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  • Dans mon jardin

    Quand j'avais 7 ans, j'étais entourée de célébrités.
    Mon père ressemblait au cow-boy des Village people, Monique Crampon à Bonnie Tyler, Philippe Delarue à Eddy Mitchell, ma mère à Joan Baez, Martine Bonnet à une Miou-Miou brune et Michel Fugain, qui était dans mon jardin en juin 1977, ressemblait en tout point à Michel Fugain.

  • La peau du monde.

    Sophie est très gentille, c’est toujours elle qui s'occupe de mon shampoing. Elle commence par presser mes tempes de ses doigts puis produit des mouvements de rotation amples et continus. Elle enserre, ensuite, ma boîte crânienne de ses deux paumes et fait glisser ses pouces pour atteindre la nuque. Du bout des doigts, elle frictionne mon cuir chevelu avec douceur. Au début, j’avais du mal à fermer les yeux. Il me semblait impudique de me laisser aller à un tel plaisir sensuel en public.

    Il y a dix ans encore, le passage au bac se faisait rapidement. Une formalité. Shampoing, eau, mousse, frottement, eau de rinçage. Soin qui reposait cinq minutes si on le souhaitait. Puis, est venu le temps du shampoing-massage. Cela a coïncidé avec le décès de Lucien. Il est mort à 78 ans. J’en ai 85 aujourd’hui. Sophie masse mon cuir chevelu et ses doigts sur mon crâne sont un retour vers le privilège d’être touchée. Elle ne sait pas à quel point ses mains sur ma tête sont un moment exquis de proximité avec un autre humain. Les mains de Lucien me manquent. Lorsque j’étais jeune, je pensais à la vieillesse avec dégoût. Je n’imaginais pas que l’on puisse continuer de caresser, d’avoir du désir pour un corps chiffonné et abîmé. Mais ça ne se passe pas comme cela. Lucien et moi avons continué les caresses, les mains dans les cheveux, la pulpe des doigts sur les peaux, jusqu’au bout. Après sa mort, l’absence de contact physique m’est apparue aussi violente que la privation de lui. Plus personne pour toucher mon corps, pour effleurer mon visage, pour masser mes pieds douloureux.

    Je ne peux pas dire à Sophie l’importance de ses gestes au moment du shampoing, la dimension sacrée de ce rendez-vous avec le corps d’un autre être. Les vieilles dames comme moi, le savent, elles. Quand je les vois fermer les yeux au bac, je sais. Je sais le bercement charnel auquel elle s’abandonne quelques minutes. Parfois, je demande une manucure avant le shampoing, pendant la couleur. Fabienne transforme mes ongles en petits boutons de nacre. J’en oublierais presque la disgrâce de mes doigts arthrosés et difformes.

    Elles sauront, elles aussi, un jour, le doux instant. Celui où revient à nous l’amour perdu, la jeunesse déchue, le corps vivant. La peau du monde.

     

     

     

     

    Image : Anselm Kiefer, Lilith au bord de la mer Rouge

  • Iole

    Tiens, y a La Baronne qui passe.
     
    La Baronne, c'est Iole Facca, fille d'immigrés italiens. Elle n'a rien d'une baronne. Elle est juste mariée à Marceau Baron, français du quartier et imprimeur.
    Dans la bouche des femmes du coron, elle est devenue "La Baronne". Parce qu'elle passe la tête haute, qu'elle porte de petites perles nacrées aux oreilles et du fard sur les pommettes. Elle avance un peu crâneuse aussi, agaçante avec sa taille de brindille et ses airs de dames du monde qu'elle se donne. Alors que, vraiment, y a pas de quoi. C'est juste une fille de ritals. Même qu'après la guerre, les "résistants", ils ont failli la tondre, elle et sa sœur. Parce qu'elles lavaient le linge des boches... Enfin, on sait ce que ça veut dire, hein. D'ailleurs, le réverbère qui a été installé après tout ça devant la porte de Iole, ça ressemblait bien à la lampe rouge des bordels. Enfin, c'est ce qui se dit, ici.
     
    Iole Baron-Facca est morte de la tuberculose dans sa quarante-deuxième année. Elle n'aura pas eu le temps d'être ma grand-mère maternelle. 

  • Salon du livre

    Un jour, j'écrirai sur la petite mélancolie dans l’œil de la compagne de l'auteur quand elle attend la fin de la signature dans l'arrière salle d'un quelconque salon du livre de Paris ou de Province.

