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  • Pour ceux qui hurlent avec les loups

    Pour ceux qui hurlent avec les loups (expression bien désobligeante pour les loups, soit dit en passant).

    Merci de vos suggestions, mais non, je n'utiliserai pas les mots "personne en situation de handicap" ou "technicien de surface" dans le but de "ne pas heurter un public catégoriel",
    et, oui, je continuerai d'écrire sur tous les êtres humains

    et de les traiter sur un plan d'égalité littéraire

    car, selon moi, c'est là que réside le respect envers tous et la vraie reconnaissance de la dignité de chaque être.

    Donc, non, je ne m'interdirai aucun sujet, aucun personnage, aucune vision dans le but de ne pas déplaire.

    Si vous haïssez la littérature, ce n'est pas mon problème, c'est le vôtre.

  • Les groupes de rock ne devraient pas durer plus de dix ans. 

    Les groupes de rock ne devraient pas durer plus de dix ans.  On dit que Yoko Ono est à l’origine de la séparation des Beatles. Je dis : il était bien temps.

     

    On a vite fait de s’ankyloser à trainer dans les mêmes lieux trop longtemps. L’air est saturé des mêmes particules de peaux mortes qu’on absorbe à notre insu, on devient les cannibales les uns des autres, on s’étouffe de trop de présence familière et l’on devient méchant ; j’en ai vu cracher sur leur sœur ou leur frère incestueux, médire, frapper sournoisement. J’ai vu des coalitions de tous contre un, des tentatives de meurtre, des mensonges, des lynchages collectifs, des jalousies non avouées, des tromperies sexuelles, des ricanements féroces, des coups bas. Les premières années sont idylliques, les dernières sont pathétiques.

     

    La plupart des groupes, des bandes, des collectifs, des communautés, des familles inventées sont des bombes à retardement, des bombes à fragmentation aux éclats meurtriers. Rien ne sert de chercher le coupable : il est chacun de nous pris dans les rets du lien dysfonctionnel.

     

    A la fin, combien en reste-t-il de ceux qui s’étaient promis une fidélité sans faille, une amitié sans défaut ? Deux ou trois survivants qui continuent d’avancer vaille que vaille clopin-clopant sur le champ de mines, trop habitués à leur camp pour penser en déserter.

  • why

    Il se privait de tout pour préserver sa santé : ne mangeait plus ses mets préférés, surveillait son poids, suivait un régime terne et sans fantaisie, passait des heures à scanner les codes-barres du supermarché avec son application « bio-contrôle » afin d’éviter la consommation de pesticides et autres poisons alimentaires, ne buvait plus une goutte d’alcool, tout ceci avec un tel manque de joie et une appréhension si sinistre de sa condition humaine l’on se demandait pourquoi il tenait tellement à gagner CINQ ANNÉES DE VIE sur ceux qui semblaient s’éclater en continuant de consommer ce que bon leur semblait de manière enthousiaste et déculpabilisée.

  • Union européenne

    En début de soirée, la jolie blonde me vante avec beaucoup de conviction et de sérieux les mérites de son pays du grand nord européen dans lequel l’absence de sexisme, l’égalité des salaires, les relations hommes-femmes dénuées de sous-entendus sexuels déplacés comblent la population et notamment les femmes qui se sentent respectées dans leur intégrité physique et morale.

    En fin de soirée, je la retrouve ivre, hilare et comblée au bras de deux machos français et espagnol qui lui passent l’un après l’autre des mains aux fesses en lui susurrant des mots salaces.

  • Tentative de rapprochement

    La première fois qu’elle m’a demandé en classe de seconde à la piscine si je faisais de l’anorexie, j’ai pensé qu’elle était malveillante : j’étais complexée par ma maigreur, être en maillot de bain devant la classe était un cauchemar, je n’avais pas envie qu’on me questionne sur mon apparence physique et qu’on insiste sur ce que je percevais comme une difformité. Je lui ai répondu que je pouvais manger quatre poulets rôtis sans prendre un gramme, que c’était ma morphologie et que, par conséquent, je considérais sa question comme conne et non avenue. Elle est partie l’air franchement dubitatif et je l’ai sentie me scruter durant toute la séance, sur le bord du bassin et dans les vestiaires.

