parviennent à moi plus clairs, plus précis, comme issus d’un casque d’ornithologie. Parce que la ville s’est tue soudainement et que le bruit de fond, auquel on ne prête pas attention en temps normal, n’existe plus - il a laissé place à un silence de mois d’août en avril - je distingue très nettement le chant des grenouilles de la mare de l’Inspé, celui des oiseaux de la cour intérieure, le chuintement des stores qui roulent sur la peau des immeubles, les voix de mes voisins, les pleurs des bébés, les rires des enfants, les disputes conjugales et, depuis peu, les râles d’amour de plus en plus fréquents : en temps de crise majeure les hommes se sentent menacés dans leur survie et ont tendance à multiplier leurs relations sexuelles pour s’assurer une descendance, annonce le dernier Elle magazine.

  • engagé

    N’ayant jamais pris le temps de sonder son être, d’explorer les facettes de sa personnalité, de déceler ses propres mensonges intérieurs, ne s’étant jamais posé de questions sur lui-même et ne sachant pas même pas ce qui était bon pour lui et ses proches, il prétendait pourtant savoir ce qui était bon pour les autres êtres humains, pour la cité, pour l’humanité toute entière et était engagé depuis vingt ans dans une carrière politique dont le relatif succès régional suffisait à satisfaire son ego.

  • Lit Big Size

    La vie est parfois aussi vaste et confortable qu’un lit BIG SIZE. On peut y étendre les jambes et les bras en toute amplitude. Se tourner, se retourner, se mouvoir d’un espace à un autre sans rencontrer aucun obstacle et sans gêner aucun corps.

    Cette vie sans entrave, sans résistance et sans heurts est alors assimilée à un état de félicité qui contient pourtant en lui-même son propre achèvement si l’on n'y prend garde. Il arrive souvent, en effet, par manque de vigilance, que le lit gigantesque se métamorphose en un étroit lit de camp, de toile et de métal, inhospitalier, hostile à la quiétude du corps et de l’esprit.

     

    Nous n’avons rien saisi du passage de l’un à l’autre sort et nous nous cognons aux barreaux de fer pestant vainement contre notre infortune.

     

     

     

     

     

    Illustration : Lit à barreaux, création pour Anselm Kiefer

     

  • Troubles du voisinage

    Le voisin du troisième étage était venu le premier jour du confinement taper à sa porte :

     

    - Bonjour, je suis votre voisin du dessous.

     

    - Enchantée ! Oui, nous nous sommes croi…

     

    - Oui, bon. Je voulais vous dire que votre musique est trop forte, je ne vais pas supporter ça longtemps.

     

    - Oui, bien sûr. Je vais baisser le son. Ceci dit, si je peux me permettre, je voudrais vous faire remarquer que le niveau de volume n’est pas si…

     

    - Au revoir.

     

    Il avait tourné les talons.

     

    Elle avait baissé le volume qui n’était déjà pas bien élevé. Sa pire angoisse aurait été d’être en froid avec ses voisins. Elle était nouvelle dans l’immeuble et s'était jurée d’établir des relations cordiales avec ses occupants. Elle avait vaqué toute la journée à ses occupations quotidienne, fait un peu de ménage, quelques exercices de gym et elle était en train de regarder un film quand elle entendit frapper de nouveau à sa porte.

     

    - Vous le faites exprès ou quoi ?

     

    - Pardon, je… ?

     

    - Qu’est-ce que je vous ai dit pour la musique ?

     

    - Ah, désolée, je regarde un film… Le son est juste moyen. Vous voulez entrer pour vous en rendre compte par vous-même ?

     

    - Non.

     

    - Non, quoi ?

     

    - Non, ça ne m’intéresse pas. Vos perceptions auditives semblent défaillantes, chère madame. Le son de votre téléviseur me gêne, il n’y a pas à discuter. J’aimerais passer des soirées tranquilles. De plus, vous avez passé l’aspirateur à 14 h, heure à laquelle je fais ma sieste, vous avez sautillé à 17 h, juste au-dessus de ma tête quand je lisais un rapport d’activité de l’Inspection générale de l’Education nationale. C’est insupportable.

