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  • Après l'Adieu au visage.

    J'ai vu deux corps morts,

    celui de mon père

    celui du père de mon enfant.

    Je peux le dire

    la mort n'existe pas.

    Un corps mort ne contient pas la mort.

    Il est encore tiède quelque temps

    (il perd un degré par heure

    environ)

    Il se rigidifie au bout de 3 heures.

    Avant cela, il est encore possible de ressentir une vie sous la peau.

    Quand on tient la main de l'être proche,

    qui vient de mourir,

    on s'attendrait presque à la voir bouger,

    on la sent frémir.

    Mais non.

    Je me dis alors

    c'est la première fois que je tiens la main de mon père

    ou, du moins, il m'a sans doute tenu la main quand j'étais enfant

    mais ma main d'adulte n'a jamais été dans la sienne,

    pas dans mon souvenir.

    Je me dis alors,

    Je tiens la main du père de mon enfant

    que je n'ai pas tenue durant les 13 ans de séparation.

    Il est mort, alors je la lui tiens.

    Mais ce que je tiens, c'est la main morte du père de mon enfant.

    Mais ce que je tiens, c'est la main morte de mon père,

    je ne tiens pas la main de mon père.

    Il n'est plus là.

    il n'est plus présent.

    Il est mort.

    Je le sais car je vois son corps mort.

    C'est à dire un corps inanimé, sans souffle quand on penche le visage vers le visage.

    Sans mouvement aucun.

    Sans bruit aucun.

    Un corps silencieux et immobile.

     

    Quand le corps est enfin raide et froid, quand toute vie semble en être sortie,

    est-ce cela que l'on appelle la mort ?

     

    La mort n'existe pas.

    Je ne la saurai pas quand viendra mon tour.

     

    Ce sera la vie, puis,

    plus de vie.

     

    Est-ce cela qu'on appelle la mort ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Godard 2018

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    - Tu vois mes muffins à la praline dans la glace ?
    - Oui.
    - Tu les trouves jolis ?
    - Oui.
    - Et mon sauté de veau au chorizo, tu l'aimes ?
    - oui.
    - Tu l'aimes mon pain aux olives aussi ?
    - Oui. J'aime beaucoup ton pain.
    - Et ma tarte à la tomate-moutarde ?
    - Aussi.
    - Tu vois mon pot-au-feu dans la glace ?
    - Oui
    - Tu les trouves jolis mes plats à l'ancienne ?
    - Oui.
    - Et ma tarte au potimarron-châtaignes, tu l'aimes ?
    - Oui, énormément
    - Qu'est-ce que tu préfères ? la mie de mon pain ou la croûte de mon pain ?
    - J'sais pas. C'est pareil.
    - Et mes rillettes de thon, tu les aimes ?
    - Oui.
    - Moi, je trouve qu'elles ne sont pas assez citronnées.
    - Non...
    - Et mes crevettes au gingembre ?
    - Oui, je les aime.
    - Tu aimes tout ? Mes pâtisseries, mes ragoûts, mes tartes salées ?
    - Oui, tout.
    - Donc, tu m'aimes totalement ?
    - oui. Je t'aime totalement, tendrement, tragiquement.
    - Moi aussi.                    Tu me passes la piccalilli ?

     

  • Je n'ai pas lu tout Montaigne

    La vie d'un professeur est faite de ruptures forcées. Plus ou moins violentes.

    Est-ce lui qui abandonne ou les élèves qui rompent ?

    Ce sont des désunions annoncées, bien sûr. Le contrat est clair, pas d'entourloupe, les deux parties ont signé pour cela.

    Et, pourtant... on ressent toujours la même petite amertume à la fin de l'histoire. La même frustration d'une relation qui s'achève et dans laquelle on aurait pu faire mieux.

    Beaucoup mieux.

    Ne riez pas.

    C'est parfois un désarroi que de voir s'éloigner une tribu amie.

    Dans quel éden, dans quel enfer, dans quelle cité vont-ils débarquer après nous ?

    Dans quels bras vont-ils se lover ? 

    Dans quelle gueule vont-ils se jeter ?

    J'avais encore deux ou trois choses à leur dire sur la gravité et la légèreté de la vie.

    Je n'ai pas lu tout Montaigne.

    Je n'ai pas lu tout Homère.

    Qu'est-ce que cette sauvagerie de séparer des êtres qui commencent à peine à se connaître ?

     

    Existe-t-il des tribus ennemies ? Oui. Bien sûr.

    Peu importe.

    Ceux-là mêmes qui lançaient des flèches mal affutées, on les retrouve parfois plus tard, beaucoup plus tard,

    au coin d'une rue.

    Ils s'élancent vers nous, on ne les reconnaît pas tout de suite. Eux, disent qu'ils se souviennent.

    Et, ça suffit.

     

     Que sont nos élèves devenus... 

     

     

     

    image : copyrigh@PlonketReplonk.

     

     

  • Vol de perdreaux


    - Franchement, excuse-moi, mais t'es quand même pas très centrée comme fille. Tiens, regarde, musicalement, t'aimes autant le canon de Pachelbel que les Sleaford mods, Annie Cordy que les Stooges, Pergolesi que Gérard Lenorman, Molly Burch que Gil Scott-Heron, Violent femmes que Schubert, Nina Simone que M.I.A ou Men at work.