     

    Puis, elle a insisté. A la récréation, en cours, elle me prenait à part et me demandait d’avouer : j’étais bien anorexique, je pouvais le lui confier, elle ne le dirait à personne, ce serait notre secret, allez.

     

    J’ai fini par comprendre qu’elle cherchait une « copine d’anorexie » ou de manière plus générale, « une copine d’affliction » mais qu'elle n’avait pas encore décidé de la forme à travers laquelle s’exprimerait son tourment : anorexie, boulimie, anorexie doublée de boulimie, cisaillement de veines… Après tout, les moyens ne manquaient pas de manifester son inadaptation au monde. Je me suis presque sentie désolée de ne pas être à la hauteur de son fantasme morbide. Un peu plus et j’étais prête à m’excuser de ne pouvoir être la complice anorexique dont elle rêvait. J’étais mal dans ma peau, certes, mais sans envie suicidaire, sans désir d’automutilation, sans imaginaire auto-destructif… une bien piètre copine de désespoir existentiel.

     

    Elle a fini par jeter son dévolu sur une « scarification à la pointe de compas », efficace et discrète. A la fin d’un cours de maths, dans les toilettes, elle a exhibé ses premières cicatrices encore toutes fraiches et sanguinolentes devant deux ou trois filles de la classe aussi révulsées que fascinées. Elle allait enfin pouvoir vivre pleinement son mal être, de façon romantique et exaltée.

     

    Je trouvais qu’elle allait beaucoup mieux depuis qu’elle avait enfin arrêté son choix :  elle revivait.

  • l'amour cheap

    L’amour cheap

    c’est un amour qui vaut peanuts

    que dalle

    nada

    macache

    oualou

    qui se donne des grands airs

    mais qui sent le poireau à la cuisson

    un truc bon marché

    un truc moyen

    même pas kitsch

    qui ne laisse aucun goût

    aucun souvenir

    aucune envie de tuer ou de vivre

     

    on le croise dans la rue

    on ne le reconnait pas

  • Piscine

    Philippe Katerine raconte qu'un jour il demanda à sa maman de lui faire un billet d'absence car il ne voulait pas aller à la piscine.


    Il trouva le lendemain un mot d'excuse posé sur la table de la cuisine :

     

    Philippe ne peut pas aller à la piscine car il a de grosses narines.

  • Les drôles

    Elle avait rapidement compris que si elle voulait gagner autant d’argent que sa copine lors de son effeuillage dans ce bar à strip-tease, elle devait arrêter de se fendre la poire devant la clientèle. Elle avait un caractère trop enjoué pour être gogo danseuse lui avait dit son amie, étudiante aux Beaux-Arts. Il fallait qu’elle s’habitue à faire la gueule, ou au moins, à en avoir l’air. Son sourire à la Julia Roberts durant ses numéros de pole dance faisait débander tous les hommes.

    Elle s’était donc entrainée à prendre des airs sévères ou indifférents tandis qu’elle dégrafait son soutien-gorge devant la glace de son studio, le soir après les cours de philo.

    Plus elle faisait des mines de boudeuse et de bougonne, plus les clients se montraient généreux. Quand elle se mordait la lèvre pour ne pas rire, ils prenaient ça pour une moue sexy et ça marchait encore mieux. Les pourboires avaient triplé en une semaine.

    On ne plaisante pas avec le strip.

  • l'âge de nos parents

    On a l’impression qu’on n’a jamais connu nos parents que vieux.

     

    Pourtant, la première fois que j’ai rencontré ma mère, elle avait vingt ans. Pas tout à fait. Pour être exacte, elle avait dix-neuf ans et neuf mois. Une petite fille. Quand j’ai eu quinze ans, elle en avait trente-quatre, une jeune femme.

    Mais, peu importe, elle était vieille : pour mes cinq ans comme pour mes vingt ans. Une vieille, une dame.