     

    - Je fais de la gym. A la télé, ils disent qu’il faut bouger son corps quelques minutes par jour pour rester en bonne santé durant la période de confinement.

     

    - Je ne veux pas entendre votre corps bouger au-dessus du mien. Vous pensez que vous pouvez débarquer dans une copropriété et faire fi des règles les plus élémentaires de savoir-vivre ? Je vous préviens que la Régie de l’immeuble en sera avertie, on en a chassé de plus coriaces que vous !

     

    Il était revenu trois fois le lendemain pour se plaindre du bruit du presse-fruit électrique, du miaulement du chat, de la sonnerie du téléphone, de ses pas sur le plancher. Elle n’osait plus se déplacer dans son appartement que sur la pointe des pieds, ne s’avisait plus d’ouvrir ou de fermer les volets. Elle écoutait sa musique et la radio au casque et restreignait ses exercices physiques à des mouvements de moulinets des bras.

     

    Une suée froide lui glaça le dos quand elle entendit, à 23h30, le toquement de porte. Sans doute son ronflement trop sonore. Des amygdales un peu plus volumineuses que la moyenne en étaient la cause depuis son enfance. Elle plaqua son œil sur le judas et vit son voisin flanqué de deux policiers portant des masques chirurgicaux.   

     

    - Madame Agnelle. Vous êtes accusée d’atteinte à la tranquillité des citoyens de cette copropriété. Malgré les avertissements répétés et cordiaux de M. Lupus, vous n’avez fait qu’envenimer la situation par la multiplication d’actes inciviques provocateurs. Vous réglerez donc, dans un premier temps, cette amende pour troubles de voisinage. Si cela ne suffisait pas, des travaux d’intérêts généraux vous seront assignés. Bien sûr, il ne tient qu’à vous que la sanction ne s’alourdisse pas d’une peine plus répressive. Vous ne portez pas votre masque anti-covid 19 ?

     

    - Je vis seule chez moi…

     

    - Et alors ? Votre voisin prend des risques en venant frapper à votre porte, nous sommes nous-mêmes en première ligne. Avec des gens comme vous, pas étonnant que l’épidémie prolifère. Nous ajoutons une contravention pour non-port de masque en réunion publique.

     

    - Je vous assure, j’ai voulu en acheter un, je n’en ai pas trouvé… le gouvernement n’a…

     

    - Bien sûr, c’est la faute de l’Etat ! Espèce d’anarchiste, gauchiste, féministe, hystérique ! ESPECE DE FOLLE !

     

    avait eu le temps d’hurler son voisin sous son masque avant qu’elle ne ferme la porte.

     

    Cette nuit-là, après s'être tournée dans ses draps en proie à une horrible agitation, culpabilisant de son incapacité à s'intégrer dans un groupe social quel qu'il soit, elle poussa un tel hurlement de terreur pendant son sommeil que l’immeuble entier en fut ébranlé jusque dans ses fondations.

     

    Son compte était bon.

  • où est le problème ?