    - T'as oublié Michel Delpech. T'es grave toi.

     

  • TCL

    Chaque fois qu'elle voyait une femme se maquiller longuement dans les transports en commun, la trousse posée sur ses genoux, elle avait l'impression d'assister à une scène impudique, très intime, qui n'aurait dû avoir sa place que devant la glace d'une salle de bain particulière.
    C'était comme si ces voisines de voyage remettaient leur culotte en public.

  • Chat

    - Mais, quand même, t'es sûre que tout le monde finit par trouver son chat ?
    - Oui. Seulement, parfois, il faut attendre la moitié du film ou la presque fin pour que ça arrive. Tu vois ? Ton chat, il se pointe pas forcément au début. Des fois, oui, mais des fois, non. Faut être patient. Et même, ça arrive que tu penses avoir trouvé ton chat et puis, en fait, non, c'en est un autre mais c'est pas ton chat, et ça retarde tout. Mais quand TON chat est là, devant toi, tu le sais.... Fichtre, OUI, tu le sais.
    - Il te reste de la colle, Jud ?

  • Zone de convivialité

    Les punks à chiens fument des vaporettes,
    le nouveau porno se déclare "éthique",
    les salariés mobiles apprennent à gérer leur stress grâce au groupe de parole offert par l'entreprise entre midi et deux,
    ce matin, mes apprenants avaient TOUS leurs outils scripteurs.

    Nous voilà entrés dans une zone de convivialité dont on ne peut que se réjouir.

  • Cernes d'hiver

    Sur l'instant, je ne trouvai rien de plus émouvant, de plus juste et de plus harmonieux que la vision de tes cernes d'hiver sur la sonate en A major de Schubert.

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  • Humeurs de maçons

    Je vous prie de bien vouloir libérer S.B de sa journée de formation en maçonnerie dans votre entreprise, le mardi 3 avril 2018, car il sera membre éminent du jury d'un prix littéraire et représentera sa classe.

    Je tends la lettre à S. qui me demande si le patron ne va pas penser qu'il se fout de sa tête.

    On lui enverra les 7 recueils du prix Kowalski s'il a des doutes que je réponds.

    Mais trêve de blabla (comme dirait Céline), l'heure a son importance, il faut préparer un argumentaire pour le jour de la délibération finale afin de défendre l'auteur choisi par la classe.

    Un certain gars qui écrit sur les monstres, les chiens et les ombres (on ne sait pas trop si l'on a le droit de dévoiler son nom, alors on use de périphrases, ni vu ni connu j't'embrouille).

    S. suggère:

    PARCE QUE SON LIVRE DÉCHIRE SA RACE

    mais se ravise aussitôt parce que vous voulez une phrase CHÂTIÉE, madame.

    Oui, je veux du châtié, crénomdenom.

    On peut dire qu'on aime parce que ça parle de trucs qui sortent du corps : le sang, les crachats, les glaviots, le vomi, le sperme, la salive.

    Vous, vous dites, comment déjà, madame ?... Ah oui, LES HUMEURS DU CORPS.

    Oui, je dis ça "Les humeurs du corps". C'est vrai. Ils retiennent tout, les bougres.

    Et puis, ça parle de bêtes aussi.

    De la vie et de la mort.

    On y est.

    Les humeurs du corps, la vie, la mort, les bêtes.

    GO.

     

     

     

     

     

  • Flipper

    Je suis montée au premier étage de cet hôtel et je suis entrée dans une roulotte. Cette roulotte, c'était une chambre. Pour nous. J'ai attendu dans la roulotte. Mais tu ne venais pas. J'ai attendu. Je me suis dit Il ne vient pas. Pourquoi ? J'ai attendu dans la roulotte, ne sachant pas trop bien quoi y faire. Il n'y avait pas grand chose dans cette roulotte. Un lit. Petit. Tu n'arrivais toujours pas. Alors, je suis sortie de la roulotte. Et là, j'ai vu des lits, plein de lits autour de la roulotte, avec des gens, parfois, dedans. Mais dans les gens, il n'y avait toujours pas toi. Alors, je suis descendue. J'ai quitté l'hôtel. Et là, un homme, une soixantaine d'année l'homme, un air gentil mais en plus, par dessus, un air combinard, il m'a dit je vais vous accompagner pour trouver votre chemin mais je ne lui avais pas demandé mon chemin à celui-là. Et donc, en voulant me guider, il voulait me tenir la main. Et, je lui disais à trois reprises, non, pas la main. Je me suis énervée car je ne voulais pas la main et je ne te trouvais pas, alors qu'on avait rendez-vous dans la roulotte. C'est alors que je t'ai vu, derrière la vitre d'un bar. Tu jouais au flipper. Avec trois filles. Tu avais l'air très heureux à jouer au flipper là avec trois filles qui riaient. Tranquilles, les filles. Je me suis dit mais il est gonflé quand même celui-là. Une heure que je l'attends dans la roulotte, et lui, là, il joue au flipper avec trois filles. Dans un bar.