  • Le Cri

    Imagine,

    si notre système empathique faisait,
    soudain,
    accéder l'humanité entière
    à la clameur des frayeurs de la terre.
    Aux sanglots des terreurs enfantines,
    aux pleurs des endeuillés,
    aux plaintes des bêtes aux abattoirs,
    aux hurlements des martyrs du viol,
    aux gémissements des torturés...

    Nous incarnerions, en un seul corps muet, le Cri de Munch, figé dans une sidération sans fin.

    Qu'en serait-il des bourreaux ?

  • de dos

    Un jour, j'ai arrêté de poser de dos sur mes photos de profil
    Un jour, j'ai arrêté d'utiliser un pseudo mystérieux sur les réseaux sociaux
    Un jour, j'ai arrêté de dire "c'est une image/un texte plein.e d'humanité"
    Un jour, j'ai arrêté de vouloir aller à la rencontre de l'Autre quand l'Autre me mine
    Un jour, j'ai arrêté de faire des anaphores faciles pour raconter des choses pas très passionnantes (mais ça m'a pris du temps)
     

  • Pieux mensonges

    Il finit par se demander si son extrême timidité qu'il avait toujours associée à un sentiment d'humilité, de modestie ne révélait finalement pas un orgueil démesuré. Le fait de ne pouvoir ni s'exposer ni s'exprimer en public n'était-il pas le signe d'un caractère présomptueux ? N'était-ce pas accorder une importance disproportionnée à sa parole ? Lui octroyer un statut déraisonnable ?

    Plus tôt dans la journée, il s'était fait la réflexion qu'on se leurre beaucoup sur soi, avec une grande conviction aveugle. Son ami Bruno, par exemple, n'avait toujours pas compris que derrière son grand altruisme et son dévouement aux autres qu'il portait en étendard, c'est sa peau-même qu'il sauvait tous les jours. Il pensait aider les malheureux, ce sont eux qui le tenaient à bout de bras pour qu'il ne chute pas.

    Pieux mensonges que les nôtres. 

     

  • Par pur égoïsme, je décide que je mourrai avant toi. Je sais, ce n'est ni gentil, ni généreux, ni courageux de ne pas vouloir te survivre. Mais que veux-tu. Que veux-tu que je fasse là, sans toi, dis-moi ?

  • Gnossiennes

     Aujourd’hui, j’ai serré tous mes CAP maçons dans les bras. Enfin, façon de parler.

    Après la chanson offerte du mercredi, on a fait de la géographie sur Satie. Tout de suite, un croquis du couloir de la chimie dessiné sur Gnossiennes, ça te prend une autre gueule, ça respire différemment.

    Satie, c’est le partenaire numéro un de nos travaux écrits. En deuze, y a Les Nocturnes de Chopin, puis Schubert.

    Ensuite, on a écrit une lettre à Magyd Cherfi pour lui demander si sa mère n’est pas trop triste quand elle lit le texte « La Honte » dans Livret de famille parce que, franchement, « ça s’fait pas d’écrire des phrases comme :

    On n’aimait pas nos mères, elles étaient laides, incultes et méchantes. Chacun voyait sa mère dans la mère de l’autre, comme si elles n’étaient qu’une. Une pour tous, difforme, multicolore, vague. Dans ma tête, une plainte… »

    Puis, j’ai dû rappeler à D et H que chaque fois qu’ils s’insultent et se moquent méchamment l’un de l’autre, ils perdent un peu de de grandeur et de majesté. J’ai répété que la dérision, le cynisme et le sarcasme sont une lâcheté si l’on en abuse. Que la tendresse est un courage d’homme.

    En revanche, je n’ai pas osé leur dire que les adultes d’un gouvernement ont décidé qu’à la rentrée prochaine les heures allouées au français et à l’histoire-géographie, en France, pour les classes de CAP allaient passer de 4hs hebdomadaires à 1h30.

    J’aurais eu l’air de quoi avec mes grands principes et mes grandes valeurs humanistes ?  D’une grosse nouille.

    C’est à ce moment-là de la matinée que je les ai tous serré très fort dans mes bras avant qu’ils ne repartent dans le fracas et la cohue du monde.

  • Eucharistie

    Lors la messe de minuit, au moment de l’eucharistie, je reste assise sur le banc car je n’ai pas le droit de tendre la langue pour recevoir l’hostie : je n’ai pas fait ma communion. Depuis l’enfance, je suis frustrée de ce goût. A l’âge de 10 ans, je demandais déjà autour de moi : quelle est la saveur de l’hostie ? « Ça a le goût de pain sans sel » « C’est fade » « Ça colle au palais » « C’est pas bon » Aucune réponse, aussi dissuasive soit-elle, ne m’a jamais éloignée de ce sentiment de privation. Bien sûr, la solution pour combler ce manque serait de me glisser dans la file des communiés, un jour de noël. Mais une grande main invisible me plaque au sol et me stoppe dans mon élan à chaque tentative de rébellion.