    Elle vivait confinée depuis l’âge de trente ans, cela n’avait donc pas changé grand-chose à sa vie que de se voir interdire, du jour au lendemain, l’accès aux rues, aux jardins, aux squares, aux voyages. Elle travaillait à domicile et maitrisait mieux que quiconque toutes les nouvelles technologies du numérique, les salons de discussion, les outils de visio-conférence qui lui permettaient depuis des années de rester en lien avec les membres de l’équipe de son entreprise. L’ensemble home cinéma-enceintes high-tech qu’elle s’était offert pour ses trente-cinq ans mettait à sa portée, et dans des conditions exceptionnelles de réception, tous les supports culturels dont elle rêvait : livres, films, séries, musiques, concerts, visites guidées dans les musées... Elle écrivait, jouait de la guitare, chantait, partageait ses créations. Sur YouTube le nombre de ses fans ne cessait d’augmenter de manière exponentielle (surtout depuis le confinement).  Elle aimait cuisiner avec des ingrédients importés du monde entier et inventait chaque jour de nouvelles recettes qu’elle partageait sur son blog « Cuisines du monde à domicile ». Elle avait une hygiène de vie parfaite et était abonnée à des séances de sport en ligne : Pilates, Yoga et body bump. Elle se tenait informée des événements planétaires et participait activement à la sauvegarde des espèces végétales et animales en militant à distance dans une O.N.G qui l’avait élue « membre le plus actif de l’année 2017 ». Elle applaudissait tous les soirs le personnel soignant à 20 heures, reconnaissante du travail effectué même si elle ne sentait pas personnellement menacée par la maladie puisqu’elle n’était plus en contact physique avec personne depuis bien longtemps. Elle rencontrait des hommes et femmes sur les réseaux sociaux ou sur des sites de rencontre. Elle faisait l’amour grâce à un casque virtuel très sophistiqué et inventait des scénarios chaque fois inédits, dans des lieux que le monde extérieur n’aurait pu lui offrir, avec des personnages qu’elle n’aurait pu rencontrer dehors. Parfois, cela arrivait, elle tombait amoureuse et vivait des idylles tout à fait satisfaisantes. Quand elle était un peu triste, son chat Kafka la consolait.

    Bref, elle ne comprenait pas pourquoi le monde entier faisait toute une histoire de cet épisode de confinement. Si, comme elle, ces dix dernières années, chacun s'était organisé pour vivre cloîtré, la pandémie n’aurait pas eu lieu et on ne serait pas en train de s'angoisser à l'idée d'une potentielle fin du monde.

     

     

     

    Illustration : Felice Casorati. ~ Daphne at Paravola, 1934, Galleria Civica d’arte moderna, Turin.

  • voisin de quartier

    ne le dites pas à mon amoureux

    mais depuis que je vis

    sur mon balcon confinée

    un voisin de quartier

    en vis-à-vis

    en nez-à-nez

    me fait des signes

    sans parler

    des coucous

    des bisous de la main

    au moment du dîner

    il me tend des boudoirs

    que je ne peux toucher

    penche la tête à droite

    comme un mini Clooney

    il pose il rit il danse

    saute

    va se cacher

    juste avant que maman

    ne vienne le chercher

    disant :

    c’est l’heure du bain !

    ou bien de la tété

  • La chanson de Fernando

    Fernando se trouve très beau

    il a un gros ego

    et une grosse moto

    il y pose des bimbos

    à poil ou en maillot

    qui crient : ohhhhh, Fernando !

    Oooooh !

     

     

    Fernando aime les femmes

    avec de gros lolos

    s’en sert comme coussin-peau

    pour faire son rototo

    puis les vire du cargo

    comme un vrai salopiaud

    Ohhhh Fernando !

    Noooooo !

     

     

    Fernando a une grosse libido

    il aime le porno

    et rédige des sextos

    pour se taper cathos

    psychos,

    schizos,

    angelots,

    filles du Lido

    Oh Fernando !

    Chauuuuuud !

     

     

    Fernando est-il un gros macho

    ou un parfait salaud

    rustaud

    faraud

    sado 

    péquenaud

    blaireau ?

     

    Il finira KO

    entre les deux cuisseaux

    d'une gentille femme-ado

    ou d’une folle nympho

    attention urgo-bobo

    dans son cerveau

    Pan, un pruneau

    Oooooh, Fernando !

    Finito.

     

  • ascèse

    Elle avait décidé une fois pour toute que tout irait mal, que rien ne se passerait jamais comme elle le souhaitait, que la vie n’était qu’un long labeur, une somme de tâches plus éprouvantes les unes que les autres.

    Ainsi son existence s’en trouvait simplifiée puisque guidée par une vision unilatérale cohérente. Elle s’appliquait à souffrir avec une grande détermination. A le faire savoir aussi : la seule petite consolation satisfaisante qu’elle s’accordait dans cette vie d’ascèse qu’elle s’imposait.