     

    Aujourd’hui, mon fils à vingt ans. Quand je dis aujourd’hui, ce n’est pas une expression, c’est vraiment aujourd’hui : mercredi 5 février 2020. Vingt ans. L’âge auquel ma mère a porté son premier regard sur moi.

    Je le regarde : vingt ans, c’est donc ça, vingt ans. Elle avait les mêmes vingt ans que lui quand je l’ai découverte la première fois. Si jeune, si neuve dans la vie.  Puis, j’ai connu ses vingt-cinq ans, ses trente ans, ses quarante ans.

    Elle a été jeune si longtemps, en vérité.

    Pendant tant d’années, sous mes yeux, sa jeunesse invisible, sa jeunesse snobée.

  • Etc.

    A force de fréquenter sa maitresse, il était redevenu amoureux de sa femme.

    Sa femme, alors, était devenue l’amante qu’il devait cacher à sa maitresse qui n’allait plus tarder à devenir son ex-maitresse jusqu’à ce qu’il se lasse de nouveau de sa femme et qu’il ne jette son dévolu sur une nouvelle maitresse qui lui ferait momentanément oublier sa femme.

    Etc.

  • Soir autorisé

    Paul fixe longuement le verre de bière posé sur le zinc comme s’il recelait la solution à un problème dont il ne connait pas le nom. Pauline lui demande si c’est son "soir autorisé".  La serveuse du Troc connaît tous les jours de résidence alternée, les tours de garde et de sortie des habitués du comptoir. Elle sait qu’elle ne verra jamais Julien les vendredis impairs car il récupère ses jumeaux à 16h30. En revanche, elle verra débarquer Sylvain avec ses deux pseudo-artistes de potes car c’est son week-end free. Karim sera attablé chaque mercredi soir pair avec des copines rigolotes et sexys devant une planche fromage-charcuterie et Francky viendra se consoler sur son épaule un samedi par mois car son ex n’aura pas respecté, une fois de plus, son droit de visite.

     

    Pour Paul, l’organisation est plus compliquée. Avec ses quatre enfants de deux premiers mariages et ceux de sa nouvelle compagne, plus jeunes que les siens et 24h/24 à la maison... Elle lui a donné le droit à un soir autorisé par quinzaine dont il peut faire ce qu’il veut. Le plus souvent, il se retrouve seul au comptoir du Troc devant une ambrée, l’air un peu absent.  Il dodeline de la tête sur No more Heroes des Stranglers.

     

    Pauline ressert un bol d’olives mélange méditerranéen et ajoute, "parce qu’elle l’aime bien", un supplément chips au vinaigre.

     

     

     

     

     

     

     

  • Le cercle

    Reste à ta place

    Pour qui tu te prends ?

    Reste à ta place, on te dit

    Tu crois qu’on ne le voit pas

    Ton pas de côté

    Tu essaies de bifurquer

    Dans un coin qu’on ne connait pas

    Tu t’éloignes

    Tu prends la tangente

     

    Reste à ta place

    Reste à ta place, on te dit

    Même si pas très beau là,

    même si c’est pas très exaltant,

    même si c’est pas très enthousiasmant

    Reste avec nous

    Reste là

     

    Ils ne t’aiment pas

    comme nous on t’aime

    Là-bas

    Tu vas le regretter

    Tu ne pourras t’en prendre qu’à toi

    Tu ne viendras pas pleurer

    On t’aura prévenue

     

    Tu crois que tu as mieux à faire

    On n'est pas assez bien pour toi ?

    Tu te prends pour qui

    A essayer des trucs

    A vouloir parler à des gens

    Qu’on ne connait pas

    Reste à ta place

     

    Ta place ?

    C’est celle où on est

    tu ne le vois pas

    le tracé par terre ?

    tu fais semblant de ne pas le voir

    ou quoi

    t’es aveugle ?

     

    ou alors t'es conne

     

    Si tu sors du cercle

    t’es plus avec nous

    Si t’es pas avec nous

    t’es contre nous

     

    Va

    Va là où on ne connait pas

    On t’a déjà oubliée

    Qu’est-ce que tu crois

    Va

    Va

    Rira bien qui