    On ne la lui fait pas à l’envers aussi facilement, il faut croire.

  • Mystère

    Sophie se demandait pourquoi Franck s’entêtait à penser que les femmes étaient plus mystérieuses que leurs semblables masculins. Selon lui, leur sexualité était plus subtile, plus cérébrale, leur psychologie plus complexe, plus raffinée, leur esprit, plus impénétrable, plus sibyllin.
    Femme, Sophie était bien placée pour savoir que cela n’était que fantasme et élucubration mais elle ne parvenait pas à l’en convaincre. Elle avait beau feindre de temps en temps la balourdise intellectuelle et la rusticité psychique, il avait décidé, une fois pour toute de sa finesse mentale. Les femmes étaient des énigmes, c’était tout.
    Ce jour-là, elle n’essaya pas de le contredire. Elle le prit dans ses bras et lui signifia toute sa tendresse.
    Il en fut très satisfait. « Tu vois, chérie, ce que j’aime chez les femmes, c’est qu’elles verbalisent plus volontiers leurs sentiments que les hommes ».

  • Dalton

    J'ai l'âge de 9 ans quand mon père m'annonce que je suis porteuse du gène du daltonisme et que par conséquent, si un jour j'ai des enfants et que ce sont des garçons, il y a de fortes "chances" qu'ils soient DALTONIENS.
    Je prends cette nouvelle de plein fouet et je retourne affligée dans ma chambre. J'ai la vision de moi, 20 ans plus tard, accompagnée de quatre épouvantables gaillards répondant aux noms de Joe, William, Jack et Averell.
    Ce n'est qu'à l'âge de 11 ans que je comprends enfin que ce gène ne transforme pas les enfants naissants en frères Dalton. Soulagée, je fête la nouvelle avec mon chat Bacchus.

  • sauf

    Ce grand cynique ne comprit pas ce qui lui arrivait ce jour-là. Il fut soudain débordé d'une émotion inconnue qui le laissait KO, stupéfait. Il avait beau sonder ses plus lointains souvenirs pour ramener à lui cette sensation, il ne parvenait ni à identifier ni à nommer cette secousse ardente. Il tenta de l'éloigner par l'ironie et le sarcasme. Rien n'y fit. Il interrogea alors la source de l'affolement et en conclut qu'elle se trouvait dans ses bras. Un nouveau né assoupi tenait avec fermeté son index droit dans sa minuscule main.

    Pour sauver sa peau, il rendit l'enfant à sa mère et s'enfuit en courant de l'hôpital.

  • Atomium

    Dans le hall de l'Atomium de Bruxelles, une mascotte géante me retient par le bras afin que je prenne la pose pour une photo souvenir. Mon refus poli mais ferme provoque chez la grande peluche une réaction aussi inattendue qu'excessive : elle se met à gémir très fort en frottant ses yeux de ses gros poings blancs tout en secouant la tête de manière tragique.
    Des touristes de toutes nationalités se retournent, s'arrêtent, froncent les sourcils devant la scène. Les enfants s'inquiètent, les parents rassurent, les vigiles s'impatientent, le photographe piétine.
    Je sens bien, en cet instant, que le monde entier condamne sans appel cet impair impardonnable : j'ai fait pleurer Spirou, un si beau jour d'été.

  • 507 heures

    Une pensée, ce soir, pour la comédienne intermittente qui, afin d'atteindre ses 507 heures, a accepté de faire la voix off d'une pub DAFLON dans laquelle elle répète 6 fois "pour soigner votre crise hémorroïdaire".

  • Louis de Funès

    Il me demande d'abord si j'aime Michael Jackson. Lui, il l'aime beaucoup car il danse très bien. Puis, il me demande si j'aime Louis de Funès car, lui, il adore : il le fait beaucoup rire.

    Je n'ose pas lui dire que pour un enfant en petite section de maternelle, il quand même de sacrés goûts de vieux...

  • Tragédie

    Elle n'aime pas les enfants parce que c'est bruyant. Elle n'aime pas les ados, parce que c'est bête. Elle n'aime pas les vieux parce que c'est triste.
    Je l'écoute et je n'entends que sa propre détestation d'elle-même. De ce qu'elle a été, de ce qu'elle sera.
    Une tragédie que sa vie, somme toute...

