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15/07

Il passa son existence à cultiver une grande suspicion à l'égard du bonheur et développa, dans le même temps, tout au long de sa vie, une pleine commisération envers le malheur et la souffrance. Il rejeta, assidûment, loin de lui, toutes les possibilités de plénitude et de repos des sens et de l'esprit que lui offraient des rencontres impromptues et heureuses. Il toisa avec défiance les êtres les plus bienveillants et s'amouracha systématiquement de créatures hostiles et cyniques qui finissaient par le laisser comme mort dans le caniveau cafardeux de son destin. Quand il se relevait, toujours plus boursouflé d'amertume et d'aigreur, il maudissait les arbres, les oiseaux, les ciels d'été, les femmes et les enfants. Pour se venger du monde et des humains en général, il écrivait alors de méchants textes confus sur la vacuité de toute chose qui remportèrent, un temps, un honorable succès auprès de contemporains chagrins et bilieux. Chaque pouce levé nourrissait son acariâtreté.
Puis, ses poses ténébreuses finirent par lasser même ses plus fidèles lecteurs.
Il mourut un soir de coupe du monde et prit le temps de maudire une dernière fois, les klaxons, les chants victorieux, les cris d’allégresse et la foule humaine dans une parfaite indifférence générale.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
image : Les écorchés, tête d"écorché. 1964. Bernard Buffet

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