Quand je dis que je suis née et que j’ai vécu au Havre, on me répond souvent : la ville la plus moche de France ?
Déjà enfant, je ne comprenais pas ce qu’il y avait derrière le mot « moche ».
C’était « ma » ville. Elle n’était donc ni moche ni belle. La question ne pouvait pas se poser en ces termes.
Le béton, laid ? Non.
Le gris des murs ? Non.
Les grandes avenues rectilignes à la new-yorkaise ? Non.
Les places à l’allure soviétique ? Non.
L’architecture de Perret ? Non.
Le « pot de yaourt » d’Oscar Niemeyer ? Non.
Ou peut-être que si, tout compte fait.
Comment j’aime cette ville ? Je ne sais pas. Ni par chauvinisme ni par régionalisme. J’y ai des souvenirs agréables, des souvenirs bof.
Je ne sais pas ce que cela me ferait de la découvrir pour la première fois aujourd’hui, quels adjectifs j’y associerais.
Je ne sais pas si elle est « belle » ou si elle est « laide ». C’est trop tard. Elle est dedans moi. Je suis sa sœur jumelle, elle est mon ADN.
En suis-je moi-même plus laide ? Plus belle ?
Le Havre, « la ville la plus moche du monde ». Oui.
Disons du monde, même.
And so what ?