  • Lui ou moi

    Six mois sans elle, déjà... Il avait pourtant fait preuve d'une ténacité et d'une patience hors norme envers son abominable chat, une bête disgracieuse et hostile qui s'évertuait à pisser dans ses chaussures par longs jets acides, avec une application régulière. Quatre paires de Manfield bousillées en un an. Il avait fini par sommer : c'est lui ou moi.
    Elle aimait beaucoup son chat.

  • Bruno

    Bruno, 49 ans, machouille sa pizza Hut et gratouille sa guitare. Sandrine a fini par le quitter au bout de trois ans. Un peu trop alcoolo, un peu trop borderline, un peu trop mangeur de restauration rapide, à son goût.

    Il sympathiserait bien sur Facebook avec l'une de ses copines un peu bonne : Sonia. Elle est sympa Sonia, elle aime bien ses chansons et elle rit à ses blagues. Il se pourrait même qu'elle lui inspire son dernier texte avec sa petite tête de piaf hirsute et sa drôle de bouche de traviole.

    A propos :

    ville actuelle : Lyon

    ville d'origine : Francheville 

    Emploi : chargée des relations publiques

    Situation amoureuse : C'est compliqué

    Ça pourrait coller. Faut voir. Il va l'inviter à son prochain concert. Si ça arrive aux oreilles de Sandrine, ça lui fera les pieds. Ça fait quoi une chargée des relation publiques ? Il a le temps de se renseigner d'ici là. Le "compliqué" ça doit être le Franck avec qui elle est venue dîner il y a trois mois. Inoffensif. On s'en fout.

    En attendant, il va liker deux chansons postées sur son mur (Neil Young et Manset), laisser un commentaire sous un selfie d'elle avec son chien ("Il ressemble au beagle de Bob Dylan") et rédiger un statut signé Daniel Darc ("Je suis un Kerouac immobile").

     

     

     

     

  • Poésie

    - Dites, madame, est-ce qu'on a le droit de balancer par dessus bord la poésie qui laisse le monde endormi dans les rames à 7h du matin ? Peut-être que comme ça elle fera au moins un bruit intéressant au moment du broyage ? Peut-être même qu'on sursautera tous au même moment, ça nous fera un point de contact commun dans les transports en, non ?
    - Oui, mon petit, tu en as le droit. Tu en as le devoir, même. Mais arrête de faire des bulles avec ce chewing-gum, tu sais bien que ça m'énerve.

  • Au début du XXIe siècle...

    Au début du XXIe siècle, lors de son mandat, un président de la France commettait l'exploit de faire surgir en pleine lumière une population jusque là transparente, taiseuse et peu dérangeante : celle de la banlieue de toutes les banlieues, "la périphérie" du territoire dixit les médias de l'époque.

    On dit que certains citoyens de ce pays se sont alors offusqués du spectacle qui leur était imposé. Et parmi eux, ceux-là mêmes qui, quelques mois auparavant, parlaient encore d'éducation populaire et de formation à la conscience politique. Bizarrement, ce public étranger et étrange venu de contrées lointaines, n'était pas à leur goût. Des rustres, des égoïstes, des indigents, de grossiers personnages sans réflexion collective, sans capacité à se rassembler autour d'un projet commun, des lourdauds qui savaient à peine s'exprimer en public et qui, comble de l'ineptie, ne cherchaient pas de représentant unique. Ils rejetaient même en bloc les instances démocratiques qui leur étaient proposées.

    Pourtant, grâce au grand prestidigitateur, des français qui ne s'étaient jamais fréquentés se rencontraient enfin et se découvraient un peu inquiets et excités comme lors d'une première cousinade : l'oncle-extrémiste de droite de Tourcoing, le cousin écologiste-Ardéchois, la cousine-gauchiste de Trouville, la nièce-universitaire de Bordeaux, la tante-agricultrice de Saône-et-Loire, le cousin-syndicaliste de Saint-Étienne, la cousine-lycéenne engagée de Vaulx-en-Velin, le cousin-apolitique de Touraine...

    Tout ce monde ne parvint pas dans l'instant à converger vers une cause commune et consensuelle mais ils ne pouvaient plus faire semblant de s'ignorer. Ils se demandaient, cependant, ce qu'ils allaient bien pouvoir faire les uns des autres. L'harmonie semblait impossible tant les revendications individuelles apparaissaient discordantes voire antinomiques.

    Mais, le grand illusionniste parvint, avec une vélocité qui força l'admiration de tous, à cristalliser à lui seul toutes les frustrations et les ressentiments éprouvés depuis des lustres par les populations. Il rendit tangibles et apparents les miasmes, les relents putrides, les abjections et les perversions générés par des institutions républicaines depuis longtemps détraquées. L'un des phénomènes symptomatiques de cette époque tourmentée fut la vision d'enfants humiliés et maltraités par des hommes en uniforme dans une cour de récréation, sur les réseaux sociaux.

