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Elle ne se rend pas compte

L’élève me tend son cahier de brouillon ouvert. Elle a écrit « journal intime » en haut de la page droite. Je lui demande si c’est vraiment « intime » ou si je peux lire mais elle me dit qu’elle ne savait pas comment présenter son texte, alors elle a écrit ça, « comme ça ».
Elle est très timide mais toujours souriante, aimable. Elle a 16 ans, vient du Soudan, vit en France depuis deux ans. Sa maîtrise du français est encore approximative et pourtant, je découvre un texte comme je n’en ai pas lu depuis longtemps. Je ne parle pas de textes découverts en classe, écrits par d’autres élèves, non, je parle de littérature en général. Elle utilise des mots simples, ceux qu’elle connait en français, des tournures syntaxiques bancales mais fortes, peu de ponctuation, mais son regard, surtout, est celui d’une auteure, d’une poète, je le sais dès la deuxième ligne. Pas de posture, pas de chichi, pas de pose dans le verbe ; elle n’imite pas, elle n’essaie pas d’impressionner, elle est là. Sa façon d’être en connexion avec ceux qui ne la voient pas, la façon dont elle écrit le « tremblement des lèvres » de son voisin de café, le regard qu’elle pose sur les solitudes alentours qui rejoignent la sienne sans le savoir, me ramènent à des écrits de Sylvia Plath (Carnets intimes) ou Brautigan. Regard juste, clairvoyant et lucide, écriture sans manières mais percutante.
- Vous pouvez corriger mes fautes d’orthographe ? me demande-t-elle.
Elle ne se rend pas compte.

Commentaires

  • J'aimerais en savoir davantage ...Merci

  • C'est à dire ?

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