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Le détail

Au lycée, les garçons ne se touchent que pour se taper, se bousculer, se faire mal.

 

Les filles, elles, peuvent se tenir la main, caresser les cheveux de leur meilleure amie, se balader épaule contre épaule, se faire des bisous, mais pas les garçons. Ils deviendraient d’emblée des « tapettes », des « filles » (injure radicale), des « gros PD ».

 

Alors, dans la cour, dans les couloirs, les garçons se donnent des coups de poing, s’étranglent, se battent et, s’ils finissent par s’enlacer, c’est à l’image de ces boxeurs qui reprennent leur souffle et leur force avant le retour au combat.

 

Pourtant, sur cette vidéo prise lors d’un exercice de grammaire en classe, un détail m’arrête comme celui que l’on capte dans le coin d’un tableau champêtre du 17e siècle - ce petit chat en train de laper son lait à côté de la grange et que tout le monde semble avoir oublié - oui, un détail happe mon regard qui ne peut s’en détacher. Deux mains de garçons posées l’une sur l’autre, légères et douces.

 

Le geste n’est pas furtif, il dure exactement cinquante-trois secondes. Cinquante-trois secondes d’accalmie, de grâce durant lesquelles, tout concentrés qu’ils sont à chercher des erreurs orthographiques dans leur « dictée négociée », les deux garçons laissent leurs corps revenir naturellement à la douceur, au toucher fraternel, à la délicatesse avant les quelques minutes qui les séparent des lois de la recréation.

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