Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Z...E.P

    C'est quand même drôle cette obsession de vouloir inculquer le "vivre ensemble" dans les "quartiers sensibles" via les programmes scolaires, à des gamins qui ne font que ça,

    VIVRE ENSEMBLE depuis leur naissance.

    Ben oui, zont pas trop le choix de toute façon. On peut pas vraiment se payer le luxe de faire son bégueule et de choisir son voisin et sa belle masure dans certains espaces de vie. Tu te poses là où on te dit et tu vis avec le décor et les gens. C'est tout.
    Et, je te jure que ça vit ensemble sans se poser trop de questions (parce que, parfois, y a de quoi devenir fou, si on s'arrête un peu).

    Mais ce qui est encore plus drôle (c'est une matinée à se gondoler) c'est de penser que ces gens qui prêchent à tout vent le VIVRE ENSEMBLE dans les textes officiels, eux, ne savent pas. Non seulement ils ne savent pas, mais ils ne font pas même semblant de le faire.
    Ils ont fait des études pas ensemble, ils ont des maisons pas ensemble, ils ont des vacances pas ensemble, ils se déplacent pas ensemble. Ou alors, si, mais un tout petit "ensemble" de rien du tout. Un tout petit ensemble tout rabougri. Un petit entre-soi racorni qui les éloigne de jour en jour un peu plus du GRAND ENSEMBLE.

    Alors "vivre ensemble"
    ZOBI
    (comme diraient des que je connais et que je vais retrouver bientôt)

     
  • Septum

    Ça y est. Ça lui refaisait. Chaque fois qu'elle rencontrait une personne avec un anneau au septum, elle avait envie de tirer dessus. Une pulsion irrépressible s'emparait d'elle et elle devait se concentrer avec intensité sur les pupilles de son interlocuteur pour s'empêcher de loucher sur le bijou de nez durant la conversation.
    Ne regarde pas. Ne regarde pas. Ne regarde pas.
    Sa main droite se crispait dans la poche, retenue par la gauche.

    Un jour, elle le savait, l'instinct morbide prendrait le dessus et elle tirerait. C'était fatal.

    Sera-ce alors un soulagement infini ? La fin d'un désir assouvi ?
    Ou la genèse d'une série tragique.

    Cela l'inquiétait un peu, quand même.

  • Goldorak

    Quand les deux enfants, qui font la manche au feu rouge d'une sortie d'autoroute lilloise, voient la dépanneuse arriver pour embarquer la vieille Ford sur l'aire de stationnement, ils accourent pour observer les manœuvres du gros engin. Ils jettent de temps en temps, dans notre direction, un coup d’œil qui ressemble à un haussement d'épaule compatissant devant le spectacle. La petite finit par s'approcher de moi pour me demander des sous. Je lui donne le peu de monnaie que j'ai. Elle me remercie dans un français approximatif et rejoint le garçon. Ils comptent les pièces, mais c'est le spectacle du tractage de la voiture qui les intéresse. Je comprends. Quand j'étais enfant et que je collectionnais les petites voitures, j'avais une affection particulière pour les véhicules de chantier et de génie civil : la grue, le bulldozer, la pelleteuse, la chargeuse, le rouleau compresseur... J'imaginais qu'en les conduisant on devait faire corps avec la machine et qu'on devenait la tête pensante d'une sorte de robot géant. Comme dans Goldorak.

    Goldorak ne devait certainement rien évoquer aux deux enfants à côté de moi, mais ils avaient d'autres Transformers en tête.

    Je les ai vus, là, pris dans leurs pensées de gosses et j'ai eu envie de les photographier avec mon polaroid. Pas pour moi, mais pour leur laisser, à eux deux, une trace de l'instant. Une mémoire de la dépanneuse, de la vieille Ford, de leur bout d'enfance à la sortie d'une autoroute du Nord de la France. De nous quatre sur cette aire de stationnement.

    J'ai sorti mon appareil et je me suis posée devant eux en leur faisant comprendre que je voulais les prendre en photo et que cette photo serait pour eux.  Ils n'ont pas compris. Ils ne voulaient pas être pris en photo. Mais j'ai quand même appuyé sur le bouton. La petite a tourné le dos à cet instant. Le cliché est sorti, je leur ai donné. Ils se sont demandés ce que je leur tendais. Le polaroid était encore blanc. Le garçon le tournait entre ses doigts en levant les épaules pour manifester son incompréhension. Je leur ai fait signe d'attendre. Et, l'image est apparue, progressivement. Ça les a fait sourire, puis rire. Moi aussi. Ils m'ont demandé dans une langue que je ne comprenais pas, un peu coupée de français, si je pouvais faire un autre cliché car la fille était de dos. Mais c'était la fin du film, je n'ai pas pu (j'avais pris en photo, juste avant, la Ford qu'on ne reverrait peut-être jamais). Ils n'arrêtaient pas de se chamailler le polaroid en riant. La petite regrettait d'avoir tourné le dos, ça se voyait. Mais ça donnait à la photo un truc en plus dans l'empreinte du moment.

    Des trombes d'eau se sont mises à tomber.

    Quand on est passés sous le pont de l'échangeur, en direction de l'agence de location de voitures, j'ai aperçu une dernière fois leurs petites silhouettes penchées sur la photo. Je leur ai fait signe, mais ils ne m'ont pas vue.