    Ainsi, le grand magicien excita consciencieusement jour après jour la multitude des foules contre lui. De sorte que, de loin, on pouvait presque croire à la concorde et l'alliance formidables de cette masse d'individus appelée commodément "le peuple".

    Les témoins des événements disent qu'une clameur populaire retentit d'un bout à l'autre de la Terre. Certains ajoutent qu'elle provoqua un séisme politique jusque là inédit (mais des sources fiables manquent encore à ce jour pour corroborer cette thèse).

     

     

     

     

     

    Illustration : Les Funérailles de Galli l'anarchiste de Carlo Carrà
  • Emma

    Pamela, 45 ans, documentaliste, ni moche ni bonne, s'ennuie avec son gentil mari. Elle décide régulièrement de fantasmer sur les Titulaires en Zone de Remplacement de passage au collège. Ça occupe son esprit et son corps en dehors des projets pédagogiques.
    Elle les aime un peu lecteurs, un peu tatoués, un peu tourmentés, un peu ombrageux. Mais pas maniaco-dépressifs, comme ce dernier qui a failli se suicider en fin d'année scolaire parce qu'elle ne voulait pas quitter son mari. Une vraie poisse.
    Après tout, c'est elle la Bovary. Qu'ils aient l'élégance de lui abandonner cette prérogative.

  • Monica Bellucci

    A la question "If not yourself, who would you be ?" (extraite de la version anglaise originelle du questionnaire de Proust) elle dut faire une pause avant de répondre : Simone de Beauvoir. Car, pour être tout à fait honnête, les premières réponses qui lui étaient instantanément venues à l'esprit étaient : Beyoncé et Monica Bellucci.
    Elle espérait juste que le psychologue du travail ne la percerait pas à jour au moment de l'entretien.

  • Fête des lumières

    Vivement le 8 décembre. Comme chaque année, je vais travailler à une petite fête d'intérieur pleine de charme. J'allumerai ma bougie préférée parfum patchouli-sweet grass, je créerai un parcours de lumignons colorés jusqu'à ma chambre, j'éclairerai mon lit d'une lumière caressante et feutrée et, de là, je contemplerai les lueurs des fenêtres voisines et la nouvelle lune.
    J'entendrai peut-être au loin les rumeurs de la ville ou le chaos révolutionnaire. Alors, je brûlerai de l'encens en révérence à mes frères discordants.

  • Ortie

    Oh, je t'ai mordu ? Pardon, c'est parce que tu as bousculé un membre de mon clan. Oui, c'est vrai, je suis un peu clanique. Clanique et impulsive. Impulsive et impatiente. Ce sont là mes moindres défauts. A part ça, je suis une chic fille, tu peux me croire. Je ne ferais pas de mal à un brachycère.

    Tu préfèrerais que j'utilise le mot "tribu" ? Non, vraiment, j'aime bien le mot "clan". Ça fait un peu mafieux, tu trouves ? Oui, c'est vrai.

    Ou gaélique, non ? Tu sais que l'appartenance à un clan écossais spécifique était démontrée "par le port d'un brin de végétal qui était la plante fétiche du clan et était accroché au couvre-chef" ?

    Je choisis l'ortie.

    Pour ses propriétés vitalisantes et énergétiques, bien entendu.

  • Sugar baby love

    Depuis qu'il fréquentait des sites pour SugarDaddy ce quinquagénaire avait toujours l'appréhension de découvrir parmi les photos des SugarBaby le visage de sa fille qui était en fac de Droit et avait le même âge que les étudiantes à qui il donnait régulièrement rendez-vous.
    Il lui donnait mensuellement suffisamment d'argent pour qu'elle ne se trouve pas confrontée à des difficultés financières mais une jeune fille avait aggravé son inquiétude dernièrement en lui confiant qu'elle faisait ça "pour le fun" parce qu'elle trouvait les hommes mûrs comme lui trop "choux". D'ailleurs, elle faisait de la discrimination anti-jeunes car elle estimait que ces derniers "n'avaient qu'à se bouger les fesses et aller draguer". La veille, elle s'était pris la tête avec sa mère qui ne voulait pas qu'elle sorte enrhumée : "Mais, maman, je ne vais quand même pas cracher sur les 1500 euros d'un fétichiste des pieds !". Son nouveau beau-père avait ri et elle était partie à son rendez-vous. "Ma mère, elle peut pas comprendre, tu vois ?". Oui, il voyait...