     

    Pour qui, pour quoi ?

     

    Qui sait où l'orgueil va se loger...

  • Inopportun

    En pleurs, Justin supplia l’équipe médicale de revoir une dernière fois sa femme et ses enfants avant de mourir sur son lit d’hôpital. Tant et si bien que le médecin de garde ce soir-là, appela la famille pour proposer qu’exceptionnellement elle puisse, avec toutes les mesures de sécurité qui s’imposaient dans ces circonstances singulières, venir au chevet de l’agonisant afin de lui faire ses adieux.

     

    Le cadet de ses fils était en train de terminer une partie de Fortenite en ligne qu’il ne pouvait interrompre sans risquer de perdre une vie virtuelle impétueusement sauvegardée. Son fils aîné, était engagé depuis vingt minutes dans le visionnage du dernier épisode de The Leftovers ; il allait sans dire qu’il ne pouvait envisager de quitter son écran à un moment si crucial de la narration. Sa femme, quant à elle, venait d’enfourner un soufflé au fromage, plat qui, comme chacun le sait, ne supporte aucune rupture de chaleur et n'attend pas pour être dégusté.

     

    Ils étaient désolés, vraiment, mais le moment s'avérait inopportun.

     

    Comme tous les moments que Justin avait jusqu'à présent choisi pour interagir avec eux, d'ailleurs, soupira son épouse en raccrochant. 

     

     

  • Vivre

    On guette, on est sur le qui-vive, on protège ses arrières mais ça se passe ailleurs. Le champ qu’on croyait miné est vierge. Le champ qu’on pensait sauf est piégé.

     

    On s’attend au pire : on a raison. Et, on a tort. Car rien n’arrivera comme on l’a imaginé.

     

    Parce que la vie est un grand fracas de tout et qu’on est le centre de rien. Parce que le sens nous dépasse. Parce que la vie n’a pas vocation à être juste ou injuste. Elle est.

     

    Je Vois ce qui se présente à moi. J’agis. Je mets de l’ordre. J'aime.

     

    Je vis tant que cela est possible. Avec joie.

     

    Je Vis.

     

     

     

     

     

    Illustration : Levitaciones, Martin Corpertari, 2009.

  • nos regards

    J'ai été un enfant, les photos en noir et blanc l'attestent.

     

    Mes amis aussi ont tous été des enfants, j'en ai maintenant la preuve.

     

    Quand je vois leurs regards, leurs moues, leurs sourires, leurs grimaces, je me plais à imaginer une grande cour de récréation dans laquelle nous aurions fait connaissance à l'âge de nos photographies.

     

    Je fantasme une grande journée durant laquelle nous aurions eu le temps de nous rencontrer, jouer à l'épervier, au foot, à l'élastique,

     

    où nous aurions pu nous battre, nous disputer, tomber amoureux, tricher, faire des clans, pleurer, bouder, nous réconcilier,

     

    où nous aurions fait des rondes, des croche-pieds, rapporté à la maîtresse, dit "t'es ma meilleure amie", dit "t'es plus ma meilleure amie", dit "celui qui ment va en enfer".

     

    A la tombée de la nuit, on se serait embrassés : Au revoir. A dans 10, 20, 30 ou 40 ans. Selon.

     

    Et l'on se serait reconnus, un jour, sans hésiter une seule seconde, juste à nos regards

     

    dont pas un n'a changé.

     

     

     

     

  • mes morts

    Mes morts se manifestent souvent ces derniers jours. Je ne sais pas ce qu’il en est des vôtres. Reviennent-ils plutôt l’après-midi, en soirée ? A l’aube, au crépuscule ?

     

    Les miens sont facétieux, ils me réveillent la nuit et chuchotent des mots à mon oreille :

     

    Alors, ma fille, comment vas-tu ? Comment t’en sors-tu ? As-tu enfin compris ?

     

    - Quoi, papa ? Comprendre quoi ?

     

    Mais il est déjà parti.